L’Eclaireur des Alpes est financĂ© exclusivement par les abonnements de ses lecteurs. Aucune subvention publique ou privĂ©e, aucun abattement fiscal., pas de dons ni de financement participatif. Pour soutenir notre travail, considĂ©rez la souscription d’un abonnement payant. Merci de votre fidĂ©litĂ©. 🚨 TWITTER FILES – FRANCEDe nouveaux documents rĂ©vèlent que l'ElysĂ©e aurait initiĂ© un système de censure indirecte.
La traduction de l’article paru sur Public News hier, que Michael Shellenberger nous a autorisĂ© Ă reproduire. Public News conserve tous les droits de reproduction. L'ÉCLAIREUR est une lettre par abonnement. Pour soutenir notre travail, choisissez le vĂ´tre, libre ou payant. L'administration Trump nĂ©gocie avec l'Union europĂ©enne pour lever les derniers obstacles Ă un accord commercial. Le point d’achoppement majeur est la question de la censure europĂ©enne imposĂ©e aux plateformes amĂ©ricaines. Selon de nombreux observateurs, “l’effet Bruxelles” qui permet Ă l’UE d’imposer sa rĂ©glementation Ă l’Ă©chelle de l’occident du fait de la taille du marchĂ© intĂ©rieur, pourrait mener Ă l’application de fait du DSA aux USA, impactant directement la libertĂ© d’expression des amĂ©ricains sur leur propre sol. L'an dernier, Thierry Breton, alors commissaire europĂ©en au marchĂ© intĂ©rieur, avait menacĂ© Elon Musk de sanction après l'annonce d'une interview sur X avec Donald Trump. De nouveaux documents des "Twitter Files" rĂ©vèlent une coopĂ©ration active entre Emmanuel Macron, des parlementaires et des ONG liĂ©es Ă l'État, visant Ă forcer la plateforme sociale la plus influente au monde Ă censurer des discours parfaitement lĂ©gaux et Ă orienter la "modĂ©ration de contenu" mondiale de Twitter pour contrĂ´ler le rĂ©cit public.En outre, les "Twitter Files - France" mettent en lumière l'Ă©mergence d'une stratĂ©gie de censure par le biais d'ONG agissant comme intermĂ©diaires, au cĹ“ur de ce que l'on nomme le complexe industriel de la censure :— Emmanuel Macron a personnellement pris contact avec Jack Dorsey, alors PDG de Twitter ;— Le timing de cette dĂ©marche suggère une coordination Ă©troite avec des ONG dans une campagne visant Ă intensifier la censure et Ă obtenir des donnĂ©es confidentielles des utilisateurs de Twitter ;— Cette sĂ©rie d'Ă©vĂ©nements laisse suspecter des agissements potentiellement illĂ©gaux de la part de plusieurs acteurs. L'enquĂŞte sur les "Twitter Files France" a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e par Thomas Fazi et Pascal ClĂ©rotte, avec le soutien Ă©ditorial d’Alexandra Gutentag et Michael Shellenberger. .Les documents confidentiels sont publiĂ©s sur X, accompagnĂ©s du rapport sur l’invention par la France du complexe industriel de la censure 1. « Le prĂ©sident Macron veut envoyer un SMS Ă Jack »Le 14 octobre 2020, la directrices des affaires publiques de Twitter pour la France et la Russie a indiquĂ© : « L'Ă©quipe du prĂ©sident Macron m'a (encore !) demandĂ© le numĂ©ro de Jack, car le prĂ©sident souhaite lui envoyer un SMS avec des mots de soutien concernant nos nouvelles politiques et fonctionnalitĂ©s sur l'intĂ©gritĂ© des Ă©lections. » Un problème s'est toutefois posĂ© : Dorsey ne partage pas ses informations de contact, mĂŞme avec les chefs d'État. « J'ai dĂ©jĂ conseillĂ© qu'il pourrait lui envoyer un message direct. Je vais insister Ă nouveau, mais je voulais d'abord vĂ©rifier avec vous que Jack ne partage effectivement jamais son numĂ©ro », a Ă©crit la directrice des affaires publiques. Public a sollicitĂ© une rĂ©action du prĂ©sident Macron, mais n'a pas reçu de rĂ©ponse. 2. “Macron n'envoie des SMS qu'aux personnes dont il est proche et avec lesquelles il travaille rĂ©gulièrement……”La première rĂ©ponse a Ă©tĂ© formulĂ©e par la vice-prĂ©sidente monde des affaires publiques de Twitter, avec Vijaya Gadde, l'une des responsables clĂ©s de la modĂ©ration de la plateforme, en copie. Elle souligne : « Macron n'Ă©change des SMS qu'avec des proches ou des collaborateurs rĂ©guliers et ses homologues (comme Angela Merkel. Sierra, pourriez-vous vĂ©rifier avec Jack s'il accepterait de recevoir un message de Macron ? Nous demanderons Ă l'Ă©quipe de Macron de transmettre le numĂ©ro de Jack uniquement au prĂ©sident. Merci. » L’Ă©quipe de Dorsey a rĂ©pondu : « Je vais en discuter avec Jack. Existe-t-il une autre solution ? Pour votre information, Jack n’a pas de numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone ( je vous assure), et seules les personnes de son cercle restreint savent comment le joindre. » “J’insiste pour un message direct, mais il semble que Macron ne gère pas Twitter personnellement et prĂ©fère adresser une note privĂ©e. Peut-ĂŞtre pourrait-il utiliser Telegram ou Signal.” Par la suite, plusieurs options de communication ont Ă©tĂ© envisagĂ©es, telles que l’e-mail, Signal, Telegram et iMessage. Mais qu’est-ce qui motivait l’insistance de Macron Ă vouloir contacter Dorsey ? 3. CONTEXTE : Escalade de la guerre juridique et de la censure sous la prĂ©sidence de MacronLa France se prĂ©sente depuis longtemps comme le foyer des idĂ©aux dĂ©mocratiques modernes, issus de la RĂ©volution de 1789 et symbolisĂ©s par la devise « LibertĂ©, ÉgalitĂ©, FraternitĂ© ». Pourtant, rares sont les gouvernements occidentaux qui contrĂ´lent autant la libertĂ© d'expression. L’Etat français, Ă travers son complexe industriel de la censure, emploie diverses stratĂ©gies, notamment l'intimidation par voie judiciaire, pour imposer la censure aux plateformes . En aoĂ»t dernier, les autoritĂ©s françaises ont interpellĂ© Pavel Durov, fondateur de Telegram, et l'ont dĂ©tenu pendant quatre jours. Il a Ă©tĂ© inculpĂ© pour de multiples chefs d'accusation, incluant complicitĂ© de crime organisĂ©, association de malfaiteurs et soutien au terrorisme. Durov a dĂ©clarĂ© que le chef des services de renseignement extĂ©rieur français l'avait pressĂ© de rĂ©duire au silence les voix conservatrices sur Telegram, dans le contexte de la nouvelle l’Ă©lection prĂ©sidentielle roumaine après son l’annulation de celle de novembre 2024. 4. “Cette affaire vise principalement Ă dĂ©peindre Twitter comme un acteur dangereux dans la presse.”La tentative de Macron d’obtenir le numĂ©ro de Jack Dorsey semble Ă©troitement liĂ©e au dĂ©pĂ´t simultanĂ© d’une plainte par quatre ONG proches du gouvernement français contre Twitter. « Au printemps, quatre ONG nous ont poursuivis, estimant que nous ne faisions pas assez pour combattre les discours de haine en France, nous comparant dĂ©favorablement Ă Facebook et d’autres plateformes », a Ă©crit Karen Colangelo, directrice associĂ©e des litiges, de la rĂ©glementation et de la concurrence chez Twitter, dans un courriel du 19 octobre 2020 adressĂ© Ă ses collègues. « Leur objectif est de faire nommer un expert pour analyser nos systèmes de signalement et de modĂ©ration. » Selon Colangelo, l’objectif de ces ONG n’Ă©tait pas de gagner ce procès, qu’elle considĂ©rait comme infondĂ©. Elle ajoute : « Cette affaire cherche avant tout Ă prĂ©senter Twitter comme une menace dans les mĂ©dias. » L’instance a Ă©tĂ© initiĂ©e par SOS Racisme, SOS Homophobie, l’Union des Ă©tudiants juifs de France (UEJF) et J’accuse, qui accusaient Twitter de ne pas retirer les discours de haine assez rapidement. Ces ONG semblent bĂ©nĂ©ficier du soutien du gouvernement français et de l’Union europĂ©enne. SOS Racisme participe Ă un programme de l’UE, tandis que l’UEJF est affiliĂ©e Ă l’Union europĂ©enne des Ă©tudiants juifs, soutenue par l’UE. SOS Homophobie reçoit des fonds du gouvernement français et est liĂ©e Ă l’UE par son programme international pour la jeunesse LGBTQ. Aucune de ces ONG n’a rĂ©pondu Ă nos demandes de commentaires. 5. “Ils s’inquiètent de notre politique autorisant les utilisateurs Ă publier des tweets de manière anonyme”Lors d’une mĂ©diation avec les ONG le 7 novembre 2020, Karen Colangelo a fait le point avec ses collègues : « Les ONG ont partagĂ© leurs prĂ©occupations, qui se rĂ©sument ainsi : (1) elles jugent que nous ne rĂ©agissons pas assez vite face aux discours de haine, voire pas du tout dans certains cas, (2) elles exigent davantage de transparence sur notre gestion des signalements de discours de haine et sur notre surveillance proactive de ce type de contenu, et (3) elles s’inquiètent de notre politique autorisant les tweets anonymes, estimant que cela permet aux auteurs de discours de haine d’Ă©chapper Ă toute dĂ©tection ou sanction. » Après une troisième session de mĂ©diation, Colangelo a indiquĂ© : « Nous avons tenu notre troisième rĂ©union aujourd’hui et avons rĂ©alisĂ© de lĂ©gers progrès. Les ONG nous ont interrogĂ©s sur cinq comptes spĂ©cifiques qu’elles souhaitent voir suspendus. Nous allons rĂ©examiner ces comptes pour dĂ©terminer s’il existe des motifs valables pour une suspension. »Twitter semblait disposĂ© Ă collaborer avec les autoritĂ©s françaises en matière de censure. 6. “Je ne suis pas surpris qu’ils tentent maintenant de retourner au tribunal et de faire une dĂ©claration publique…”Les cadres de Twitter Ă©taient conscients que le moment choisi pour la plainte des ONG n’Ă©tait pas le fruit du hasard. « Sur le plan des affaires publiques », a Ă©crit Audrey Herblin-Stoop, directrice des politiques publiques de Twitter pour la France et la Russie, dans un courriel Ă ses collègues, « vous vous souvenez sans doute que l’annonce de leur action en justice a coĂŻncidĂ© avec la lecture finale du projet de loi Avia, dans le but d’en favoriser l’adoption. » Le projet de loi Avia, nouvelle lĂ©gislation française sur la censure, avait pour objectif affichĂ© de « combattre les discours de haine en ligne » et de supprimer les contenus illicites.« Par consĂ©quent », a-t-elle poursuivi, « il n’est pas surprenant qu’ils cherchent Ă prĂ©sent Ă saisir Ă nouveau la justice et Ă faire une annonce publique, juste avant le retour imminent de la rĂ©glementation sur les discours de haine. » Ainsi, la plainte dĂ©posĂ©e par ces organisations soi-disant « non gouvernementales » ne relevait pas d’une rĂ©action spontanĂ©e Ă des abus en ligne, mais s’inscrivait dans une stratĂ©gie concertĂ©e du gouvernement français. Des ONG financĂ©es par l’État et liĂ©es politiquement semblent collaborer avec des acteurs Ă©tatiques, y compris le prĂ©sident Macron, pour faire pression sur les plateformes de rĂ©seaux sociaux afin qu’elles censurent et pour consolider le pouvoir politique dans la rĂ©pression de ses adversaires. 7. CONTEXTE : La France a inventĂ© le complexe industriel de la censure il y a 53 ansDes censeurs royaux aux tribunaux rĂ©volutionnaires, des dĂ©crets de NapolĂ©on Ă la rĂ©pression sous Vichy, l’histoire de la France s’est toujours construite autour du conflit entre censure et libertĂ© d’expression. AdoptĂ©e en 1972, la loi Pleven rĂ©pondait aux tensions politiques croissantes et aux dĂ©bats sur l’immigration massive. Officiellement destinĂ©e Ă lutter contre le racisme en pĂ©nalisant l’incitation Ă la haine, la diffamation ou les insultes basĂ©es sur la race, l’ethnicitĂ© ou la religion, elle a confĂ©rĂ© Ă deux ONG, agréées et partiellement financĂ©es par l’État, le statut de « procureurs privĂ©s » avec la capacitĂ© d’engager des poursuites pĂ©nales en tant que tierces parties. dispositif a créé une arme redoutable : des ONG, souvent motivĂ©es par des agendas idĂ©ologiques et disposant de ressources consĂ©quentes, pouvaient intenter des procès coĂ»teux et destructeurs pour la rĂ©putation contre des voix critiques ou dissidentes, jetant les bases du système de la DSA et de ses « tierces parties de confiance » chargĂ©es de censurer Internet. La loi Pleven a ouvert une brèche. Dans les annĂ©es 1980, une multitude d’ONG, souvent au service de partis politiques ou de groupes d’intĂ©rĂŞts, ont vu le jour. Elles ont multipliĂ© les pressions pour obtenir l’agrĂ©ment et Ă©largir leurs prĂ©rogatives, visant Ă engager des poursuites dans de nouveaux domaines, comme l’orientation sexuelle, faisant de la guerre juridique une stratĂ©gie politique clĂ©. Progressivement, le spectre des discours susceptibles d’ĂŞtre pĂ©nalisĂ©s ou censurĂ©s s’est considĂ©rablement Ă©largi. Dès le dĂ©but des annĂ©es 2010, ces organisations ont lancĂ© une vague d’actions en justice contre Twitter, ciblant des contenus jugĂ©s haineux, tels que des hashtags antisĂ©mites, le nĂ©gationnisme de l’Holocauste ou les propos homophobes. En 2012, la France s’Ă©tait dĂ©jĂ imposĂ©e comme le leader mondial des demandes de censure adressĂ©es Ă Twitter, rĂ©clamant des mesures de « prĂ©-dĂ©bunkage ». 8. Macron Leads Censorship EffortL’annĂ©e 2016 a constituĂ© un point de bascule dans la rĂ©pression de la libertĂ© d’expression en ligne par l’État. Des Ă©vĂ©nements tels que le Brexit, l’Ă©lection de Trump, le Printemps arabe et le mouvement des Gilets jaunes, orchestrĂ© via les rĂ©seaux sociaux, ont persuadĂ© les Ă©lites que les « dĂ©sordres informationnels » menaçaient directement leur autoritĂ©. Un consensus s’est alors formĂ© : il Ă©tait impĂ©ratif de rĂ©guler les plateformes numĂ©riques pour endiguer la montĂ©e du populisme. Macron a rĂ©agi par une vague de mesures lĂ©gislatives. Sous sa prĂ©sidence, la France : — a exigĂ© des plateformes qu’elles mettent en place des outils de « dĂ©tection de la dĂ©sinformation » ; — a imposĂ© un dĂ©lai de 24 heures pour la suppression des contenus jugĂ©s « haineux » et a ordonnĂ© le retrait des « deepfakes » ; — a lancĂ© VIGINUM, une agence dĂ©diĂ©e Ă la lutte contre la dĂ©sinformation, créée en juillet 2021, qui semble avoir jouĂ© un rĂ´le dans l’annulation controversĂ©e du premier tour de l’Ă©lection prĂ©sidentielle roumaine de 2024. Ces initiatives rĂ©vèlent un effort coordonnĂ© de Macron et de ses alliĂ©s pour rĂ©genter la parole et influencer les Ă©lections Ă l’Ă©chelle mondiale. 9. “—Nous envisagions de divulguer confidentiellement certaines informations demandĂ©es par les ONG en Ă©change de l'abandon de leur plainte”MalgrĂ© les tentatives de coopĂ©ration de Twitter, les ONG ont rejetĂ© tout accord. En consĂ©quence, Twitter a fini par cĂ©der, proposant de censurer sa plateforme — pour l’ensemble de ses utilisateurs — afin de mettre un terme aux poursuites judiciaires. « Une mise Ă jour sur l’affaire des discours de haine en France : en janvier, nous pensions approcher d’un règlement », a indiquĂ© la directrice associĂ©e des litiges, de la rĂ©glementation et de la concurrence de Twitter dans un courriel du 23 fĂ©vrier 2021. « Nous avions prĂ©vu de partager confidentiellement certaines informations rĂ©clamĂ©es par les ONG en Ă©change du retrait de leur plainte. Après plusieurs semaines (et, semble-t-il, des dĂ©saccords internes parmi les plaignants), elles nous ont soumis une contre-offre finalement inacceptable. » Ce qui rendait cette contre-offre irrecevable, a-t-elle prĂ©cisĂ©, c’est que « les ONG ont refusĂ© de s’engager clairement Ă abandonner leur action en justice. » En clair, mĂŞme avec un accès aux donnĂ©es de Twitter, les ONG souhaitaient poursuivre leur combat juridique. Pour quelle raison ? Tout indique qu’elles cherchaient Ă accentuer la pression mĂ©diatiques pour imposer une censure renforcĂ©e sur les plateformes. Les dirigeants de Twitter en Ă©taient parfaitement conscients. « Nous nous attendons Ă une couverture mĂ©diatique dĂ©favorable sur l’‘Ă©chec’ de la mĂ©diation, et notre Ă©quipe de communication a prĂ©parĂ© une rĂ©ponse », a notĂ© la directrice des litiges. « Les ONG vont probablement chercher Ă nous prĂ©senter comme une entreprise qui refuse de coopĂ©rer ou de nĂ©gocier de bonne foi, et qui se dĂ©sintĂ©resse des discours de haine ou en tire profit sciemment. Je considère ces accusations comme fausses et formulĂ©es de mauvaise foi, mais elles reflètent les critiques rĂ©currentes des ONG tout au long de la mĂ©diation. » 10. “Nous devons garder Ă l’esprit le prĂ©cĂ©dent que nous crĂ©ons avec cette dĂ©marche, qui risque d’entraĂ®ner d’autres requĂŞtes de ce type Ă l’avenir”Twitter a consenti Ă adresser une lettre signĂ©e par son PDG, Jack Dorsey, aux ONG, s’engageant Ă prendre des mesures plus strictes Ă l’avenir. « Les plaignants dans l’affaire des discours de haine portĂ©e par l’UEJF proposent dĂ©sormais de clore le dossier si nous leur fournissons une lettre de Jack confirmant qu’il est informĂ© de l’affaire et que Twitter s’engage Ă combattre les discours de haine », a Ă©crit Karen Colangelo, avocate de Twitter, le 9 mars 2021. « Si une simple lettre peut rĂ©ellement mettre fin Ă cette affaire, le service juridique recommande de la fournir. » « Je crois que Jack soutiendra cette initiative », a rĂ©pondu Sean Edgett, directeur juridique par intĂ©rim de Twitter, quelques heures plus tard. La vice-prĂ©sidente des politiques publiques de Twitter a mis en garde : « Nous appuyons cette dĂ©cision et collaborerons avec notre Ă©quipe de communication pour gĂ©rer la couverture mĂ©diatique qui suivra inĂ©vitablement en cas de fuite de cette lettre. Nous devons aussi ĂŞtre attentifs au prĂ©cĂ©dent que nous crĂ©ons, qui pourrait entraĂ®ner d’autres demandes similaires Ă l’avenir. » 11. “Il est Ă noter que la plainte a Ă©tĂ© dĂ©posĂ©e Ă un moment très stratĂ©gique…”Le 10 mars 2021, Karen Colangelo a prĂ©parĂ© une note pour Sean Edgett Ă transmettre Ă Jack Dorsey, expliquant les raisons derrière la demande de lettre des ONG. « Cette plainte s’inscrit dans une stratĂ©gie plus vaste visant Ă prĂ©senter Twitter comme un acteur nuisible en France. Le dĂ©pĂ´t de la plainte a Ă©tĂ© soigneusement synchronisĂ©, lançant des ‘tests’ de notre taux de rĂ©ponse dès le lendemain de notre annonce indiquant que la COVID-19 affecterait nos dĂ©lais de traitement. Nombre des tweets qualifiĂ©s de ‘haineux’ parmi les 88 % que nous n’avons pas supprimĂ©s ne sont en rĂ©alitĂ© ni illĂ©gaux selon la loi française, ni contraires Ă nos conditions d’utilisation. Par ailleurs, l’annonce publique de la plainte a Ă©tĂ© minutieusement alignĂ©e sur la prĂ©sentation du projet de loi Avia sur les discours de haine, motivĂ©, selon son auteur, par le refus de Twitter de retirer ces contenus. » Le 23 mars, Colangelo a rapportĂ© Ă ses collègues que les ONG avaient « changĂ© d’avis » au sujet de la lettre de Jack Dorsey, la jugeant « insuffisante ». Elle a toutefois notĂ© une bonne nouvelle : « les mĂ©diateurs, qui ont l’oreille du juge, sont exaspĂ©rĂ©s par les ONG et estiment qu’elles agissent de mauvaise foi. » Le 6 juillet 2021, l’avocat de Twitter en France a annoncĂ© que le tribunal avait rejetĂ© les revendications des ONG pour dĂ©faut de qualitĂ© Ă agir, tout en ordonnant Ă Twitter de transmettre aux ONG « tous les documents concernant les ressources allouĂ©es Ă la lutte contre les discours de haine, le nombre, la localisation, la nationalitĂ© et la langue des modĂ©rateurs, ainsi que le nombre de signalements des utilisateurs français relatifs Ă l’apologie des crimes contre l’humanitĂ© et Ă l’incitation Ă la haine raciale », ainsi que d’autres informations associĂ©es. Le 16 aoĂ»t 2021, un cadre de Twitter basĂ© en Irlande a Ă©crit Ă Jim Baker, conseiller juridique adjoint et ancien conseiller juridique du FBI, pour l’informer que « le Conseil constitutionnel français a rendu sa dĂ©cision vendredi sur la nouvelle loi imposant Ă Twitter des mesures significatives en matière de modĂ©ration de contenu en France. Cette loi sera promulguĂ©e par le prĂ©sident dans les jours Ă venir et entrera immĂ©diatement en vigueur. » 12. Macron tente de contourner la loi françaiseLa coordination Ă©vidente entre les ONG, l’examen du projet de loi sur les discours de haine et l’initiative de Macron pour contacter Dorsey peut ĂŞtre perçue comme une tentative de contourner la lĂ©gislation. En France, la loi interdit Ă l’État d’imposer une censure prĂ©alable, une pratique qualifiĂ©e en interne chez Twitter de « surveillance proactive ». Pour contourner cette restriction, le gouvernement s’appuie sur des ONG financĂ©es par l’État comme relais, utilisant la pression mĂ©diatique et des poursuites judiciaires stratĂ©giques pour pousser les plateformes Ă adopter des mesures de modĂ©ration dĂ©passant leurs obligations lĂ©gales. Sous la prĂ©sidence de Macron, l’État cherche activement Ă remettre en cause la norme internationale du « pays d’origine », selon laquelle le contenu numĂ©rique doit se conformer aux lois du pays oĂą il est créé, et non Ă celles du pays oĂą il est consultĂ©. 13. L'avocat de la France exige la censure : « Qu'aurait-il pu se passer si Twitter avait existĂ© en 1942 ? Aurait-on permis Ă Hitler de s'exprimer ? »
Le 23 fĂ©vrier 2021, Karen Colangelo a informĂ© ses collègues : « Une audience s’est tenue aujourd’hui au sujet de la demande d’April Benayoum, Miss France, qui exige que nous rĂ©vĂ©lions des informations sur des comptes ayant prĂ©tendument publiĂ© des commentaires antisĂ©mites Ă son encontre. »April Benayoum avait engagĂ© des poursuites contre Twitter pour son inaction supposĂ©e. « Les plaignants ont laissĂ© entendre qu’ils pourraient abandonner leur plainte si nous leur fournissions des dĂ©tails sur nos pratiques de modĂ©ration », avait Ă©crit Colangelo Ă ses collègues en janvier. Cependant, Ă l’instar des ONG, l’objectif principal de Benayoum semblait ĂŞtre de susciter une couverture mĂ©diatique dĂ©favorable Ă Twitter — et d’obtenir des donnĂ©es internes de la plateforme. « L’avocat de Mme Benayoum a avancĂ© des arguments très Ă©motionnels, susceptibles d’attirer l’attention des mĂ©dias », a notĂ© Colangelo, « en Ă©voquant l’Holocauste, la Seconde Guerre mondiale, Adolf Hitler, entre autres. Il a notamment interrogĂ© le tribunal : ‘Si Twitter avait existĂ© en 1942, aurait-on autorisĂ© Hitler Ă s’exprimer ?’ » La plainte de Benayoum rĂ©clamait un accès dĂ©taillĂ© aux donnĂ©es internes de Twitter, notamment les dates et heures de suppression des tweets et des comptes, ainsi que des prĂ©cisions sur les mĂ©canismes de Twitter pour retirer proactivement les contenus. Le 13 avril 2021, le tribunal a rejetĂ© la plupart des demandes de Benayoum, reconnaissant que Twitter France n’avait aucun contrĂ´le sur la modĂ©ration, gĂ©rĂ©e par Twitter International en Irlande. Toutefois, il a ordonnĂ© la transmission de donnĂ©es liĂ©es aux signalements faits aux autoritĂ©s françaises. L’affaire s’est conclue par un règlement confidentiel, illustrant une fois encore comment les pressions judiciaires peuvent contraindre les plateformes Ă faire des concessions. Le 7 juin 2022, Twitter a finalisĂ© un protocole transactionnel avec Miss France. 14. “La modĂ©ration de Twitter… peut compromettre l'ordre public et le bon fonctionnement de notre sociĂ©tĂ©.”En 2020, le parquet de Versailles engagĂ© des poursuites contre Damien Viel, alors PDG de Twitter France, pour « non-respect d’une injonction judiciaire » et « complicitĂ© de diffamation ». L’affaire a dĂ©butĂ© lorsque la prĂ©fecture des Yvelines a publiĂ© une photo montrant son secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral inspectant des policiers chargĂ©s d’appliquer les mesures de confinement liĂ©es Ă la Covid. En rĂ©ponse, des utilisateurs de Twitter ont comparĂ© la police française au rĂ©gime collaborationniste nazi de Philippe PĂ©tain, qualifiant le fonctionnaire de « nazi » et appelant Ă « le pendre Ă la LibĂ©ration ». Ce litige s’inscrit dans une campagne plus large visant Ă accroĂ®tre les obligations de Twitter en matière de transparence et de lutte contre les discours de haine en France. Le procureur de Versailles a lancĂ© une enquĂŞte pour diffamation Ă l’encontre d’un fonctionnaire public et a Ă©mis une injonction exigeant de Twitter les informations d’identification des utilisateurs concernĂ©s. Or, Damien Viel, PDG de Twitter France, n’avait pas accès Ă ces donnĂ©es, gĂ©rĂ©es par Twitter International Corporation en Irlande. Face Ă ce que le procureur de Versailles a considĂ©rĂ© comme une rĂ©ponse trop lente de Twitter, il a renvoyĂ© devant le tribunal Viel, dĂ©nonçant lors de sa plaidoirie « l’Ă©chec total de la modĂ©ration de Twitter, devenu un rĂ©seau asocial qui menace l’ordre public et le fonctionnement harmonieux de notre sociĂ©tĂ© ». 15. “Quelle est la probabilitĂ© d'une perquisition de Twitter France?”Ce procès, orchestrĂ© pour faire pression, n’a pas rĂ©ussi Ă convaincre le juge. « Damien a Ă©tĂ© irrĂ©prochable », a Ă©crit l’avocat français de Twitter dans un courriel du 9 juillet 2021 adressĂ© aux cadres de l’entreprise Ă propos de l’audience. « L’officier de police s’est montrĂ© très courtois, mais peu convaincu par la pertinence de sa mission ou des directives reçues. » a t-il soulignĂ© après l’audition de Viel par la police. Cependant, l’avocat a mis en garde : « Le procureur pourrait intensifier la pression sur Twitter France en ordonnant une perquisition dans les locaux parisiens de l’entreprise. Il est difficile de savoir ce qu’il pourrait y dĂ©couvrir, mais ce risque est bien rĂ©el, et nous devrions l’examiner. » « Quelle est la likelihood d’une perquisition au siège de Twitter France ? » a interrogĂ© la directrice associĂ©e des litiges, de la rĂ©glementation et de la concurrence.« Il est presque impossible d’Ă©valuer prĂ©cisĂ©ment ce risque », a rĂ©pondu l’avocat. « Je peux seulement affirmer qu’il existe, le procureur ayant le pouvoir d’ordonner une telle action dans le cadre d’une enquĂŞte pĂ©nale. »L’affaire s’est finalement soldĂ©e par un acquittement total de Damien Viel et de Twitter France en mars 2022. 16. La France s’attaque maintenant Ă X, la plateforme d’Elon MuskEn juillet 2025, le parquet de Paris a lancĂ© une enquĂŞte prĂ©liminaire visant X, la plateforme dirigĂ©e par Elon Musk, et ses responsables, pour des soupçons d’altĂ©ration d’un système informatique, d’extraction frauduleuse de donnĂ©es et d’ingĂ©rence Ă©trangère. Ces infractions graves, prĂ©vues au code pĂ©nal, sont passibles de peines pouvant atteindre dix ans d’emprisonnement et une amende de 300 000 €. Pourquoi la France s’en prend-elle Ă X ? Tout indique qu’elle cherche Ă forcer la plateforme Ă se plier aux exigences du gouvernement français. Parallèlement, les tribunaux ont visĂ© Marine Le Pen, principale figure de l’opposition. Un tribunal l’a reconnue coupable de dĂ©tournement de fonds europĂ©ens Ă des fins de campagne politique, la condamnant Ă quatre ans de prison et Ă une interdiction de cinq ans d’exercer une fonction publique. Cette sanction, appliquĂ©e avant mĂŞme que Le Pen ne puisse interjeter appel, l’exclut de la course prĂ©sidentielle, oĂą elle fait figure de favorite. Ă€ l’inverse, le Premier ministre actuel, accusĂ© des mĂŞmes faits, a Ă©tĂ© acquittĂ©. 17. Les États-Unis doivent s’opposer Ă la censure Ă l’Ă©chelle mondialeLes TWITTER FILES - FRANCE dĂ©voilent une facette mĂ©connue de l’Ă©mergence du complexe industriel de la censure : le rĂ´le prĂ©curseur de la France dans l’instauration d’une censure par le biais d’ONG mandatĂ©es par l’État, une tactique centrale dans les efforts de censure du DĂ©partement de la SĂ©curitĂ© intĂ©rieure des États-Unis. L’engagement direct de Macron met en lumière l’importance cruciale que le gouvernement français accorde Ă son influence sur plateformes numĂ©riques pour façonner, contrĂ´ler et censurer les rĂ©cits. La coordination Ă©vidente entre Macron, les ONG et des parlementaires dans une campagne ciblĂ©e contre Twitter tĂ©moigne d’une stratĂ©gie mĂ»rement rĂ©flĂ©chie, calculĂ©e et mĂ©thodique, Ă l’image des « opĂ©rations d’influence » et des efforts de censure promus par des ONG liĂ©es aux services de renseignement aux États-Unis et ailleurs. L’administration Trump, qui s’est dĂ©clarĂ©e attachĂ©e Ă une diplomatie en faveur de la libertĂ© d’expression, pourrait l’appliquer en Europe. Les TWITTER FILES - FRANCE mettent en Ă©vidence l’importance cruciale de dĂ©fendre le Premier Amendement et expliquent pourquoi les entreprises amĂ©ricaines doivent s’y conformer, plutĂ´t que de se soumettre Ă des normes de libertĂ© d’expression moins protectrices. Vous ĂŞtes abonnĂ© gratuit Ă L'Eclaireur RhĂ´ne-Alpes. Pour accĂ©der Ă l’ensemble de nos contenus, merci de souscrire Ă la formule d’abonnement payant de votre choix. © 2025 L'Eclaireur - Alpes |































Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire