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vendredi 26 janvier 2018

A gauche, chacun cherche sa liste pour les européennes

 
26 janvier 2018

A gauche, chacun cherche sa liste pour les européennes

Les formations de gauche s'interrogent sur la meilleure stratégie à adopter d'ici à mai 2019

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L'échéance est encore lointaine, mais elle occupe déjà les esprits. Les élections européennes, qui doivent se tenir en mai  2019, attisent les convoitises à gauche. La perspective d'une circonscription unique et la possibilité ? éventuelle ? de constituer des listes transnationales, ouvrent un champ des possibles en termes d'alliances pour une famille politique en pleine recomposition.
Avec un scrutin à la proportionnelle, de nombreuses petites formations veulent tenter leur chance ; les vieilles écuries en crise – tels le Parti socialiste (PS), le Parti communiste français (PCF) et Europe écologie-Les Verts (EELV) – pensent pouvoir sauver des élus, soit en partant seul, soit en concluant des accords. La France insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon, elle, entend confirmer sa position de première force de gauche, et de principale opposante à  Emmanuel Macron et à sa politique libérale et prœuropéenne.
Génération.s enfin, le mouvement de Benoît Hamon, veut profiter de ces échéances pour préempter l'espace des prœuropéens de gauche et passer devant le PS. Mais ce jeu de l'oie grandeur nature comporte un risque non négligeable : celui de l'éparpillement des voix.
" L'alliance " entre Benoît Hamon et Yanis Varoufakis L'ancien candidat à la présidentielle est satisfait. Dimanche 21  janvier, dans un café de la place de la Bastille, Benoît Hamon a annoncé son " alliance " avec DiEM25, le parti transnational de Yanis Varoufakis, l'ancien ministre grec des finances.
En présence de M. Varoufakis, M.  Hamon a présenté ce partenariat comme une " alternative " aux " nationalistes " et à ceux qui pensent " qu'il n'y a plus de solution européenne à la crise ", mais aussi aux " conservateurs qui veulent perpétuer l'Europe austéritaire et la foi irrationnelle dans le libre-échange "" L'establishment et les désintégrationnistes ne s'opposent pas, ils sont complémentaires ", ajoute M.  Varoufakis.
Promettant ne pas " vouloir faire de la vieille politique ", les deux hommes sont d'accord pour défendre " la volonté de tout mettre en œuvre à traités constants pour bâtir une Europe nouvelle ". En clair : pas question d'entrer dans la logique de M.  Mélenchon qui défend l'idée d'un " plan A " – " sortie concertée des traités européens "et " négociation d'autres règles " – et d'un " plan B " – " sortie des traités européens unilatérale par la France " – en cas d'échec de la première méthode.
MM. Varoufakis et Hamon doivent rédiger courant février un " appel commun ". D'ici à la fin juin, une campagne sera lancée pour défendre un seul et même projet, partout en Europe, défini par tous ceux qui adhèrent à cette démarche. DiEM25 assure, en effet, discuter avec " tous les progressistes ". En France, des contacts ont été pris avec EELV, et M. Varoufakis a  rencontré dimanche Pierre Laurent, secrétaire national du PCF.
La méfiance d'EELV Chez les Verts, on regarde ces mouvements avec circonspection. " Je ne suis pas un aventurier, je ne veux pas jeter EELV aux oubliettes ", tranche David Cormand, le secrétaire national de la formation. Il en est persuadé : " Il y a de la place pour une offre écologiste et prœuropéenne. Il ne faut pas bricoler, comme à la présidentielle. "
Manière de rappeler les 6,36 % de M. Hamon au premier tour, malgré le désistement en sa faveur de Yannick Jadot, le candidat écologiste. Un scénario est étudié chez EELV : une liste estampillée Parti vert européen avec, à sa tête, une personnalité issue de la société civile ou de la gauche qui n'" a pas cédé à la tentation libérale ". Le nom de Christiane Taubira – peu connue pour son engagement écologiste – revient régulièrement. " Pas la peine de s'exciter, avertit M. Cormand. On a le temps avant l'élection. "
Le PCF est partagé Du côté de la place du Colonel-Fabien, rien n'est encore décidé en termes de stratégie d'alliance. Tout dépend de l'état des relations avec LFI. Pour ceux qui sont hostiles à un rapprochement avec le mouvement de M.  Mélenchon, l'initiative de MM.  Hamon et Varoufakis est " intéressante ".
" On a une proximité de vue. Il faut un rassemblement le plus large possible, autour d'une refondation anti-austéritaire, démocratique et écologiste de l'Europe, assure Marie-Pierre Vieu, députée européenne membre du PCF qui fut la deuxième de liste (circonscription Sud-Ouest) derrière M. Mélenchon en  2014. Pour l'instant, LFI et M. Mélenchon creusent le sillon de la présidentielle et ne donnent pas signe de leur volonté de rassemblement. Ils continuent de fractionner le camp progressiste. " Tous les communistes ne partagent pas ce point de vue. Pour Sébastien Jumel, député de Seine-Maritime, il faut une liste d'union PCF-LFI. " On doit décider de notre stratégie avant le congrès du mois de novembre ", estime l'élu normand. Qui ajoute : " La force d'un rassemblement, ce n'est pas l'addition de logos, il faut une dynamique. Face à nous, il y a un gouvernement de combat. Il n'y a pas d'espace pour les divisions ni les querelles de chapelles. Le PCF ne doit pas être dans une posture de repli. "

La France insoumise marche seule Pour l'instant, tous ces débats ne sont pas parvenus jusqu'aux " insoumis ", qui campent sur leur diptyque " plan A/plan B "" C'est notre marqueur, notre stratégie, martèle Manuel Bompard, homme fort du mouvement. On tend la main à tous ceux et celles qui s'y reconnaissent et qui sont sur une ligne de rupture avec les traités existants. " Leurs détracteurs critiquent une ligne " souverainiste " qui veut réunir tous les électeurs eurosceptiques, ceux de droite compris.
Pour LFI, le positionnement de M.  Hamon prouverait que, " s'il a rompu avec le PS, il n'a pas rompu avec la ligne du PS sur l'Europe ", selon M. Bompard. Quant à une alliance avec le PCF, les tensions sont telles dans certaines régions (en Corse ou en Occitanie) que les responsables insoumis s'interrogent " de plus en plus " sur la " sincérité du PCF " quand il lance des appels à l'unité.
LFI ne sous-estime pas ces élections, bien au contraire. Ce sera le premier test électoral national après la séquence présidentielle et législative de 2017. Un échec casserait la dynamique construite depuis la naissance du mouvement en  2016.
Le PS dans l'expectative C'est la grande inconnue. La stratégie du Parti socialiste pour les élections européennes de 2019 dépendra beaucoup de son prochain premier secrétaire, dont le nom sera connu à l'issue du congrès d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), prévu début avril. Les candidats issus de l'ancienne majorité ? le favori Olivier Faure, Luc Carvounas et Stéphane Le Foll ? défendent tous une ligne assez semblable et n'entendent pas renverser la table en Europe.
En revanche, le tenant de l'aile gauche, Emmanuel Maurel, est, lui, sur des positions plus eurocritiques et met le social au cœur de son discours. S'il arrivait à déjouer les pronostics et parvenait à devenir le premier des socialistes, alors tout serait envisageable. Y  compris un rapprochement avec M. Mélenchon, les deux hommes étant proches.
Abel Mestre
© Le Monde

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