79 blessés graves, 127 enquêtes : le prix de l'ordreMacron à 13 %, des CRS en tenaille, une presse qui parle d'ingérence plutôt que de revendications.
Treize pour cent. C’est ce qu’il reste de Macron dans l’opinion, un record qui dépasse celui de Hollande. Face à une manifestation massive, le pouvoir répond par une conférence sociale, des caisses vides et une énergie hors de prix. Il y a eu des Grenelles, il y aura des Twix. Le pays, lui, est dans l’impasse. Le maintien de l’ordre, ou la boucherie sans responsableDes CRS reçoivent l’ordre de charger alors que des gendarmes mobiles se tiennent derrière eux : c’est le « couac » que décrit la préfecture de police elle-même. Une doctrine qui ne sait plus qui commande ne sait plus qui elle frappe. Le décompte de Laurent Thines, arrêté au 5 novembre, donne la réponse : 10 éborgnés, 7 amputés, 1 mort, 79 blessés graves, des jeunes pour la plupart, touchés par des LBD et des grenades. Face à cela, 127 enquêtes ouvertes par l’IGPN en un mois, soit quatre par jour. On n’avait jamais vu ça, et aucune ne se transforme en politique publique. Ce que je reproche à Laurent Nuñez, c’est d’avoir porté plainte pour un mannequin de CRS brûlé quand ce sont des corps qui s’accumulent. Je réclame sa démission, et celle de celui qui l’a nommé. Pendant ce temps, un manifestant qui colle une affiche sur un camion se voit opposer la « dégradation d’un édifice public » : l’édifice public, apparemment, c’est le CRS.
La presse préfère la désinformation aux revendicationsDrones de la police à Nation, « démonstration syndicale réussie », fausse photo de deux boomers : le cortège est à peine dispersé que la presse s’occupe de la rumeur plutôt que de ce que les gens réclament. C’est un déplacement commode. Tant qu’on discute de l’ingérence russe, on ne discute pas du pouvoir d’achat. L’exemple roumain, qu’on brandit pour l’étayer, ne m’a jamais convaincu : je n’y vois aucune preuve, et une ingérence bien réelle, celle de la France et de la Commission européenne. Reste à comprendre qui décide de ce qui fait l’actualité. Quand les journalistes de BFM font grève et se voient accusés d’extrême droite, la réponse est dans le propriétaire : c’est le milliardaire qui paie et qui décide si le cochon fait « Gronk » ou si le poulet fait « Pouet ». L’argent public suit la même pente : 6 millions d’euros par an du CNC pour l’économie des influenceurs, quand on en dépense 850 millions pour rendre la Seine baignable.
Après Macron, la relève de rechangeLa primaire pour un candidat unique, Retailleau, Darmanin, Philippe, Attal : le casting est connu, et personne n’y croit. Raphaël Glucksmann défile en manifestation, et quand des manifestants lui demandent si ce qui se passe à Gaza est un génocide, il ne répond pas clairement. Sa gauche rassure les vieux, c’est son programme. David Lisnard brandit 113 000 adhérents certifiés par huissier, mais ces adhésions sont payantes, 20 euros pièce. Un parti, c’est des élus et un programme, pas des dons sur Internet. Derrière le bruit, le vrai plan avance. Christine Lagarde dit avoir parlé à Dominique de Villepin et envisage une candidature : une technocrate pour une union nationale contre le RN et LFI, c’est le parti unique qui cherche son visage. C’est écrit, on n’échappera pas à Christine Lagarde.
L’argent existe, la souveraineté manqueLa dette publique atteint 120 % du PIB, mais les patrimoines privés ont doublé et les 500 plus grandes fortunes ont été multipliées par cinq. Thomas Piketty a raison sur la répartition : l’argent n’a pas disparu, il a changé de poche. On n’a jamais été aussi riche, pas nous, hein, mais les riches, oui. C’est ce qui rend risible l’ancien ministre de l’Économie Éric Lombard, qui comprend les manifestants mais juge qu’un SMIC plus haut nuirait à l’emploi. Quand le carnet de commandes se remplit, on embauche, et l’économie, c’est l’économie. Reste à savoir si un programme peut s’appliquer. LFI met à jour « L’Avenir en commun » : 1 069 mesures, le SMIC à 1 700 euros, un grand meeting au Bourget. Jacques Attali prédit qu’aucun président élu en 2027 ne pourra tenir son programme, faute d’argent et de feu vert juridique. Il a raison, tant qu’on ne touche pas aux traités. La « désobéissance » devenue « droit d’objection », c’est du souverainisme light. Il faut démanteler la Commission européenne, sortir de l’OTAN, rouvrir le débat que le jeu médiatique a verrouillé. LFI est la seule à le dire dans le périmètre autorisé, et ce silence des autres en dit long.
Entre des primaires sans souffle et un pouvoir qui matraque, il n’y aura bientôt plus que deux places : actionnaire ou révolutionnaire.
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