Dans sa lettre annuelle, Larry Fink expose une vision globale de l'économie et de l'organisation des sociétés, où la finance devient l'ossature d'un monde sans frontières. Derrière le discours technique se dessine un projet cohérent aux implications politiques, sociales et démocratiques majeures, qui entre en résonance avec d'autres dynamiques de déconstruction à l'œuvre dans nos sociétés… Larry Fink n'est pas un dirigeant lambda. Il est à la tête de BlackRock, premier gestionnaire d'actifs au monde avec plus de 13 500 milliards de dollars sous gestion (à titre de comparaison, l'ensemble des biens et services produits chaque année dans l'UE représente environ 18 000 milliards €). Présent au capital de milliers d'entreprises, BlackRock détient indirectement une grosse part des grandes sociétés et banques à travers le monde. Elle conseille aussi des gouvernements, gère d'importantes dettes publiques (ce qui lui donne un levier direct sur de nombreux pays), fait circuler des flux massifs sur les marchés financiers et étend désormais son influence aux marchés privés. Depuis plusieurs décennies, Larry Fink est aussi une figure majeure du Forum économique mondial de Davos (FEM), instance emblématique d'une gouvernance mondiale non élue où se croisent dirigeants politiques, financiers et industriels. À la suite de fortes turbulences internes (marquées par des accusations graves visant son fondateur Klaus Schwab, qui ont conduit à sa démission avant qu'il ne soit blanchi) le rôle de Larry Fink s'est renforcé, jusqu'à le conduire à la présidence par intérim (le malheur des uns…). Lorsqu'un homme d'un tel poids expose sa vision du monde, le texte mérite, peut-être, d'être lu comme un document politique majeur. La lettre s'ouvre sur un rappel historique qui pose un récit fondateur : depuis le 17ᵉ, avec l'émergence des premières bourses, le capitalisme et les marchés financiers seraient les moteurs de la liberté et du progrès au sens large. C'est sur cette lecture de l'histoire que s'articulent les 4 axes majeurs du texte, à commencer par "The Prosperity Flywheel". Il y présente les marchés comme l'infrastructure centrale de la stabilité économique et sociale. L'épargne alimente les marchés, les marchés financent l'économie, la croissance revient aux investisseurs. Ce cycle est décrit comme vertueux. Les cri… Raphaël Lepilleur |
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