Ça y est, on est en novembre. Avant, novembre c’était mieux. À l’école de la République on apprenait les poèmes d’Émile Verhaeren. Ceux qui disent que sa poésie était ringarde sont des cons. De toute façon plus personne ne sait qui était Émile Verhaeren. Aujourd’hui on « fête » Halloween un truc qui ne nous concerne pas, ne résonne en rien dans ce qui devrait nous lier, mais rapporte du pognon. Alors qui va s’intéresser à quelqu’un qui écrivait ça ? « Les saints, les morts, les arbres et le vent, Dites comme ils se confondent dans la mémoire. La pluie au loin s’étend comme un suaire, Le soir est plein d’encens et de brume et de vent. Et des champs montent des voix d’engelures, Et les âmes des morts s’en vont avec les sons. » Comme on est dimanche et qu’il pleut, pour oublier Halloween, une petite recommandation concernant une pépite de retour sur YouTube. Clairement, quelle que soit l’heure, il est désormais impossible de regarder une quelconque chaîne de télévision du paysage audiovisuel français (PAF). Alors, contraint de se rabattre sur YouTube, et en cherchant bien on y trouve quand même pas mal de choses passionnantes. En voilà une assez extraordinaire : The Battle of Chosin (2016) | Full Documentary | American Experience. C’est un documentaire qui raconte l’histoire de la fameuse « bataille du réservoir de Chosin » par un froid polaire, pendant la guerre de Corée à la fin de l’année 1950. Remarquablement réalisé, le film présente assez classiquement une combinaison d’analyses géostratégiques, politiques et de descriptions de l’affrontement militaire avec les témoignages de survivants y ayant participé. Mais avec cette particularité que les divisions de Marines américains impliquées dans les combats étaient accompagnés d’une équipe de cinéastes opérant en 16 mm. Toutes les descriptions et les témoignages sont suivies des images réelles qui les illustrent. Donnant ainsi une vision saisissante de la brutalité d’une guerre de haute intensité. On retrouve aussi l’impressionnant talent des Américains pour réaliser des documentaires à base de brillantes introspections comme par exemple le chef-d’œuvre de Ken Burns sur la guerre du Vietnam. Cette bataille fut en fait le tournant, non seulement militaire, mais également géostratégique et politique de ce conflit. Qui a abouti à la situation que nous connaissons aujourd’hui 75 ans plus tard. C’est aussi la première défaite militaire des États-Unis après la deuxième guerre mondiale, défaite qui sera suivie de beaucoup d’autres. Proconsul mégalomane d’un Japon défait cinq ans auparavant, le général MacArthur, commandait le corps expéditionnaire mandaté par l’ONU. Il voulut profiter de cette guerre pour tenter de renverser le pouvoir de Mao Tsé toung qui venait de s’installer en Chine continentale. Ce qui entraîna l’intervention de l’Armée Populaire de Libération chinoise. Ulcéré par sa défaite humiliante, il préconisa alors l’utilisation de 50 bombes nucléaires contre la Chine ! Ce que Truman refusa, avant de le limoger. Ce que raconte ce documentaire est en fait un tournant historique dans la guerre froide. L’obtention par l’Union soviétique l’année précédente de l’arme nucléaire rétablissait l’équilibre, et empêcha la folie de MacArthur. Les affrontements de cette guerre froide se déroulèrent alors, sur les marges. Équilibre que même l’effondrement de l’Union soviétique en 1991 ne pourra pas ébranler durablement. Finalement, la sortie de l’Occident de l’Histoire à laquelle nous assistons ne prendrait-elle pas aussi sa racine dans cet épisode ? C’est ce que semble considérer la Chine. Qui a réalisé en 2021 pour le centième anniversaire de la création du Parti Communiste Chinois un film à grand spectacle qui magnifie ce qui fut pour les Chinois une victoire. « Battle at Lake Changjin » (à voir également). Regarder ça en dégustant un thé Pu Erh chinois très chaud. Ça s’impose. Vous êtes actuellement un abonné gratuit à Regis’s Substack. Pour profiter pleinement de l'expérience, améliorez votre abonnement. © 2025 Regis de Castelnau |



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