Cette gazette vous plaît ? Transférez-là à votre carnet d’adresses… Ils vous remercieront et nous aussi. | | Le grand public l’ignore encore, mais dans les cercles initiés, le bank run a déjà commencé. Selon Philippe Béchade, les premiers signaux ne viennent pas de BlackRock, mais de fonds plus discrets, déjà fragilisés. Blue Owl Capital, explique-t-il, « structure des tranches de crédit pour en faire des produits d’investissement » : « le même modèle que les subprime ». Or ces produits, chargés en prêts aux PME et PMI, voient aujourd’hui « le taux de défaut exploser ». Les clients les mieux informés ont donc commencé à retirer leur argent. Problème : quand tout le monde veut sortir en même temps, le fonds « n’a même pas les liquidités » et doit vendre à perte. Même logique chez Blackstone, dans l’immobilier. Béchade cite le cas d’un immeuble de Los Angeles acheté 600 millions de dollars, revendu 400, puis incapable de trouver preneur à 50 millions, alors que la dette demeure. Logé dans un « fonds structuré », ce type d’actif devient une bombe à retardement. Avec BlackRock, la mécanique apparaît plus clairement encore. Les initiés voient « les taux de défaut augmenter partout », notamment dans l’immobilier commercial, et demandent à récupérer leur mise. BlackRock oppose alors ses clauses de blocage : « vous ne pouvez pas récupérer plus de 5 % à la fois ». En temps normal, personne n’y pense ; dans la panique, elles révèlent l’ampleur des « pertes latentes colossales ». Selon Béchade, le crédit structuré a déjà reçu « plusieurs torpilles en dessous de la ligne de flottaison ». Le problème, dit-il, dépasse largement quelques fonds mal gérés. Depuis 2008, les banques ont abandonné certains risques, repris par un « système bancaire bis » : le shadow banking. Béchade le rappelle : « ce n’est pas du tout dans l’ombre, c’est tout à fait assumé ». Ce secteur aurait pris une taille comparable à celle des prêts bancaires aux entreprises. Et surtout, il reste adossé aux banques traditionnelles. Si ses clients se précipitent vers « la porte de sortie », ce n’est plus seulement le crédit privé qui vacille : c’est tout le système bancaire qui peut être contaminé. À cette fragilité financière s’ajoute enfin le risque géopolitique. Selon Béchade, une aggravation de la guerre autour de l’Iran et du détroit d’Ormuz provoquerait un choc énergétique immédiat : flambée du pétrole, inflation, explosion des coûts. Dans le scénario extrême qu’il évoque, le baril pourrait monter à 150 dollars, le gaz à 100 euros le MWh, avec derrière « Wall Street et la City détruits ». Les marchés, conclut-il, ont parié qu’« on ne pouvait pas être aussi dingos ». Toute la question est de savoir s’ils n’ont pas, une fois de plus, sous-estimé le pire. |
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