| | Hadrien Mathoux Directeur adjoint de la rédaction
L'impasse de la stratégie insoumise du
"quatrième bloc"
Après plusieurs mois de polémiques incessantes concernant la trajectoire de la France insoumise, une première échéance électorale est venue servir de test concret pour la stratégie dite du « quatrième bloc », mise en place à pleine puissance par Jean-Luc Mélenchon et ses lieutenants depuis le 7 octobre 2023. L'idée est la suivante : pour obtenir davantage de voix, il s'agit d'accroître la mobilisation dans les villes de banlieue populaire, peuplées de nombreux citoyens issus de l'immigration et/ou de culture musulmane. Des territoires traditionnellement favorables à la gauche, mais dont les habitants s'abstiennent encore massivement. Dans l'esprit des insoumis, le déclencheur du vote chez ces Français repose sur des facteurs identitaires : il faut donc amener ces électeurs potentiels à voter LFI en leur parlant d'islamophobie, d'antiracisme, et, bien sûr, de la cause palestinienne, le tout sur un ton radical.
Le bilan des municipales révèle que cette stratégie donne, pour l'heure, des résultats mitigés. Les succès insoumis dans leurs zones de prédilection ont été modestes : en dehors des victoires symboliques à Saint-Denis, La Courneuve et Roubaix, et de l'élection de nombreux conseillers municipaux, les candidats du mouvement de gauche radicale ont le plus souvent été battus à plate couture, et aucune hausse sensible de la participation dans les villes de banlieue n'a été constatée.
Il faut surtout, au moment de l'analyse, prendre en compte les externalités négatives engendrées par cette stratégie. Lancé dans une course éperdue à la conquête des électeurs de banlieue, Jean-Luc Mélenchon a multiplié depuis des années les polémiques, entre complaisance avec l'islamisme, discours antifrançais de plus en plus assumés, racialisation du discours et dérapages antisémites. Le prix à payer pour pousser la « nouvelle France » aux urnes semble démesurément élevé. LFI est devenu le parti le plus rejeté de la scène politique, et beaucoup estiment que son leader a chipé le costume de « diable de la République » aux mains du Rassemblement national. À quoi bon se qualifier pour le second tour de la présidentielle, si c'est pour y subir une lourde défaite en s'étant mis les deux tiers du pays à dos ?
Au second tour des municipales, les électeurs de gauche modérée ont visiblement rechigné à soutenir les alliances entre socialistes et insoumis, comme l'ont montré les défaites des candidats LFI à Toulouse ou Limoges. Pire : les analyses montrent que la droite a bénéficié d'un vote de barrage massif lorsqu'elle faisait face à des insoumis, y compris venant d'électeurs qui ne s'étaient pas déplacés au premier tour. Cruelle ironie de l'histoire : avec leur stratégie clivante, Jean-Luc Mélenchon et les insoumis ont bien réussi à mobiliser un « quatrième bloc » d'abstentionnistes… mais contre eux. Twitter @hadrienmathoux
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