Juste avant la neuvième journée de mobilisation nationale, comment la dirigeante de la CGT analyse-t-elle un mouvement social qui s’est joué de toutes les prévisions ?
Discrètement démarrée dans des lycées loin des regards médiatiques et politiques il y a presque deux mois, la révolte pourrait embraser une bonne partie du pays ce 5 novembre, premier jour où l’ensemble des syndicats appellent à la grève et à la manifestation dans tous les secteurs, faisant le pari d’adjoindre les forces des salarié·es du public et du privé aux rangs des manifestant·es.
«
L’histoire sociale nous l’enseigne
: les mobilisations victorieuses sont toujours celles de convergence entre la jeunesse et les salarié·es. C’est d’ailleurs certainement ce qui nous a manqué pendant la bataille des retraites. Si les jeunes avaient été mobilisé·es comme ils et elles le sont aujourd’hui, nous aurions gagné
», analyse Sophie Binet dans un long entretien à Mediapart, où elle confie sa vision du mouvement, son ambition de faire plier le gouvernement, mais aussi le patronat, afin d’arracher des hausses de salaire dans tout le pays.

La secrétaire générale de la CGT salue, aussi et surtout, les jeunes initiateurs et initiatrices du mouvement, et la passion avec laquelle qui ont su le faire décoller
:
« C’est un grand plaisir de voir leur mobilisation, la force qu’ils et elles ont eue pour dépasser tous les pièges tendus par le pouvoir, notamment celui de la répression violente. »Au-delà de la dimension syndicale, classiquement revendicative, elle décèle aussi une
« dimension générationnelle », qu’on retrouve dans de nombreux endroits du monde et qui
« permet à ce mouvement de poser des questions justes et larges » :
« Quel est le sens de la société qu’on nous propose ? À quoi ça sert de travailler toujours plus, pour gagner moins et polluer plus ? Pourquoi continue-t-on ce modèle de développement qui nous envoie dans le mur, comme on l’a vu avec la canicule cet été ? Mais aussi comment peut-on laisser se dérouler, à ciel ouvert, un génocide en cours à Gaza et laisser agir des criminels de guerre ? »Autant de questions auxquelles, après avoir accompagné la jeunesse dans sa bataille, il faudra bien l’aider à construire des réponses.
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