La réplique au « Monde » de Jean-Luc Mélenchon et Imane El Hamzaoui
Qu’est ce que la Nouvelle France ? Comment ce concept dessine une nouvelle manière d’être humain ? Quelles sont les mutations de la société qui appellent l’instauration d’un nouveau cadre institutionnel, celui de la 6ème République ? Jean-Luc Mélenchon, leader insoumis et co-président de l’Institut La Boétie, et Imane El Hamzaoui, membre de la coordination […]

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Qu’est ce que la Nouvelle France ? Comment ce concept dessine une nouvelle manière d’être humain ? Quelles sont les mutations de la société qui appellent l’instauration d’un nouveau cadre institutionnel, celui de la 6ème République ? Jean-Luc Mélenchon, leader insoumis et co-président de l’Institut La Boétie, et Imane El Hamzaoui, membre de la coordination des espaces de LFI, livrent dans nos colonnes leur analyse de la Nouvelle France. Ils répliquent à un article du journal « Le Monde » en date du 27 décembre.
« Notre concept procède d’une analyse globale des réalités de son époque. »
Le 27 décembre dernier , le journal « Le Monde » publiait un article sur le concept Insoumis de « Nouvelle France ». Celui-ci se bornerait à décrire le « métissage » de notre société pour le hisser au rang d’ “identité nationale”. Les auteures se sont donc contenté de penser dans les registres médiatiques habituels qui bourdonnent aux côtés des narratifs ethnicistes d’extrême droite. Non ! La « Nouvelle France » n’est pas le symétrique de cette obsession identitaire !
Notre concept procède d’une analyse globale des réalités de son époque. Il veut identifier les mutations de la condition humaine et cerner l’inédit dans les pratiques sociales car elles dictent à leur tour de nouvelles pratiques politiques. Examiner ces changements fait constater combien notre peuple a muté au cours des sept décennies du cycle institutionnel de la Vème république. Car il y a dans notre façon de voir une unité du temps de référence. 1958 est le début de la Vème République.
Ce régime a été voulu pour fortifier le pouvoir politique central face à la dislocation de la société française sous la IVème République. Décolonisation, mutation industrielle et agricole, exode rural, guerre froide : les crises s’empilaient dans un cadre institutionnel incapable de les régler. Nous vivons dorénavant un empilement disloquant très comparable en intensité. Mais nos mutations ont surtout dessiné en très peu de temps une nouvelle condition humaine dont l’effet n’est encore pas abouti. En 1958, les femmes n’avaient accès ni à la contraception ni à l’avortement.
L’ouverture d’un compte bancaire comme l’exercice d’une profession restaient soumis à l’approbation du mari, le divorce par consentement mutuel n’existait pas. La structure familiale a elle aussi connu des bouleversements fondamentaux. Si une famille sur 10 était monoparentale en 1970, c’est le cas du quart d’entre elles aujourd’hui. En 2018, 4 millions d’enfants étaient élevés par un parent seul. Ni le mariage pour tous ni la PMA n’existaient. La liberté de genre ou le suicide assisté n’étaient pas envisagés. Un quart des couples n’avaient pas besoin d’aide médicale pour procréer, la dénatalité n’avait pas commencé à disloquer la démographie du pays.
L’empoisonnement général des cours d’eau et des populations aux polluants éternels et aux plastiques n’étaient pas imaginables. Personne ne demandait le référendum d’initiative citoyenne ni le révocatoire. L’autonomie de la Corse ni l’indépendance de la Kanaky n’étaient à l’ordre du jour. La connexion par smartphone de 90% de la population non plus. Ces faits et combien d’autres transforment nos modes de vie, jusque dans l’intime et forment un tout.
« « La Nouvelle France » est une nouvelle manière d’être humain. »
« La Nouvelle France » est une nouvelle manière d’être humain. La République doit l’accepter et l’assumer par un renouveau profond de ses institutions. Si notre travail écrit “un récit national” comme l’affirment les auteures de cet article, ce ne peut être pour contrebalancer celui du passé fantasmé d’un pays « de souche » qui a disparu. Pour notre part, nous vivons au présent et dans ses réalités concrètes. Notre parti pris est celui de la confiance et de l’optimisme dans l’innovation portées par le renouvellement des générations.
Par paresse et pour se concentrer sur ce qui paraît essentiel à sa clientèle, en raison du parti pris grossièrement hostile de la ligne éditoriale, l’article du « Monde » passe à côté du contenu de notre interpellation avec ce nouveau concept politique. Dommage pour la qualité du débat public. Pourquoi refuser de le porter sur ce que les protagonistes pensent et disent réellement plutôt que sur les préjugés clientélaires de ceux qui les commentent ?
Car pour les auteures de l’article, encore une fois, tout est réduit à un seul fait : les immigrations . Et elles font comme si celles-ci n’avaient pas un effet refondateur. Un tiers de la population a au moins un grand parent étranger au lieu d’un sur dix en 1958. Quelles conséquences ? Quelle créolisation cela a-t-il produit ? Pourquoi cela ne les intéresse-t-elles pas ?
Telle est la manière mondaine de valider le discours réducteur du RN et de Reconquête. Elle est débitée avec cette compassion nostalgique pour une France « rurale » fantasmée, sans misère paysanne ni relégation des pauvres. Ainsi est passé sous silence l’un des changements les plus saillants de ces dernières décennies : l’ampleur des migrations internes. Dans la France actuelle, plus d’une personne sur deux habite en dehors de son département de naissance et un étudiant sur trois ne retournera jamais là où il a grandi.
La France tout entière est entrée dans la civilisation urbaine avec plus de 80 % de sa population devenue citadine quand elle n’était que de 56 % en 1954. La focalisation des deux rubricardes de l’équipe d’Olivier Pérou ennemi fanatique de LFI qu’il considère comme une secte, est cousue de fil blanc. Elle finit sur “la montée de la religiosité”, affirmée par un sondage ridicule à laquelle est consacrée la dernière partie de l’article. Leur intention est alors trahie. L’ethnicisme de ce point de vue se lit en gros caractères.
Car pour crier au grand remplacement soit disant voulu par la « Nouvelle France » du fait de la nouvelle proportion de grand-parent étranger, elles masquent un autre paramètre étroitement lié : la moitié des descendants d’immigrés n’ont qu’un seul parent immigré, preuve s’il en fallait du brassage spontané dans notre société. Ces faits nous intéressent.
La croisade des rubricards du « Monde » contre LFI est faite ici dans une forme faussement détachée. Mais elle n’est rien de plus qu’un terreau pour le racisme traditionnel. Là sont figées de nouveau des catégories sociologiques dans des invariants où les comportements sont essentialisés. Et tout cela pour revenir au mythe d’une identité nationale ethnique dont les exclus sont désignés d’avance par « la montée de leur religiosité ».
La Nouvelle France est un outil conceptuel. Le Mouvement Insoumis s’en dote pour éclairer son action politique. Résumons : notre société a connu des bouleversements fondateurs depuis 1958, que ce soit dans sa composition, ses lieux de vie, son rapport au travail ou encore sa manière de se définir soi même. Ces changements appellent une traduction politique. Au bout du compte pour nous, la Nouvelle France s’accomplira dans l’instauration d’un nouveau cadre institutionnel : la 6e République.
Jean-Luc Mélenchon et Imane El Hamzaoui
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