Faut-il parler en âge réel ou en âge ressenti ? Je me suis posée la question après une discussion avec ma filleule de 17 ans lors d’une sortie en tête-à-tête. On buvait un verre après être allées voir au théâtre « Le cercle des poètes disparus » quand la discussion a dérivé sur le temps qui passe. Il faut dire que j’avais vu le film dont est tirée cette pièce lors de sa sortie au cinéma avec la mère de ma filleule en ... 1989 ! Nous étions alors deux ados fans de Madonna et d’Etienne Daho. Tout à coup, j’ai dit à ma filleule : « tu te rends compte ? Quand on s’est connues, ta mère et moi, on était plus jeunes que toi aujourd’hui. » Elle m’a regardée, interloquée, puis m’a répondu en riant : « en fait, vous êtes vieilles, maman et toi ! » J’ai acquiescé - dans une certaine mesure - avant de préciser que je n’avais pas ce sentiment, ni même l’impression d’avoir mon âge. « Dans ma tête, j’en ai max 38 », ai-je lancé.
Une fois rentrée chez moi, j’ai repensé à notre échange. A quel moment commence-t-on à éprouver un décalage entre notre âge à l’état civil et celui que nous ressentons ? Comment s’explique ce phénomène ? En faisant une petite recherche sur le sujet, j’ai appris qu’un chercheur américain, Robert Kastenbaum, spécialiste de la psychologie du vieillissement et de la mort, a théorisé cette impression en établissant la notion d’« âge subjectif ». D’après lui, l’humain commencerait à se sentir plus jeune que son âge physique à partir de 30 ans. Ce sentiment récent serait lié à l’individualisation croissante de notre société où tout est désormais possible à tout âge - ou presque : changer de job à 45 ans, divorcer à 60, se remarier à 75... Des chercheurs de l’université de Humbolt, à Berlin, ont d’aillleurs montré que la différence entre l’âge réel et l’âge subjectif augmente de génération en génération.
Universellement partagé, ce sentiment serait toutefois plus marqué chez les personnes en bonne santé ayant atteint leurs objectifs personnels et professionnels. Bonne nouvelle, me dis-je ! Mais, continuant mes lecture, j’ai découvert que cette notion pouvait également traduire un déni de l’avancée en âge dans une société moins contraigante mais toujours marquée par le jeunisme. Et soudain, une question m’a assaillie : aurais-je peur de vieillir ?
Elodie Lepage
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