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dimanche 25 février 2018

En Espagne, " le gouvernement Rajoy est paralysé "


25 février 2018

En Espagne, " le gouvernement Rajoy est paralysé "

Albert Rivera, chef de file de Ciudadanos, juge le premier ministre " responsable de l'échec " en Catalogne

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LE PROFIL
Albert Rivera
Président du parti Ciudadanos depuis sa création, en 2006, comme un mouvement d'opposition au nationalisme catalan, ce qui lui a valu des menaces de mort, Albert Rivera a été député au Parlement catalan de 2006 à 2015, avant d'entrer au Congrès des députés à Madrid, en 2016. Ancien champion de natation, né à Barcelone d'un père catalan et d'une mère andalouse, il s'est fait connaître à 27 ans en posant nu sur les affiches électorales catalanes de 2006. A 38 ans, cet ancien conseiller juridique est devenu le dirigeant politique préféré des Espagnols. Avec la gauche radicale de Podemos, il a dynamité le bipartisme espagnol : Ciudadanos est crédité de plus de 20 % des intentions de vote dans les -derniers sondages.
Albert Rivera, le président de la formation libérale Ciudadanos, rêve d'un destin similaire à celui d'Emmanuel Macron, qu'il cite beaucoup. Il a adopté une position dure contre les nationalistes catalans et grimpe dans les sondages. De quoi attiser sa rivalité avec le Parti populaire (PP, droite) de Mariano Rajoy.


Plusieurs sondages vous situent comme première force politique en Espagne. Vous y attendiez-vous ?

Nous sommes face à un changement de cycle, à la fin du bipartisme en Espagne, comme cela s'est produit ailleurs en Europe. Le PP et le PSŒ - Parti socialiste ouvrier espagnol - meurent de leur propre endogamie. Ils se décomposent, car ils sont incapables d'incorporer du talent.


Votre soutien à l'actuelle législature est-il terminé ?

En  2016, nous avons conditionné notre oui au président du gouvernement à 150 exigences à mettre en œuvre en quatre ans. Nous avons respecté notre part du traité en votant pour M.  Rajoy, et ça n'a pas été facile. Nous n'avions pas confiance en lui, ni en la capacité de transformation et de dynamisme de ce gouvernement, immobiliste et conservateur. Mais nous avions l'obligation de faire sortir l'Espagne d'un an de blocage politique. Je crois que notre choix était le bon. Mais le projet de Rajoy et du PP s'épuise. Obsédés par les sondages,ils ignorent nos accords. Ils viennent ainsi de bloquer la réforme du parquet général de l'Etat, qui était importante pour nous. Ils maintiennent une sénatrice mise en examen pour corruption…


Vous n'allez donc pas soutenir le budget 2018, qui est bloqué depuis l'automne 2017 ?

Le gouvernement doit y intégrer les accords que nous avons passés. Baisser les impôts sur le revenu, uniformiser le salaire des policiers nationaux et régionaux ou expulser les députés mis en examen pour corruption. S'il respecte ce qu'il a signé, nous le soutiendrons. Sinon, non.


Dans ce dernier cas de figure, seriez-vous partisan d'élections anticipées ?

S'il n'y a pas de budget, il n'y a pas de législature, comme Rajoy lui-même l'a dit l'an dernier. Un gouvernement isolé, sans budget, entouré d'affaires de corruption, incapable de faire voter une seule loi, et qui est responsable de l'échec de ce qui s'est passé en Catalogne, est un gouvernement paralysé. Peut-il tenir des mois ou des années comme cela, comme il semble l'envisager ? Il a deux options : rectifier et respecter ses engagements avec Ciudadanos ou rester seul, à la dérive.


Que vous inspire votre succès relatif en Catalogne, où Ciudadanos a remporté les élections, mais où les partis indépendantistes ont maintenu la majorité absolue au Parlement régional ?

Que Ciudadanos ait gagné les élections est un symptôme de la résistance de la société catalane. Nous avons obtenu un résultat historique. En trente-sept ans, jamais le nationalisme n'avait été vaincu. Quant aux séparatistes, je pense que dans un avenir proche, ils perdront leur majorité parlementaire. Ils cumulaient 76 sièges il y a quatre ans, 72 il y a deux ans et 70 à présent. De plus, leur majorité parlementaire leur permet de gouverner une région autonome, pas de briser l'Espagne. Ce n'est pas une majorité sociale. Si la loi électorale était plus juste et proportionnelle, Ciudadanos serait en train d'essayer de former un gouvernement en Catalogne.


Les indépendantistes semblent avoir renoncé à la voie unilatérale. La crise politique en Catalogne est-elle en voie de résolution ?

J'aimerais dire que oui. Mais la réalité est que je pense que non. Le nationalisme est le plus grand défi pour l'Europe du XXIe  siècle. Or en Catalogne, le nationalisme a grandi du fait de trente-sept  ans de gouvernements régionaux sans contrôle ni surveillance de la part des gouvernements nationaux. Durant cette période, le nationalisme s'est tout approprié : la société civile, les subventions, la télévision publique… Comme je suis catalan, je suis conscient que ce problème ne se résoudra pas en un quart d'heure.


Les négociations sont bloquées entre les partis indépendantistes pour le moment. Que peut-il se passer ?

Les indépendantistes formeront sans doute un gouvernement avec les députés qui leur restent, puisque beaucoup sont en prison ou en fuite. Après leur coup d'Etat et ses conséquences politiques et judiciaires, j'espère que, cette fois, ce qu'ils feront et diront s'inscrira dans la loi. Mais nous devons rester attentifs, car ils vont sans doute faire un demi-pas en arrière pour reprendre des forces. Puis ils essayeront de mettre sur la table un référendum d'indépendance, par le biais d'une réforme de la Constitution qui reconnaîtrait le droit à l'autodétermination. Et cette demande viendra sans doute du Pays basque. Une chose est sûre : nous nous y opposerons, car nous pensons que ce sont tous les Espagnols qui doivent décider de l'avenir de l'Espagne.


Un référendum ne pourrait-il pas résoudre la question ?

Nous voulons une Espagne unie dans une Europe unie. Je ne vais pas jouer à la roulette russe ni ma nationalité, ni ma présence en Europe, ni l'égalité des droits de tous les Espagnols. Derrière tout cela, il existe un sentiment de supériorité morale intolérable.


Quelle solution défendez-vous pour que la " normalité " revienne en Catalogne ?

Il faut un gouvernement espagnol fort, qui ait un plan stratégique de présence de l'Etat dans tous les secteurs de la vie publique espagnole, en particulier en Catalogne. L'Etat ne peut pas renoncer à sa présence, comme cela s'est passé ces dernières décennies. Et il faut travailler pour récupérer la connexion avec une majorité ample de la société, afin qu'elle se sente partie prenante du projet espagnol.


Votre projet est-il recentralisateur ?

Non. Je souhaite que les régions autonomes aient des compétences, mais qu'elles soient contrôlées. Faire en sorte que l'Etat soit plus présent, cela signifie simplement faire respecter la Constitution. Que, par exemple, la télévision publique de Catalogne ne traite pas une majorité de Catalans non nationalistes comme des étrangers. Qu'il n'y ait pas de l'argent public destiné à détruire l'Etat. Ou qu'il n'y ait pas des symboles séparatistes dans les écoles publiques.


Pour faire reculer l'indépendantisme, certains demandent un nouvel ancrage de la Catalogne en Espagne. Qu'en pensez-vous ?

La Catalogne est une des régions d'Europe qui ont le plus d'autonomie. Par conséquent, le victimisme des nationalistes est un mensonge. Un mauvais diagnostic serait de penser que comme les séparatistes demandent plus de concessions et de privilèges, il faut leur donner, comme l'ont fait le PP et le PSŒ. Mais s'ils veulent plus, c'est pour qu'il soit plus facile decasser l'Espagne par la suite.


Comment convaincre ceux qui votent pour les partis indépendantistes qu'il vaut mieux rester en Espagne ?

Il faut être réaliste : ce qui a été détruit en trente-sept ans ne se règle pas en une élection. Il va falloir travailler sur un projet enthousiasmant pour l'Espagne. L'Europe est un projet d'avenir. La modernisation du pays, de l'éducation, du marché du travail aussi. Rénover le projet commun est le meilleur antidote au séparatisme.
Propos recueillis par, Sandrine Morel
© Le Monde

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