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vendredi 6 novembre 2026

VU DU DROIT - Mai 68, octobre 2026, la petite bourgeoisie ne défend toujours que ses intérêts..Vendredi 7 novembre 2026

 

Patrick Champagnac a raison quand il écrit : « Qu’elle est belle et inspirante notre jeunesse ! Que je l’aime ! Je me revois en mai 1968. Papy GenZ » non pas que la jeunesse qui manifeste soit inspirante (en tout cas pour moi), mais quand il dit « qu’il se revoit en mai 1968 ». Parce qu’effectivement, et je suis bien placé pour le radoter, il y a énormément de points communs, et des points fondamentaux en plus. Sur le coup, il relaie la version française de la chanson de Luis Illach « L’estaca » joliment interprétée par un groupe de manifestants. Pour ma part, je préfère celle chantée au palais des sports de Barcelone en 1976 peu de temps après la disparition de Franco. (Celui qui ne frissonne pas à cette écoute n’est qu’une brute).

Mai 68, octobre 2026, un parallèle qui fonctionne

Cette référence à mai 68 fonctionne parfaitement. Les mêmes couches sociales se sont mises en branle. Cette même jeunesse petite-bourgeoise urbaine, qui soutenue par ses parents, défile en défiant le pouvoir. La même ambiance ludique et souvent créative, quoi que la baisse culturelle saute un peu aux yeux lorsque l’on entend des slogans formulés par des manifestants incapables, à la grande joie de Libération, de dépasser le stade anal. Les mêmes provocations violentes à la marge, les mêmes affrontements avec des forces de police excédées, les mêmes réactions bienveillantes de la bourgeoisie parentale, et les mêmes forces social-démocrates essayant comme d’habitude, de profiter de l’occasion pour fourguer leur contrebande. Même si le contexte politique national et international n’a rien à voir, comment se départir de ce sentiment de déjà-vu ?

Surtout qu’il existe un point commun incontournable, celui de la séparation radicale, entre ces couches moyennes désireuses de renouveler « leur 14 juillet » de 68, selon l’excellente expression de Michel Clouscard, et les couches populaires, ouvriers, salariés d’exécution des services et France périphérique. Parce que chacun sait qu’il y eu deux « Mai » distincts. En dehors d’une grande manifestation unitaire initiale, leurs objectifs politiques étant différents, les ouvriers et les étudiants, n’ont jamais fait cause commune.

Même si les formulations étudiantes étaient ultra révolutionnaires, et les objectifs réels informulés à ce moment, le sens de ce mouvement était bien la prise de pouvoir par la jeunesse petite-bourgeoise du baby-boom, et la construction d’une hégémonie culturelle et politique au sein de la société. Tout le monde sait, que c’est plus facile de raconter l’histoire quand on connaît la fin, et que l’on juge un arbre à ses fruits. Tous les leaders et les masses qui les avaient soutenus sont revenus à leur assignation sociale de départ. Les leaders occupant tous les postes de pouvoir au service du libéralisme libertaire néolibéral, les masses qui les avaient soutenus votant résolument pour eux. Financiarisation, désindustrialisation, européisme aveugle, destruction méthodique de la Nation et de son État-providence, ont pu ainsi se réaliser.

Le prolétariat quant à lui, après avoir touché ses dividendes des 30 glorieuses grâce à une grève générale sans précédent, s’est laissé bercer d’illusions et a accepté cette domination de la petite bourgeoisie sociale-démocrate. Se laissant sans réagir priver de l’outil dont il avait disposé depuis la deuxième moitié du XIXe siècle, à savoir le mouvement ouvrier français organisé. Exit le PCF, exit la CGT réduits à des groupuscules vaguement réformistes et corrompus par le système.

Le parallèle avec mai 68 fonctionne aussi avec la présence d’une cause internationale dans les cortèges où fleurissent les drapeaux d’un peuple en lutte. En 2026 ce sont les drapeaux palestiniens qui sont brandis, ceux d’un peuple en lutte contre l’horreur que lui inflige Israël soutenu et armé par l’Occident. En 1968 c’était le combat du peuple vietnamien que l’on soutenait, c’était son drapeau que l’on brandissait, et son ennemi que l’on accusait. Rappelons ces 30 ans de guerre, d’abord contre la France puis contre la première puissance du monde. Ces 2 millions de morts, et le fait incroyable que le territoire vietnamien, a reçu en bombes et en obus plus que tous les théâtres de la deuxième guerre mondiale réunis ! Pays exsangue et ruiné après sa victoire du 30 avril 1975, à la suite de laquelle, sa souveraineté retrouvée, il essayait de se reconstruire. Il fallait aussi réunir un pays divisé depuis plus de 20 ans, dans un environnement international hostile. C’est alors que les grands leaders de mai 68 ont montré quels intérêts ils servaient. Juste une anecdote, alors que le Vietnam était confronté à la tragédie des « boat-people », de ces citoyens qui voulaient fuir le malheur, nos chers leaders du mouvement de mai 68 entrèrent dans la danse. Au premier rang de la propagande visant à disqualifier ceux qui avait osé remettre en cause la domination de l’Occident, on trouvait tous les Kouchner, les Cohn-Bendit, les July, les Geismar, les Foucault les Weber. Mais le pire fut bien sûr André Glucksmann, revenu du maoïsme (!) pour rallier le camp des néoconservateurs américains les plus criminels. Qui fut un des organisateurs de cette propagande consistant à tirer dans le dos de ceux qu’il avait prétendu défendre quelques années auparavant. C’est lui qui réalisa l’infecte opération anti-vietnamienne, du rendez-vous chez Giscard d’Estaing, où il traîna ensemble et réconciliés, l’imposteur Jean-Paul Sartre fondateur du quotidien maoïste « La cause du peuple » et Raymond Aron soutien empressé du coup d’état meurtrier d’Auguste Pinochet au Chili quelque temps auparavant.

Alors amis palestiniens, ne vous faites aucune illusion. Lorsque vous aurez enfin libéré la Palestine et réinstallé votre peuple dans ses droits, beaucoup de ceux que nous entendons aujourd’hui vous soutenir, auront viré leur cuti et seront aux premiers rangs, quand il s’agira de relayer la propagande de l’empire. La petite bourgeoisie, c’est comme ça que ça marche.

Classes laborieuses classes dangereuses

Mais en fait, le principal point commun est bien la séparation politique radicale entre les couches populaires et le mouvement de la jeunesse initié et conduit par LFI. Bien sûr, on trouvera de doctes sociologues pour nous démontrer que ces couches populaires sont également présentes et qu’on les retrouve dans les initiatives et dans les manifestations. C’est probablement exact mais comme le démontre toutes les études et les sondages, même si ces porosités existent, dans les masses de ces couches respectives, on ne se parle pas. Et il y a une bonne raison à cela.

Comme en 68, l’attitude du pouvoir vis-à-vis des couches moyennes d’une part et du prolétariat d’autre part, est tout à fait différente. Prenons l’exemple de la répression policière et judiciaire des manifestations. Aucune comparaison n’est possible entre la violence de celles qui ont frappé les « gilets jaunes » et celles dont sont l’objet les participants à l’actuel mouvement. À partir de fin 2018, avec une violence policière jamais vue depuis la guerre d’Algérie, le système Macron a pris la décision de casser physiquement la révolte des « gilets jaunes ». Il suffit de se référer au travail de David Dufresne avec le site « Allô, place Beauvau », plate-forme de signalement et de recensement des violences policières contre les gilets jaunes. Il y a eu également des O.N.G. internationales qui sont intervenues et ont publié des rapports accablants. La répression que rencontre l’actuel mouvement de la jeunesse, même si elle est pas beaucoup d’aspects détestable, est sans commune mesure. Mais surtout il y a eu ensuite la répression judiciaire. Pour avoir beaucoup travaillé sur cet aspect, j’ai consacré deux chapitres à la question dans mon dernier livre, j’y renvoie), j’ai vu les magistrats dans TOUTE LA FRANCE (il n’a manqué personne) prononcé des centaines de peines de prison ferme, souvent exorbitantes. Les discours tenus par les parquets dans les prétoires étaient invraisemblables de mépris, voire de haine, pour ces couches populaires qui avaient osé prendre la parole. On a vu dans certains tribunaux de province des présidents de juridiction organiser les chambres correctionnelles anti-gilets jaunes sur la base du volontariat, et les candidats se bousculer ! Et que dire du déferlement de propagande pour disqualifier le mouvement, et pour le criminaliser avec des intellectuels anciens ministres ( Noëlle Lenoir, Luc Ferry) réclamant le déploiement de l’armée et exigeant que Macron donne l’ordre de tirer dans le tas. Classes laborieuses classes dangereuses scandaient la classe politique et les intellectuels rappelant l’attitude des écrivains au moment de la Commune. Identifier ce qu’ont subit les « gilets jaunes » en 2018 et 2019 à la répression de l’actuel mouvement issu de la révolte lycéenne est simplement une insolence.

Il y a là une question centrale que cette réaction du système contre une révolte dont la base était incontestablement le prolétariat tel qu’il est aujourd’hui dans notre pays. Parce que cette violence qui a plus que largement contribué à lui casser les reins a été intériorisée par cette partie du peuple français comme une expérience cuisante. Complétée par le fait que la petite bourgeoisie s’est soigneusement tenue à l’écart en utilisant des pinces-nez pour contempler à distance la révolte de ces prolos qu’elle déteste.

L’expérience suivante de la violence fut le moment COVID venu confirmer sa nature. La France a été le pays où la forme répressive du traitement de l’épidémie fut la plus brutale. La violence y a pris des formes nouvelles, mais c’était quand même de la violence. Comme le démontre par exemple le livre de Nicolas Mariot et Théo Boulakia « L’attestation - Une expérience d’obéissance de masse, printemps 2020 ». Cette expérience là fut également cuisante pour la France périphérique, la population des métropoles étant quand même moins exposée.

À raison, les couches populaires n’attendent rien de la petite bourgeoisie

Rappelons que les couches populaires, furent les premières, au bout d’un an et demi de mandat, à se révolter contre l’imposture macronienne et la catastrophe où elle nous entraînait. Qu’elles ont fait l’expérience de la violence que le système était capable de lui opposer pour la mater. Les couches moyennes en permettant à Macron une réélection confortable en 2022 malgré un bilan déjà calamiteux, leur ont confirmé que face à l’obstacle elles choisiraient toujours le côté du manche. Il s’est alors passé quelque chose à l’occasion des législatives. Cela fait longtemps qu’une partie importante des couches populaires vote pour le Rassemblement National. Mais Jusqu’à cette occasion, enfermé dans son ghetto celui-ci ne parvenait pas à faire élire plus d’une dizaine de députés à chaque fois. En 2022 ils se retrouvèrent à la surprise générale à près de 100 ! Cela impliquait nécessairement un saut quantitatif. Qui va se renouveler au premier tour des législatives de 2024. Qui, si la mécanique d’accélération du scrutin uninominal à deux tours avait joué normalement, les aurait rapprochés très près de la majorité absolue à l’Assemblée nationale.

La nouvelle opération de sauvetage du macronisme concoctée essentiellement par Jean-Luc Mélenchon, les a privés de cette victoire. L’habituel « front républicain » a fonctionné, les électeurs de Macron allant tranquillement et massivement voter pour les candidats LFI opposés au RN, et réciproquement. Ceci pour prolonger de trois ans le cauchemar, d’une Assemblée nationale ingouvernable et d’une véritable congélation du système politique et institutionnel français. Nouvelle expérience cuisante qui leur a fourni une démonstration toute simple : la seule voie pour se débarrasser du macronisme, mais aussi pour mettre fin à 40 ans du système libéral libertaire néolibéral dont ils sont les principales victimes, sera d’utiliser le Rassemblement National comme levier.

Le récent sondage d’Odoxa (antérieure au 17 octobre) est particulièrement intéressant et révélateur puisqu’il porte sur un échantillon de 12 000 personnes réparties sur toute la France, et démontre une augmentation quantitative générale du vote RN, mais également géographique sur l’ensemble du territoire. Certes d’autres couches sociales ont rejoint ce vote, mais le noyau central reste bien celui du prolétariat. Grâce probablement à l’apport de ceux qui auparavant s’abstenaient. Cette situation explique le caractère très élevé du vote Marine Le Pen (probablement supérieur à celui résultant du sondage) qui l’amène à près de 40 % des voix au premier tour. Avec une avance de 20 points sur le second. Prétendre que le RN serait un parti ouvrier serait simplement grotesque. Même si parmi sa composition récente, il y a des représentants de cette France populaire, c’est un parti populiste de droite, somme toute assez classique. Constater le choix politique des couches populaires n’est pas s’en réjouir et surtout penser qu’il sera le défenseur intraitable des intérêts des ouvriers comme le fut le vrai PCF. Ce n’est pas non plus garantir que Marine Le Pen sera capable de répondre à leurs attentes, aujourd’hui personne ne le sait. C’est simplement regarder le réel de face.

Guy Debord nous avait dit : « le peuple pense ». Alors comment expliquer qu’on assiste à toute cette agitation qui concerne d’abord et avant tout le « bocal parisien » avec son mélange de médias mainstream, de presse numérique qui les singe, et tous les faiseurs d’opinion, journalistes, intellectuels, artistes subventionnés, sportifs vedettes, tous étant persuadés d’être dépositaires du vrai ? Qui espèrent pouvoir se débarrasser du macronisme en faisant l’économie de l’intervention de la France d’en bas. Ce qui leur permettrait de conserver un magistère dont ils considèrent qu’il leur est dû, et bien sûr les avantages qui y sont attachés. Mais en fait ils sont surtout terrorisés à l’idée de ce qui se profile.

Alors que pendant ce temps les couches populaires se taisent. C’est très simple, ayant compris qu’elle n’avait rien à attendre de la petite bourgeoisie des grandes métropoles, leur décision est prise, et elle se tiennent silencieusement à l’écart.

Déterminées qu’elles sont « à reprendre leur pays » le moment venu, selon l’heureuse expression de laurent Ozon.

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