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dimanche 9 mars 2025

Rue 89 avec L'OBS - Pourquoi les hommes pillent-ils impunément les idées des femmes, au lieu de les créditer pour leurs découvertes ? ... Dimanche 9 mars 2025

 



Dimanche 9 mars 2025

Pourquoi les hommes pillent-ils impunément les idées des femmes, au lieu de les créditer pour leurs découvertes ? C’est la question qui s’impose lorsque l’on regarde cette merveilleuse série d’Arte, « les Succès volés », inspirée du livre « Femmes volées » (« Beklaute Frauen », Penguin, 2024) de l’autrice allemande Leonie Schöler. Les hommes se volent entre eux, bien évidemment, mais c’est encore plus facile – du moins ça l’a longtemps été – de dépouiller les femmes. C’est ce que nous apprend la vie d’Elizabeth J. Magie Phillips, créatrice de l’ancêtre du Monopoly, le jeu de plateau devenu le plus célèbre au monde, dont l’histoire est un cas d’école en matière de pillage patriarcal.

Elizabeth Magie (elle prend le nom de Philipps à son mariage, plutôt sur le tard pour l’époque) est une femme qui force le respect. Née en 1866 dans l’Etat américain de l’Illinois, elle a dédié sa vie à la lutte contre les inégalités de genre et de classe, dans un pays où le capitalisme est alors en plein essor. Pleine d’humour et maîtrisant l’art de la dérision, elle fait, par exemple, paraître cette fausse annonce dans le journal : « Jeune femme esclave américaine cherche mari », pour dénoncer la réalité du mariage, seul modèle économiquement viable pour les femmes. Elizabeth Magie parvient néanmoins à s’en sortir – elle sera propriétaire de sa maison ! – en travaillant en tant que sténographe et secrétaire. Inventrice dans l’âme, elle développe un outil qui améliore le glissement du papier dans les machines à écrire. Elle sera aussi reporter pour un journal, poétesse et stand-uppeuse avant l’heure. Mais ce qui la fera passer à la postérité, c’est l’invention de l’ancêtre du Monopoly.

Anticapitaliste, Elizabeth s’inspire du livre « Progrès et Pauvreté » (1879) de l’économiste Henry George – qui réclame une taxe unique sur la plus-value pour lutter contre les bénéfices des propriétaires fonciers – pour créer son jeu de société : Le Jeu du propriétaire foncier (The Landlord’s Game). Le but d’Elizabeth Magie ? Illustrer la « nature antisociale du monopole ». Il ne s’agit alors pas de ruiner son voisin en accumulant du patrimoine, c’est même tout l’inverse. Elle en dépose le brevet en 1903. Le jeu se diffuse partout, notamment sur les campus universitaires, où le plateau est reproduit et les règles adaptées et revisitées par les joueurs. Puis, en 1931, un chômeur du nom de Charles Darrow découvre son jeu et le plagie – il vend les droits à l’éditeur Parker Brothers – en inversant son but : il ne s’agit plus de redistribuer les richesses, mais d’en accumuler le plus possible. En plus d’être volée (elle obtiendra 500 dollars de Parker Borthers pour le brevet), l’idée d’Elizabeth Magie a été totalement détournée pour se retourner contre elle. Le chômeur, lui, a fait fortune.

Barbara Krief

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