Translate

vendredi 27 mars 2026

L'actualité littéraire hebdo avec BIBLIOBS - Le piège tendu à Trump, non par l’Iran, mais par Dieu lui-même....Vendredi 27 mars 2026

 

 
Vendredi 27 mars 2026
Chaque vendredi, notre sélection d’articles pour suivre l’actualité littéraire et la vie des idées : romans, essais, polars et BD.
Le piège tendu à Trump, non par l’Iran, mais par Dieu lui-même

Par  Didier Jacob

1979. La révolution islamique. Le premier krach, pas boursier, moral. Mais, ce qui nous intéresse, c’est « 1979 », le livre. Par Kracht, justement. Christian Kracht. C’est l’auteur suisse à suivre, si vous voulez mon avis. Si vous n’avez lu ni « Eurotrash » ni « Faserland », allez vous faire foutre.

« 1979 » a été publié en 2001, ce qui montre déjà le côté visionnaire frappadingue de Christian. Un roman sur la révolution islamique publié l’année de l’attaque contre les tours jumelles. On sent qu’il maîtrise son sujet. Comme chez Kracht habituellement, l’histoire est parfaitement somptueuse, parfaitement inutile. Deux types roulent vers Téhéran. Deux Occidentaux. Le narrateur (il est allemand) est décorateur d’intérieur. Il est en couple avec Christopher, très beau, très mal en point. Pourquoi ses jambes sont-elles constellées de bubons purulents ? Mais, pustules ou pas pustules, bon Dieu, qu’est-ce qu’il est beau.

Arrivée à Téhéran. Chars dans la rue. Ils descendent à l’hôtel. Et se rendent dans une party, la dernière probablement avant la chute du régime (le shah a déjà quitté l’Iran, soupçonne-t-on). Christopher et son mec se disputent. C’est que le premier méprise la déco. Dehors, on entend des rafales de mitraillettes.

Je ne vous dis pas comment Christopher meurt. Ça surprend, parce que jusqu’à présent on était dans une ambiance « Call Me by Your Name ». Il fallait juste remplacer la sublime villa italienne par Téhéran en flammes. Commence alors la description de la dérive du narrateur, qui tire le roman vers « Lost in Translation ». Il faut juste remplacer Scarlett Johansson par un décorateur d’intérieur.

La nuit à Téhéran en 1979 : « Des étudiants s’étaient enchaînés aux grilles en fer forgé de l’université, leurs visages étaient fanatiques et distordus. Down with President Carter, lisait-on sur un grand tissu tendu en travers du boulevard. […] Je vis des écriteaux colorés en carton sur lesquels était représentée la grosse tête charnue de Mao Tsé-toung brandis en l’air, réclamant le communisme, le coup d’Etat, la révolution permanente, la mort du shah, la fin de l’oppression ; les manifestants cognèrent des jeunes qui portaient la photo de l’ayatollah Khomeini, ils remontèrent les avenues au pas de course et pourchassèrent les étudiants qui n’avaient pas de brassards chinois rouges, des vitrines explosaient, du verre volait en éclats dans les rues. Quelques jeunes brandissaient des affiches avec les mots Pol Pot, d’autres avaient dans leurs poings serrés des bannières où était écrit Bater-Meinof. »

La beauté du livre de Christian Kracht tient dans la manière dont la révolution islamique, qui a lieu sous nos yeux, qui va nous empoisonner la vie pour le reste de nos vies, n’est pas décrite comme l’événement qu’elle est. Plutôt tenue à distance, comme si on était dans un rêve éveillé.

Mais le retour à la réalité, page 86, fait mal. C’est là que tout est expliqué : le piège tendu à Trump, non par l’Iran, mais par Dieu lui-même. Le héros entre dans un café. Il parle avec Massoud, le propriétaire. Voici ce que celui-ci explique à notre héros : « Nous sommes tous coupables, parce que nous avons toléré l’Amérique. Nous devons tous faire repentance. Nous devrons faire des sacrifices, tous autant que nous sommes. » Et Massoud d’ajouter : « Une nouvelle ère va débuter dans ce pays, hors de l’emprise de l’Amérique. Il n’y a qu’une chose qui puisse lui résister, une seule qui soit suffisamment forte : l’islam. Tout le reste échouera. Tous les autres se noieront dans un océan mousseux de corn-flakes, de Pepsi-Cola et de fausse politesse. »

Notre sélection
Informez-vous sans modération.
Abonnez-vous pour consulter tous nos articles en illimité et recevoir nos newsletters réservées à nos abonnés.
 
Découvrez l’application du Nouvel Obs
Suivez toute l’actualité décryptée par nos journalistes dans une expérience de lecture intuitive et immersive.
 
 
 
 
 
 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire