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mercredi 11 mars 2026

Le Monde Moderne - La Quotidienne - Mercredi 11 mars 2026

 

Bilan du onzième jour du conflit au Moyen-Orient

L'eau potable menacée au Moyen-Orient, le prix du diesel dépasse celui de l'essence, vers de nouvelles négociations entre la Russie et l'Ukraine, les profils problématiques du RN aux municipales.

 
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Bilan du onzième jour du conflit au Moyen-Orient

Le ministre de la Défense des Etats-Unis, Pete Hegseth, a affirmé que le mardi 10 mars constituerait “le jour le plus intense de frappes” sur l’Iran. Donald Trump a lui prévenu qu’il y aurait d’importantes conséquences militaires si l’Iran se décidait à miner le détroit d’Ormuz, par lequel 20% de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié transite en temps normal.

“Si pour une raison quelconque des mines ont été posées et qu’elles ne sont pas retirées immédiatement, les conséquences militaires pour l’Iran seront sans précédent”, a mis en garde le président américain dans un message publié sur sa plateforme Truth Social. L’armée américaine a également annoncé avoir détruit 16 bateaux poseurs de mines iraniens “près du détroit d’Ormuz”.

Par ailleurs, le Pentagone a rapporté qu’environ 140 militaires américains ont été blessés depuis le début de la guerre en Iran. “La grande majorité de ces blessures étaient légères, et 108 militaires ont déjà repris du service”, a déclaré le porte-parole du Pentagone, Sean Parnell. “Huit militaires sont toujours considérés comme gravement blessés”, a-t-il ajouté. Les autorités américaines ont précédemment fait état de sept militaires américains tués, au Koweït et en Arabie saoudite.

De nouvelles explosions ont retenti à Téhéran, après les menaces de Washington de faire subir à l'Iran les bombardements les plus intenses de cette guerre. Dans la foulée, l'armée israélienne a annoncé avoir lancé une “vague de frappes” sur Téhéran. "Les forces de défense israéliennes ont entamé une nouvelle vague de frappes contre des cibles du régime terroriste iranien à Téhéran", a déclaré l'armée israélienne sur sa chaîne Telegram officielle.

Le président du Parlement iranien a lui averti que toute attaque contre les infrastructures de l’Iran entraînerait une réplique de même calibre. “Bien sûr que nous ne recherchons pas un cessez-le-feu. Nous pensons que l’agresseur doit être puni et recevoir une leçon qui le dissuadera d’attaquer l’Iran à nouveau”, a écrit Mohammad Bagher Ghalibaf dans une publication sur X.

Les Gardiens de la Révolution iraniens ont tiré une nouvelle salve de missiles sur Israël, notamment Tel-Aviv, et sur des cibles américaines au Moyen-Orient. L’armée iranienne a de son côté affirmé avoir ciblé en Israël, lors d’une opération distincte, un centre militaire et un autre dédié au renseignement.

Des explosions ont été entendues dans la capitale de Bahreïn, Manama, alors que l’Iran poursuit ses frappes de représailles à travers le Golfe. Dans un communiqué relayé par l’agence iranienne Tasnim, les Gardiens de la Révolution ont déclaré qu’un grand nombre de missiles avaient été lancés des bases américaines à Bahreïn et sur trois autres installations dans la région du Kurdistan irakien.

Le ministre de l'Energie américain, Chris Wright, a supprimé une vidéo dans laquelle il annonçait que la marine américaine avait escorté un premier pétrolier pour lui permettre de franchir ce passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole. Les cours du pétrole ont reculé dans la foulée de la publication de cette vidéo. “La marine américaine n'a escorté aucun pétrolier ni aucun navire à l'heure actuelle”, a déclaré quelques instants plus tard la porte-parole de la Maison Blanche.

Israël a mené de nouvelles frappes sur la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah pro-iranien, et le sud du Liban. L’ONU a annoncé que plus de 667 000 personnes avaient été déplacées par les frappes israéliennes sur le Liban, soit 100 000 personnes supplémentaires en 24 heures.

Par ailleurs, la mission iranienne à l’ONU a accusé Israël d’avoir “assassiné” quatre de ses diplomates en poste au Liban lors d’une frappe contre un hôtel à Beyrouth. L’armée israélienne a revendiqué cette attaque qui avait visé de nuit un établissement hôtelier, le Ramada, situé dans un quartier touristique de Beyrouth, sur le front de mer.

L’Elysée a annoncé que dans “le cadre de la Présidence française du G7”, Emmanuel Macron tiendra “une visioconférence des chefs d’Etat et de gouvernement du G7 pour évoquer les conséquences économiques de la guerre au Moyen Orient, notamment la situation énergétique ainsi que les mesures pour les atténuer”.

Le président français a évoqué un possible recours des pays du G7 à leurs réserves stratégiques de pétrole afin d’atténuer la hausse des prix du brut provoquée par la guerre.

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La guerre au Moyen-Orient menace la production vitale d’eau potable

Le porte-parole du secrétaire général des Nations unies, Stéphane Dujarric, s’est dit “particulièrement préoccupé par les frappes récentes sur des installations pétrolières” en Iran et dans les pays du Golfe. Mais si la production d’énergie est au centre des préoccupations mondiales, l’eau pourrait être la ressource la plus menacée par le conflit dans la région. Stéphane Dujarric a en effet aussi dénoncé les “frappes sur des usines de dessalement de l’eau signalées dans plusieurs pays”.

À Bahreïn, une station de dessalement, qui produit de l’eau douce à partir de l’eau de mer, a été endommagée par une attaque de drones iraniens, ont affirmé les autorités du pays. La veille, Téhéran avait dénoncé une frappe similaire sur l’île iranienne de Qeshm, qui aurait affecté l’approvisionnement en eau de 30 villages. Des frappes iraniennes sur le port de Jebel Ali (Emirats arabes unis), près de Dubaï, ont atterri à une vingtaine de kilomètres de l’une des plus grandes usines de dessalement au monde, qui produit une grande partie de l’eau potable de la ville et des dégâts sévères ont été infligés au complexe hydroélectrique de Fujairah, aux Emirats arabes unis, ainsi qu’à l’usine de dessalement Doha Ouest, au Koweït.

Bien que ces frappes soient plutôt contenues, c’est un signal d’alarme fort car, dans une région parmi les plus arides au monde, les usines de dessalement jouent un rôle vital pour l’économie et la consommation d’eau potable de millions d’habitants.

Aux Emirats arabes unis, 42% de l’eau potable provient des usines de dessalement. Un taux qui monte à 70% en Arabie saoudite, 86% à Oman et 90% au Koweït. Cette eau sert à la consommation directe des habitants, mais aussi à l’agriculture, aux industries ou à faire tourner les climatisations. Le Bahreïn dépend de son côté presque entièrement de ces usines pour garantir un accès à l’eau potable pour son 1,6 million d’habitants. Non loin du Golfe, ces mêmes usines subviennent à plus de 80% de la consommation domestique d’eau en Israël.

Ce n’est pas la première fois que des menaces pèsent sur ces usines de dessalement. En 1991, pendant la guerre du Golfe, les forces irakiennes avaient saboté ce type d’infrastructures au Koweït. Plus tard, en 2019 et 2022, les rebelles houthis du Yémen ont à leur tour lancé des drones et des missiles sur des usines saoudiennes.

En 2010, une note d’analyse de la CIA affirmait que “la perturbation des installations de dessalement dans la plupart des pays arabes pourrait avoir des conséquences plus graves que la perte de toute autre industrie ou matière première”. Chacune de ces usines de dessalement essentielles “est extrêmement vulnérable au sabotage ou à une action militaire”. En 2008, le site Wikileaks révélait un câble diplomatique américain affirmant que “Riyad devrait évacuer dans un délai d’une semaine”, si jamais l’usine de Jubail, qui l’alimente, était “gravement endommagée ou détruite”.

L’attaque des bateaux pétroliers dans le Golfe pour qu’ils déversent leur chargement dans la mer, à l’endroit même où ces usines pompent l’eau, est également une forme de sabotage parfois employée.

S'attaquer à la production d'eau douce risque de laisser des séquelles politiques durables au delà du conflit, car elle s’apparente à une violation des droits humains, des conventions de Genève et des protocoles additionnels de 1977.

Le prix du diesel dépasse désormais celui de l’essence

Le gazole a atteint la barre symbolique des 2 euros le litre en France, selon une moyenne calculée par l'AFP sur la base des données de quelque 9 400 stations-service. Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le prix de ce carburant routier, le plus consommé dans le pays, a déjà bondi de 28 centimes en France métropolitaine, soit 16%.

Pour les automobilistes roulant à l’essence, l’envolée des prix s’avère moins marquée. Le litre de SP95-E10 s’établissait à 1,83 euro en moyenne, lundi après-midi, soit une hausse de 11 centimes en dix jours. Historiquement plus onéreuse que le diesel, mais désormais moins chère, l’essence s’impose comme un carburant plus résistant aux impacts du conflit entre les Etats-Unis, Israël et l’Iran.

La première explication réside dans les cours mondiaux, marqués par une forte tension sur le marché du gazole. Du fait de ses usages variés sur les routes, dans les champs ou en mer, le gazole fait face à une demande mondiale nettement plus importante que celle de l’essence et se trouve donc confronté, en cas de crise d’offre, à des répercussions plus fortes sur les prix.

Face à cette envolée, la France apparaît vulnérable. La majorité de sa consommation de gazole provient d’importations, alors que près des deux tiers de l’essence utilisée est produite localement, du fait des capacités de raffinage dans le pays.

Une seconde explication tient dans la fiscalité existante en France. La principale taxe sur les produits pétroliers varie selon le type de carburant. Elle s’élève à environ 0,61 euro par litre pour le gazole, contre 0,67 euro pour l’essence. Cet écart à l’avantage du premier était nettement plus élevé par le passé, mais, dans une logique de rattrapage fiscal, l’Etat le réduit d’année en année pour inciter les automobilistes à se détourner du diesel, plus polluant.

Une partie de la TVA qui s’applique sur les produits pétroliers découle de cette accise, ce qui contribue à renforcer l’écart de fiscalité. Elle s’élève à 0,12 euro pour le gazole, contre 0,13 pour le SP95-E10. Toutes taxes confondues, mécaniquement, puisque le diesel est moins taxé, une plus grande partie de son prix final dépend de la matière première, et donc de l’évolution des cours mondiaux.

Les Etats-Unis ont proposé de nouvelles négociations entre l’Ukraine et la Russie

Les Etats-Unis ont proposé la tenue la semaine prochaine d’un cycle de négociations entre Kiev et Moscou, sous médiation américaine. “La réunion pourrait se tenir en Suisse ou en Turquie”, a précisé Volodymyr Zelensky. “Nous prévoyons que la réunion se tienne la semaine prochaine. C’est une proposition américaine, mais, pour être honnête, on verra d’ici là ce qu’il se passe au Moyen-Orient”, a précisé le chef de l’Etat ukrainien.

Interrogé par le média CNBC, le négociateur américain Steve Witkoff a également affirmé qu’une telle réunion pourrait avoir lieu la semaine prochaine. Volodymyr Zelensky a aussi dit avoir eu un échange téléphonique avec le président turc, Recep Tayyip Erdogan, et rapporté que la Turquie était prête à accueillir cette nouvelle rencontre trilatérale.

Par ailleurs, des experts militaires ukrainiens sont attendus cette semaine au Qatar, aux Emirats arabes unis et en Arabie saoudite, où ils doivent partager leur expérience d’interception des drones de conception iranienne. L’Ukraine est visée quasi quotidiennement par des centaines de drones russes longue portée de type Shahed, une arme iranienne que la Russie a copiée et produit désormais massivement sous le nom de Gueran-2. C’est ce modèle de drones que l’Iran a lancé sur des pays du Golfe et sur Israël pour riposter aux bombardements israéliens et américains.

Le Rassemblement national peine à faire le ménage dans ses rangs

Trouver des candidats au profil irréprochable sur tout le territoire reste un défi de taille pour le Rassemblement national, qui cherche à développer son ancrage local lors des élections municipales. La campagne a été ponctuée de révélations sur des têtes de liste ou des colistiers.

Dernier épisode en date : à Dunkerque, le candidat à la mairie Adrien Nave s’est vu retirer son investiture, en raison de la présence sur sa liste du porte-parole de l’Action française, mouvement d’ultradroite et royaliste. Début février, le RN avait déjà pris la même décision pour sa tête de liste à Carpentras, Christian Richaud Simoni, après que d’anciens tweets racistes et sexistes ont été repérés par le journal Libération. Le candidat a assuré que son compte avait été piraté.

Signe que le parti souhaite montrer qu’il serre la vis, Christian Perez, investi dans le Finistère lors des législatives 2024 en dépit de ses publications racistes sur les réseaux sociaux, n’a pas reçu le soutien officiel du RN pour les municipales à Concarneau. À Belfort, Quentin Macullo avait été investi comme tête de liste malgré ses publications passées problématiques, en particulier un tweet aux relents antisémites. Une désignation dans un premier temps assumée et défendue par les cadres du RN, qui ont finalement “débranché” l’homme politique avant le dépôt des listes.

“Lorsque vous accueillez, en l’espace d’une campagne, 25 000 candidats, il est possible qu’il y ait des personnalités qui tentent de se greffer et qui ont des positions qui ne répondent pas à la ligne du RN”, s’est défendu Jordan Bardella lors d’un entretien avec BFMTV. “Quand il y a des personnalités qui ne répondent pas aux critères qui sont les nôtres, nous agissons”, a-t-il ajouté.

Le passé d’autres candidats a été mis en lumière plus récemment, comme celui de Mickaël Lurguie, qui mène la liste RN à Jarny. Selon une enquête de Libération, l’homme politique a partagé sur son compte X des contenus à connotation antisémite entre juillet 2021 et décembre 2022. À Pugnac, Fernand Beauvillain a publié plusieurs messages racistes sur Facebook entre 2022 et 2025, a rapporté fin février le site Les Jours.

D’autres candidats figurent sur les listes en dépit d’un casier judiciaire encombrant. Aux Andelys, la numéro 2 de la liste RN a été condamnée en 2023 pour avoir escroqué la mairie. À Ajaccio, Yann Fleurquin, en 35e position sur la liste RN menée par François Filoni, a été condamné en avril 2005 à douze ans de réclusion criminelle pour un assassinat. À Bastia, les antécédents de la tête de liste soutenue par le RN, Nicolas Battini, étaient en revanche connus du parti. Condamné pour terrorisme, il a fait huit ans de prison pour un attentat à la voiture-bélier à Corte en 2012.

Au total, plusieurs dizaines de candidats du RN ont été épinglés pour des messages racistes ou antisémites postés sur les réseaux sociaux, par différents médias, dont MediapartLibérationStreetPress ou encore Les Jours.


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