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vendredi 26 janvier 2018

Berlin s'émeut de l'usage de chars allemands à Afrin.......Forces turques et djihadistes se côtoient dans les combats.....




26 janvier 2018

Berlin s'émeut de l'usage de chars allemands à Afrin

La polémique sur les exportations vers la Turquie ravive les tensions entre SPD et CDU sur les ventes d'armes

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Le débat sur les exportations d'armes, très sen-sible en Allemagne, vient de s'inviter avec fracas au cœur des négociations en cours pour former une grande coalition entre les conservateurs et les sociaux-démocrates. Le pays a découvert que des chars de type Leopard, grand succès d'exportation allemand, sont employés par l'armée turque dans son offensive contre les forces kurdes YPG à Afrin, dans le nord de la Syrie. Les photos, diffusées par l'agence de presse étatique turque Anadolu, provoquent une polémique alors que l'Allemagne a affiché un record de ventes d'armes à l'export durant la dernière législature.
A Berlin, le ministère de la défense n'a pour l'instant donné aucune confirmation officielle. Mais les experts cités par la presse sont formels : les chars photo-graphiés sont bien des Leopard de fabrication allemande. Rien d'étonnant à cela : l'Allemagne vend ces chars depuis des décennies à la Turquie (350 exemplaires ont été livrés entre 2006 et 2011). Selon les agences allemandes, aucune restriction n'avait à l'époque été exigée. En  2005, le chancelier Gerhard Schröder était convaincu que la Turquie ferait bientôt partie de l'Union européenne. En  2018, cette perspective paraît très lointaine. Les relations entre Berlin et Ankara sont devenues glaciales depuis la tentative de coup d'Etat de l'été 2016. Le conflit avec les Kurdes n'a rien arrangé.
Posture officielle mise à malMercredi, un porte-parole du ministère des affaires étrangères a confirmé que Berlin avait demandé des explications au gouvernement turc sur l'utilisation de ces chars. L'ambassadeur al-lemand doit par ailleurs rencontrer le ministre turc de la défense, -Nurettin Canikli, à ce sujet.
L'Allemagne s'efforçait depuis plusieurs mois de normaliser les relations avec Ankara. Dans cette perspective, Sigmar Gabriel, ministre des affaires étrangères, s'apprêtait à autoriser une opération de modernisation de l'équipement militaire turc. Mais la polémique en cours menace de ruiner cette politique d'apaisement. Elle est la preuve éclatante de la difficulté de contrôler l'utilisation des équipements militaires vendus à l'étranger. Et met à mal la posture officielle de l'Allemagne, qui revendique la politique d'exportation d'armements la plus restrictive du monde. Au moment de former une coalition avec les conservateurs, en  2013, le Parti social-démocrate avait affirmé qu'il renforcerait encore les conditions d'autorisation des exportations d'armes.
Or, les chiffres, publiés par le gouvernement mercredi 24  janvier après une question du parti de gauche Die Linke, indiquent une autre réalité. Durant la dernière législature (2013-2017), alors que le ministre de l'économie était le social-démocrate Sigmar Gabriel, l'Allemagne a autorisé la livraison de 25  milliards d'euros d'armes à l'étranger. Soit 20  % de plus que sous la législature précédente (2009-2013), dirigée par les conservateurs et les libéraux. Pis : les exportations vers les pays tiers, c'est-à-dire situés hors de l'UE et de l'OTAN, ont augmenté de 47  %, à 14,5  milliards d'euros. Les pays arabes ont été particulièrement friands du matériel de guerre made in Germany. Selon la liste publiée par le ministère, l'Algérie est située en haut du classement des pays importateurs (1,4  milliard d'euros de commandes), suivie par l'Egypte (708  millions). L'Arabie saoudite arrive en sixième position (254  millions d'euros).
Le ministère a précisé que le volume global d'armes exportées a baissé en  2017, passant de 6,8 à 6,2  milliards d'euros. Mais le débat est lancé. Die Linke, traditionnellement très engagé sur ce sujet, a attaqué le SPD mercredi. " Il y a quatre ans, les sociaux-démocrates ont promis qu'ils se détourneraient de la politique d'exportation dirigée par des critères économiques, a lancé l'expert des affaires étran-gères de Die Linke, Stefan Liebich, sur la chaîne publique ARD. Le gouvernement n'a, non seulement pas fermé l'écluse, mais l'a ouverte plus largement encore. "
" Il faudra, à l'avenir, renforcer davantage les contrôles sur les exportations d'armement ", a déclaré Rolf Mützenich, du SPD. Une position défendue par Martin Schulz lors du congrès du parti, dimanche. Le pré-contrat de coalition, présenté le 12  janvier, prévoit de développer une doctrine européenne en la matière, et d'interdire la vente d'armement allemand aux pays impliqués actuellement dans la guerre du Yémen, comme l'Arabie saoudite. L'industrie allemande de l'armement a alerté sur le fait que cette politique risquait de mettre l'Allemagne en porte-à-faux vis-à-vis de ses engagements avec la France dans ce -domaine. Les deux pays ont prévu de coopérer étroitement afin de renforcer l'Europe de la défense.
Cécile Boutelet
© Le Monde


26 janvier 2018

Forces turques et djihadistes se côtoient dans les combats

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Opportunité d'un jour ou volonté de se greffer durablement sur l'offensive militaire turque ? Le groupe djihadiste syrien -Tahrir Al-Cham (ex-Front Al-Nosra, éma-nation d'Al-Qaida) a lancé plusieurs opérations contre l'enclave kurde d'Afrin, cible d'une attaque déclenchée le 20  janvier par l'armée turque et des brigades rebelles -syriennes combattant sous la bannière de l'Armée syrienne libre (ASL).
Dans la soirée du 23  janvier, Tahrir Al-Cham a annoncé avoir attaqué et occupé des positions des Unités de protection du peuple (YPG) kurdes, près du monastère de Saint-Siméon, dans le sud du territoire -contrôlé par les forces kurdes, après de " violents combats ". Quelques heures plus tôt, le groupe djihadiste faisait état d'accrochages avec les YPG, près de la localité de Darat Izza.
Or, l'armée turque a établi, en octobre  2017, des positions à Darat Izza comme sur la colline de Saint-Siméon. Une présence loin d'être discrète : la chaîne de télévision qatarie Al-Jazira a ainsi filmé les forces d'Ankara en train d'établir des postes d'observation, de creuser des tranchées et de déployer des blindés dans ce secteur, après leur entrée en Syrie. Les combats -entre djihadistes et Kurdes se sont donc déroulés, au mieux, sous le regard des soldats turcs. Voire avec leur aval complaisant.
Relations ambiguësLe déploiement des troupes turques dans le nord de la Syrie avait fait suite à la conclusion, le 15  septembre, d'un accord entre l'Iran, la Turquie et la Russie à Astana sur la création de " quatre zones de désescalade, dont la plus grande à Idlib ". L'accord prévoyait le déploiement d'observateurs aux marges de cette province. L'armée turque s'était postée sur la ligne de démarcation séparant le territoire rebelle de l'enclave kurde d'Afrin, en plus de l'aérodrome militaire de Taftanaz. En contrepartie, les forces syriennes et russes devaient limiter leurs frappes aux djihadistes de Tahrir Al-Cham, une organisation considérée comme terroriste par la communauté internationale.
Après s'être initialement opposé verbalement à l'entrée des soldats turcs, le groupe djihadiste s'y était finalement résigné. Allant même jusqu'à escorter leurs convois sur les routes de la province syrienne. Les images de soldats d'un Etat membre de l'OTAN circulant accompagnés par des djihadistes issus d'Al-Qaida avaient alors révélé la nature ambiguë des relations entre ce groupe et Ankara. Une ambiguïté que les combats entre Tahrir Al-Cham et les forces kurdes, contre qui la Turquie est désormais en guerre ouverte, ne vont pas dissiper.
Madjid Zerrouky
© Le Monde

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