Martine Aubry donne sa conférence de rentrée
La maire de Lille s'est prêtée volontiers à l'exercice des questions-réponses face aux journalistes sur des sujets locaux mais aussi plus polémiques. Martine Aubry semble vouloir reprendre toute sa place dans le débat socialiste.

Par M6 Info | M6info
Pendant près de 3 heures, Martine Aubry, la maire de Lille, volubile, a présenté les enjeux locaux de cette rentrée. Mais elle s’est aussi prêtée au jeu des questions-réponses avec les journalistes sur des sujets plus transversaux, comme le retour de Nicolas Sarkozy ou la politique économique et sociale du gouvernement.
Critique au gouvernement
"La politique menée n'est pas celle qui peut nous permettre de sortir de la crise. Et je pense que la pensée unique, c'est plus archaïque que de tenter de trouver des solutions plus subtiles à une situation difficile. Il faut réduire la dette publique mais sans casser la croissance. Il faut aider les entreprises mais seulement celles qui en ont besoin et sans casser la demande et c’est sur ce subtil équilibre qu'il faut accepter de débattre. Mon seul souci, c'est d'être utile. Je pense l'avoir montré abondamment" commente-t-elle sur la politique économique et sociale du gouvernement de Manuel Valls.
Valls-Aubry : quelles tensions ?
Sur les bisbilles qu'il existerait entre elle et le Premier ministre, Martine Aubry nie : "Je lis que je déteste Manuel Valles. Non !" (...) Mais elle n’oublie pas de rappeler : "Manuel Valls avait critiqué le parti socialiste, je lui ai balancé une lettre. Il a préféré se taire ensuite et la polémique était enterrée. Vous savez, j'ai peu de haine. Je pense que les gens qui passent leur temps à haïr les autres tombent dans l'aigreur. Je veux que François Hollande et Manuel Valls réussissent. Je ne veux pas gêner. Je veux aider ! Et pour aider, il faut lancer le débat ! C'est mon état d'esprit et c'est ce que je ferai !", assure-t-elle.
Les "vieilles recettes ringardes" de Nicolas Sarkozy
Puis, elle a taclé à sa droite. "La France va mal et on ne peut pas se permettre de laisser revenir un Sarkozy avec ses vieilles recettes ringardes datant du XXe siècle. Nous devons apporter les recettes du XXIe siècle avec l'économie verte, de la nouvelle économie, de la finance au service de l'économie, d'une grande loi fiscale qui nous permettrait de remettre de l'égalité dans notre pays. Tout cela ne porte pas atteinte à la compétitivité de notre pays, bien au contraire". "Pour moi, c'est le comique de répétition de la droite", résume-t-elle.
Alain Juppé : "j'apprécie l'homme"
Même si elle est moins tranchante sur la candidature d'Alain Juppé, Martine Aubry ne manque pas dire sa "déception". "J'ai été un peu déçue par son intervention télévisée hier soir. Je le dis d'autant plus franchement que j'apprécie l'homme car c'est un fervent républicain, il ne divise pas les Français contrairement à Sarkozy et un homme d'Etat. Sur le plan économique, il ne fait pas de propositions neuves comme si la droite avait arrêté de penser. Ce sont toujours les mêmes lunes libérales. C'est inquiétant."
Martine Aubry n'oublie pas de rendre la monnaie de leur pièce à ceux qui s'en sont pris à sa commune. Christian Estrosi "a dit que Lille était la ville la plus mal gérée de France en termes de fiscalité. Entre 2008 et 2012, les impôts moyens par habitant ont augmenté de 5,9% à Lille contre 27,7% à Nice et 14% en moyenne nationale. Je ne sais pas quelle ville est la plus mal gérée… Je crois savoir que les Niçois sont un peu plus riches que les Lillois. Je n'aime pas qu'on cogne sur des choses qui sont fausses" a dit l'ex-ministre.
Leader d'une autre gauche ?
Martine Aubry tempère. Elle assure qu'elle ne fédère pas une opposition à gauche malgré toutes les critiques qu'elle adresse au gouvernement. "Je ne fédère pas les opposants au gouvernement. Je veux rentrer dans un débat pour voir comment on peut faire influer la politique économique et sociale pour obtenir les résultats que nous n'avons pas aujourd'hui. Je ne suis pas allé voir les verts ou les communistes, je veux juste apporter une contribution dans le débat", dit-elle encore.
La manipulation Patrick Kanner
"Manuel Valls et François Hollande ont demandé à un certain nombre de mes amis de rentrer au gouvernement. Le premier a été François Lamy. Il a refusé mais il y en a eu d'autres. Et comme tous mes amis ont refusé, ils ont proposé à Patrick Kanner en disant : 'comme il est du Nord, on va dire qu'il est proche d'Aubry'", explique-t-elle. Et de poursuivre : "Je m'entends très bien avec lui mais il n'a jamais été un de mes amis politiques. Donc je lui ai dit : 'Premièrement, vu toutes les critiques que tu as faites contre ce gouvernement, je suis très étonnée que tu acceptes le poste. Deuxièmement, si tu y vas, bon courage ! Enfin, je te préviens, je dirai aux médias que tu n'es pas un proche au sens de la ligne idéologique". "C'était une manipulation du gouvernement et moi, je n'aime pas les manipulations. Je suis gentille mais je n'aime pas qu'on me prenne pour une 'gogole'" assène la maire de Lille qui n'avait pas la langue dans sa poche en cette journée de rentrée politique dans le Nord.
Les 35 heures
L'ancienne ministre n'oublie pas de défendre les sujets qui lui sont chers. "Cela fait quand même 16 ans que les 35 heures existent. Il n'y a pas une année où la droite n'a pas annoncé qu'elle allait supprimer les 35 heures. Ils ont été 10 ans au pouvoir et qu'ont-ils fait ? Pourquoi n'ont pas supprimé les 35 heures, cette 'catastrophe nationale' ? Nous sommes dans la moyenne du temps de travail annuel des pays développés. Les Français apprécient les 35 heures. On a gagné en productivité et en organisation du travail. Les études le montrent. Et quand Sarkozy reparle des heures supplémentaires payées, quelle erreur ! On a 3 millions de chômeurs. C'est le moment de faire des heures supplémentaires ?" a-t-elle interrogé.
Samuel Duhamel









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