Ce fut l’occasion de vernir et distribuer notre nouvelle brochure : « 36 idées reçues sur la forêt. Petit manuel de résistance intellectuelle à l’usage de ceux qui s’intéressent à la forêt ». Cette brochure est un clin d’œil en réponse à celle portant le même nom, publiée par la filière. C’est aussi une démonstration de nos valeurs : nous l’avons rédigée, mise en page et imprimée en trois semaines chrono. Notre pari : faire une brochure vivante. Une deuxième version est déjà envisagée, enrichie des retours argumentés que nous recevrons. Parce que nous, nous sommes convaincus que le débat est utile, enrichissant et permet de produire des argumentaires de meilleure qualité. L’élément déclencheur qui nous a poussés à la rédiger et à organiser cette action aussi rapidement, c’est un appel de notre avocat.
...OU BÂILLON Comme vous le savez, Canopée fait l’objet d’une procédure sans précédent en France visant à nous museler : treize organisations de la filière forêt-bois se sont liguées pour attaquer notre agrément de protection de l’environnement, au prétexte que nous menaçons leurs intérêts économiques. Notre avocat vient de nous informer qu’ils sont allés un cran plus loin et qu’ils contestent désormais notre habilitation — c’est-à-dire notre capacité à nous exprimer dans les espaces de consultation et de débats relatifs à la politique forestière. Que craignent-ils ? Ces dernières années, nous avons abattu un énorme travail pour faire progresser la loi au niveau européen et français afin de mieux protéger nos forêts. Je ne vais pas entrer dans les détails dans cette lettre, mais comprenez simplement que si l’on met bout à bout les directives, les règlements, les plans et autres stratégies adoptées, alors des choses doivent changer en forêt. Ces dernières semaines, Bruno a passé beaucoup de temps dans la Vienne, l’Indre et la Creuse, aux côtés des habitants et des associations locales. Il a notamment découvert une coupe rase abusive d’environ 15 hectares, dans une forêt de feuillus, réalisée par le groupe papetier Sylvamo, qui prétend pourtant s’approvisionner en bois durable (à voir sur Facebook, Instagram ou LinkedIn). Ce type de coupes rases ne devrait plus être possible si les textes de loi étaient mis en cohérence et correctement appliqués. C’est ce que redoute la filière. Alors elle tente de nous écarter des groupes de travail pour introduire des failles ou des exceptions. Elle multiplie les procédures-bâillon pour nous empêcher de révéler certaines dérives. Ou encore, elle pousse des amendements dangereux au détour d’un texte de loi. D’une certaine façon, ces manœuvres démontrent notre efficacité. Mais c’est aussi épuisant et parfois très déstabilisant de sentir que, dans le contexte politique actuel, tout ne tient qu’à un fil. LA JUSTICE NOUS DONNE (DOUBLEMENT) RAISON Heureusement, il y a de bonnes nouvelles qui nous galvanisent. La justice est l’un des contre-pouvoirs les plus essentiels en démocratie. Vous vous souvenez de l’affaire de la coupe rase de Meymac ? Nous avions dénoncé dans une vidéo l’incongruité d’élire comme président de la filière régionale un responsable d’entreprise ayant rasé une forêt de plus de 50 hectares, en forte pente. Poussé par la filière, et notamment par Alliance Forêts Bois, ce responsable a porté plainte pour « injure publique ». Après avoir été débouté en première instance, il l'a été une nouvelle fois le 10 janvier 2025 et a été condamné à nous verser 10 000 € (dont 5 000 € en raison du caractère abusif de son action). La Cour d’Appel a ainsi reconnu que « la multiplication des procédures qui oblige l'association à multiplier les frais pour se défendre devant les différentes juridictions, tend à établir un acharnement et une mauvaise foi de la partie civile, et en conséquence l'abus de procédure ». Les procédures s’accumulent. Pour nous défendre, certes, mais aussi parce que nous avons décidé de passer à l’offensive. Avec une équipe juridique renforcée, nous saisissons désormais les tribunaux chaque fois que nécessaire. Autre bonne nouvelle : le Conseil constitutionnel a écarté plusieurs dispositions qui auraient pu fragiliser la protection des forêts. Profitant de la loi d’orientation pour la souveraineté agricole, le gouvernement puis le Parlement ont tenté d’introduire divers amendements, notamment l’un affirmant que « les travaux forestiers sont indispensables à la préservation des écosystèmes » — ce qui est un brin abusif. Pour en savoir plus, je vous invite à lire notre intervention volontaire auprès du Conseil Constitutionnel. À Canopée, nous sommes convaincus qu’il est indispensable de répondre aux besoins des entreprises de travaux forestiers en leur offrant un cadre sécurisé. Mais nous sommes également convaincus que cela ne doit pas se faire au détriment des exigences en matière de protection de la biodiversité ou des sols. Nous pensons que la solution passe par un renforcement des documents de gestion. C’est pour cela que nous continuons à pousser pour faire adopter une nouvelle loi en ce sens. Pour nous aider, je vous invite à signer et partager notre pétition : |
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