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mardi 30 avril 2019

Notre-Dame de Paris: pourquoi Dieu a préféré couper la parole à Emmanuel Macron le 16.04.2019




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Joseph AgostiniPsychologue clinicien, psychanalyste

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Notre-Dame de Paris: pourquoi Dieu a préféré couper la parole à Emmanuel Macron

Le Président allait livrer l’un de ses discours pragmatiques quand la France a été ramenée à une vision apocalyptique. Dieu est toujours un fumeur de havanes, envers et contre tout enfumage.


16/04/2019 14:39 CEST | Actualisé il y a 3 heures


Notre-Dame de Paris: pourquoi Dieu a préféré couper la parole à Emmanuel


BLOOMBERG VIA GETTY IMAGES

Serge Gainsbourg et Freud nous disaient à quel point nous avions besoin de vénérer Dieu, même un petit peu, même le temps d’un incendie, pour vivre.
En 1979, Gainsbourg chantait “Dieu est un fumeur de havanes”, en duo avec Catherine Deneuve.
Dieu est un fumeur de havanes
C’est lui-même qui m’a dit
Que la fumée envoie au paradis
Je le sais, ma chérie
On sait ce que le feu symbolise au gré des âges et des civilisations. Il vient assainir en même temps qu’il ravage. Il est la Pureté et le Crime, l’alliance savante de l’espoir prométhéen et de la folie guerrière.
L’incendie gigantesque de la Cathédrale Notre-Dame de Paris s’éloigne, une bonne fois, de l’enfumage âprement dénoncé par les détracteurs du Président depuis le début de son mandat. Cette fumée-là vient sanctuariser un rapport à la verticalité divine, celle-là même dont Emmanuel Macron manque cruellement dans ces époques de doute.
Dans “Malaise dans la civilisation”, l’un de ses ouvrages majeurs, Freud a rappelé combien les hommes éprouvaient le besoin viscéral de se raccrocher à une instance morale ou religieuse, en y déplaçant leur Surmoi. Ils mettent leur papa dans le ciel et lui vouent une vénération toute teintée de culpabilité et de déférence. La beauté de nos édifices religieux, et celle de Notre-Dame de Paris en particulier, baigne précisément dans cette quête désespérée et si humaine. En se référant au Ciel, les hommes veulent avoir la paix. Mais que nenni! Ils se trimbalent ensuite des rituels compulsifs plus vissés que des clous de cercueil!
Les empereurs mystiques et monarques de droit divin ont auréolé leur gloire de cette magie céleste. Ils ont, en quelque sorte, cette appétence pour une instance céleste, dans l’un de ces jeux de miroirs qui trompent le bon bougre. Il n’y a pas que dans les hôpitaux psychiatriques que l’on se prend pour Jésus ou Napoléon! Or, voici qu’Emmanuel Macron, dont les références à Jupiter nous ont suffisamment été rebattues, vient donner ses lettres de grandeur à Parisdevant Notre-Dame en flammes. Et que toutes les cloches du clergé retentissent dans un seul et même mouvement. Hystérie galopante, s’il en est! Salvador Dali parlait de paranoïa généralisée pour qualifier ces choses de la vie. Tout le monde s’associe soudain à l’un de ces délires collectifs au goût de sublime, transcendant un instant toutes les croyances et tous les athéismes!
Tu n’es qu’un fumeur de gitanes
Et la dernière, je veux
La voir brûler au fond de mes yeux
Souvenons-nous quand même de la dernière réplique de Catherine Deneuve à Serge Gainsbourg, dans sa robe noire incendiaire, lorsqu’elle interprétait “Dieu est un fumeur de havanes”, en le matraquant de ses yeux d’Eve courroucée. Deneuve ramenait l’iconoclaste brûleur de billets à sa dimension profane. Dieu est peut-être un fumeur de havanes, Gainsbourg est resté à la gitane et au pastis… Tout le monde descend, comme disait mon grand-père corse. Et Emmanuel Macron se dépatouille avec une société laïque, dont la religion est plutôt sur les rond-points et les salles de marché que dans les cathédrales. Pour la verticalité, il faudra repasser.
Et pourtant, pourtant, quand Notre-Dame brûle, c’est tout un peuple qui s’émeut, voire s’émoustille. Car cette forteresse de l’élation mystique contient à elle seule ce qui reste peut-être de volonté d’ascèse et de recueillement chez chacun. Au moment où un Président conspué, mis à mal, allait prendre la parole pour nous livrer l’un de ses discours pragmatiques, la France entière est ramenée à une sorte de vision d’apocalypse, dans son sens le plus cru: à sa soif de transcendance! Revenons à Freud en ces temps de vache maigre en matière de génie hugolien:
“Après que l’apôtre Saint Paul eut fait de l’universel amour des hommes le fondement de sa communauté chrétienne, l’extrême intolérance du christianisme envers ceux qui étaient restés au dehors en avait été une conséquence inévitable”écrit-il toujours dans “Malaise dans la civilisation”.
En d’autres termes, et l’inventeur de la psychanalyse le criait: pour s’aimer, il faut toujours désigner un bouc émissaire. Il faut toujours un paria désigné dans un groupe pour que celui-ci se soude, s’entraide, se sente exister. Les illusions s’envolent quand on les déconstruit. Même les plus magnifiques, les plus aveuglantes! Même la beauté d’une cathédrale contient en elle-même les germes du rejet et de l’indifférence à l’endroit de ce qu’elle n’incarne pas. Elle manque d’absolu sous ses dehors majestueux. Comme Emmanuel Macron, roi nu de notre République, lorsqu’il se compare à Jupiter, qu’il donne à voir cet être humain, trop humain, sur un parvis brûlant calfeutrant mal les manques et les colères.

ENVOLUME EDS

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