Lu dans le DL du 25/02/2018
LE BILLET
PAR GILLES DEBERNARDI
Jeanne d’Arc
et les bas du front
Montjoie !
Saint-Denis !
Quelques énergumènes s’agitent dans la
fachosphère et s’appliquent à prolonger la guerre de Cent Ans.
Ceux-là
ne représentent qu’eux-mêmes, c’est-à-dire pas grand-chose, mais le
buzz leur donne un écho formidable.
Sur les réseaux sociaux, ils
abreuvent d’injures la jeune fille qui incarnera Jeanne d’Arc lors des
prochaines fêtes d’Orléans.
On défile là-bas depuis 1429, chaque
printemps, pour célébrer la levée du siège par les Anglais.
Il ne s’agit
pas d’une reconstitution historique, plutôt d’un élan symbolique et
spirituel.
Comme un hymne à la liberté que les habitants perpétuent au
fil des siècles.
La municipalité a choisi l’heureuse élue de cette année selon les
critères habituels, qui touchent d’abord à l’esprit. D’accord, Mathilde
n’a jamais entendu de voix, ni passé son CAP de bergère, ni attaqué le
moindre donjon.
Elle suit sagement sa scolarité dans un lycée de la
ville, et mène des actions humanitaires au sein d’une association
catholique.
Se dévouer pour les autres lui semble naturel, à l’image de
l’héroïne qui finit sur le bûcher.
Tout va bien, alors ?
Non. La Pucelle
2018 a un père d’origine béninoise, son métissage défrise les bas du
front qui l’assimilent à « un babouin ».
Sans voir le message universel
que porte Jeanne, les tarés identitaires la voudraient sans doute
blonde aux yeux bleus, tenant Domrémy pour une banlieue de
Stockholm.
Et qu’on n’aille pas, surtout, la poser sur un cheval arabe !
Chacun imagine l’effet que peut produire pareil déferlement d’abjections
sur un cœur de 17 ans.
Et d’abord le procureur de la République,
qui a ouvert une enquête pour incitation à la haine raciale.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire