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vendredi 26 janvier 2018

Naissance par clonage de deux macaques en Chine


26 janvier 2018

Naissance par clonage de deux macaques en Chine

Ces primates sont les premiers créés selon la technique utilisée pour la brebis Dolly, et depuis sur 23 autres espèces, moins proches de l'homme

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LES DATES
5 juillet 1996
Premier clonage d'un mammifère
La brebis baptisée Dolly naît à Edimbourg, en Ecosse. Entre 1996 et 2017, vingt-trois espèces de mammifères seront clonées.
2002-2010
Echec du clonage de singes
Toutes les tentatives de clonage de primates par transfert nucléaire échouent.
2017
Clonage de deux singes avec la technique de Dolly
Les deux primates naissent par transfert du noyau d'une cellule somatique
Ce pourrait être une information banale dans le carnet rose : " Qiang Sun et Muming Poo sont heureux de vous faire part de la naissance, à Shanghaï, des jumeaux Zhong Zhong et Hua  Hua. "Mais, ce que ces deux chercheurs seniors développent dans un article publié jeudi 24  janvier dans la revueCell n'est ni plus ni moins que le premier clonage réussi de deux primates, en utilisant la même méthode que celle qui avait permis la naissance, le 5  juillet 1996 à Edimbourg (Royaume-Uni), de la brebis Dolly. Les scientifiques -chinois espèrent pouvoir produire des lignées d'animaux génétiquement identiques utilisables à des fins de recherche.
La naissance de Dolly, morte le 14  février 2003, avait produit l'effet d'un séisme, tant sur le plan de la percée scientifique que sur celui des débats éthiques qu'elle suscitait. Pour la première fois, des chercheurs étaient parvenus à faire naître un animal en bonne santé, réplique génétique à l'identique de sa mère, sans passer par la reproduction sexuée. Depuis, vingt-trois espèces de mammifères différentes ont fait l'objet d'un clonage de ce type, de la souris au chameau en passant par le cheval et le cochon.
ReprogrammationPour faire naître Dolly, l'équipe écossaise de Ian Wilmut avait transféré un noyau prélevé sur une cellule différenciée adulte dans un ovocyte de brebis préalablement débarrassé de son propre noyau. Contrairement à une cellule adulte, qui contient une paire de chaque chromosome, l'ovocyte n'en compte qu'un jeu. Ce n'est qu'après la fécondation par un spermatozoïde que l'œuf se retrouve pourvu d'un patrimoine génétique complet. C'est aussi à ce résultat qu'aboutit le transfert nucléaire.
Cependant, les différentes tentatives d'appliquer ce procédé à des primates non humains n'avaient pas donné lieu à une descendance viable. En octobre  1999, des chercheurs de l'Oregon (Etats-Unis) avaient bien fait naître une femelle singe rhésus, nommée Tetra, mais en recourant à une technique différente : provoquer la division d'un embryon comme elle se  produit spontanément pour des vrais jumeaux (homozygotes). Des données scientifiques indiquaient que la raison de l'échec des tentatives chez le primate tenait à une reprogrammation défectueuse du noyau transféré.
En effet, le procédé employé depuis Dolly implique un noyau de cellule différenciée, généralement une cellule du tissu -conjonctif appelée fibroblaste. Le noyau de ces cellules n'exprime plus qu'une partie de ses gènes correspondant aux fonctions qu'elles remplissent. Lors du clonage, le noyau subit une reprogrammation. Après administration d'une impulsion électrique, les éléments du milieu intérieur de la cellule receveuse agissent sur le noyau transféré. Celui-ci -récupère ainsi les multiples potentialités des cellules embryonnaires, capables de se différencier ultérieurement dans tous les -types cellulaires de l'organisme.
Faible rendementGrâce à des substances modulant l'expression de certains gènes qui inhibent le développement de l'embryon, l'équipe de Qiang Sun, de l'Institut de neurosciences de l'Académie des sciences chinoise à Shanghaï, et Muming Poo, directeur de cet institut, a optimisé la technique. Elle a ainsi surmonté les obstacles qui avaient conduit à l'échec les précédentes tentatives de clonage d'un primate.
L'équipe a eu recours à des cellules fœtales déjà différenciées, -contrairement à celles d'un embryon. Les noyaux de fibroblastes d'un même fœtus de macaque servant de donneur ont été -transférés dans des ovocytes privés de leur noyau. Après quelques jours de développement, les embryons ont été implantés dans l'utérus de femelles macaques servant de mères porteuses.
Sur vingt et une femelles porteuses, les chercheurs de Shanghaï ont constaté six grossesses. Deux bébés macaques sont nés en bonne santé. Ils ont été baptisés Zhong Zhong et Hua Hua, l'expression Zhong Hua signifiant " Nation chinoise ".
Les chercheurs se sont assurés que l'ADN du noyau de leurs cellules provenait bien du donneur et que l'ADN des mitochondries – les usines énergétiques de la cellule – était bien issu de celles présentes dans la cellule receveuse.
" La nouveauté de ce travail est l'utilisation par les chercheurs de drogues épigénétiques qui optimisent la reprogrammation du noyau. Si celui-ci n'est pas complètement remis à zéro, le développement de l'embryon s'interrompt ", commente Corinne Cotinot, directrice de l'unité biologie du développement et reproduction à l'INRA (campus de Jouy-en-Josas). Les difficultés de la reprogrammation expliquent le faible rendement du clonage animal. Ce n'est ainsi qu'après l'échec de 434 tentatives que l'équipe de Ian Wilmut avait obtenu un animal viable. " Le rendement dans différentes espèces n'est que de 1  % à 2  % et, au mieux, lorsque la -technique est perfectionnée, de l'ordre de 10  % à 15  % ", souligne Corinne Cotinot.
" Réticences "Les chercheurs chinois font -valoir que l'intérêt principal de leurs recherches est le premierpas vers l'obtention de lignées de primates génétiquement iden-tiques, qui pourront avoir subi une modification de leur génome par exemple pour étudier les effets de l'inactivation d'un gène, et servir de modèles pour des maladies humaines. " Vu le faible rendement, nous n'en -sommes pas encore là ", tempère -Corinne Cotinot. De plus, l'équipe chinoise précise que ses tentatives d'utiliser des cellules adultes n'ont pas abouti.
Ces travaux scientifiques ont fait l'objet d'un feu vert des -autorités universitaires chinoises et sont conformes aux recommandations internationales sur la recherche chez l'animal formulées par les Instituts nationaux de la santé des Etats-Unis, précise la revue Cell. Cependant, " ils risquent de soulever des réticences pour deux motifs : celles -relatives aux  questions éthiques posées par le clonage et celles -concernant le bien-être animal, ne serait-ce qu'en raison des -fausses couches à un stade tardif chez les primates ", met en garde Mme  Cotinot.
Paul Benkimoun
© Le Monde

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