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lundi 5 janvier 2026

L'INSOUMISSION : - La guerre impérialiste de Trump unanimement condamnée par la presse internationale - le 5.01.2026

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La guerre impérialiste de Trump unanimement condamnée par la presse internationale

Au lendemain de l’agression du Venezuela par les États-Unis de Donald Trump et du kidnapping de Nicolas Maduro, la presse internationale est unanime dans sa condamnation du pouvoir étatsunien. Du New York Times à Die Zeit, en passant par El País ou Al Jazeera, les éditoriaux des médias du monde entier convergent vers les mêmes […]

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Au lendemain de l’agression du Venezuela par les États-Unis de Donald Trump et du kidnapping de Nicolas Maduro, la presse internationale est unanime dans sa condamnation du pouvoir étatsunien. Du New York Times à Die Zeit, en passant par El País ou Al Jazeera, les éditoriaux des médias du monde entier convergent vers les mêmes arguments : l’illégalité de l’opération militaire américaine par le gouvernement de Donald Trump ainsi que les incertitudes quant à l’avenir de l’Amérique latine. Plus largement, la violation de la souveraineté du peuple vénézuélien est unanimement condamnée, car elle remet en cause l’ordre international fondé sur des règles de droit, non sur la loi du plus fort. Notre article.

Une condamnation de la presse américaine qui élude pourtant le caractère consubstantiel de la guerre avec le régime étasunien

Les premiers à condamner l’attaque des États-Unis sont sans nul doute les très libéraux journalistes américains. Ainsi, le New York Times (The New York Times, 3 janvier 2026) dénonce l’agression de la souveraineté vénézuélienne, qui avait déjà débuté lors de frappes contre des embarcations soupçonnées de participer au narcotrafic et au narcoterrorisme par le gouvernement étatsunien, sans qu’aucune preuve n’ait été donnée à ce jour. Le quotidien new-yorkais affirme que l’attaque du 3 janvier 2026 est « illégale et irréfléchie ». Plus encore, le journal affirme que « le Venezuela semble être devenu le premier pays victime de cet impérialisme des temps modernes, et cela représente une conception dangereuse et illégale de la place des États-Unis dans le monde ».

Une agression illégale, car elle ne respecte aucunement le droit international d’une part, mais aussi parce qu’elle n’a aucun fondement juridique en droit interne aux États-Unis. En effet, Marco Rubio, secrétaire d’État des États-Unis, avait affirmé que le Parlement n’avait pas à être informé des attaques militaires contre le Venezuela en raison de la sensibilité de ces informations.

Mais le Parlement américain doit tout de même être informé de la suite des événements, et l’administration Trump n’est visiblement pas prompt à le faire, poussant ainsi le Washington Post à réagir : « L’administration Trump doit justifier son intervention au Venezuela sans recourir à des catégories permettant à Vladimir Poutine et Xi Jinping de donner une apparence de légalité à la chute par la force de régimes voisins qui leur déplaisent. » (The Washington Post, 3 janvier 2026).

Le Post oublie de préciser que les États-Unis, pays existant depuis désormais 250 ans, ont été en guerre durant plus de 230 ans. La guerre à l’extérieur des États-Unis est intrinsèque au bon fonctionnement du régime, qui se distingue d’abord par sa puissance militaire. La guerre est consubstantielle au régime soi-disant « démocratique » aux États-Unis. Celle-ci n’est pourtant que très rarement demandée au Congrès américain, et les règles de procédure de la démocratie américaine sont très souvent violées au profit d’interventions armées sans consultation des institutions démocratiques.

Enfin, le Miami Herald rappelle qu’un « Venezuela sans Maduro n’est pas une garantie de démocratie », semblant faire référence à la chute de Saddam Hussein après la guerre des États-Unis en Irak en 2006, qui a grandement déstabilisé le Moyen-Orient au profit d’une mainmise étatsunienne sur les ressources pétrolifères. Ou bien la guerre d’Afghanistan, qui a vu s’ériger le pouvoir taliban sur des ruines du pays, après le retrait des troupes américaines en 2021.

Plus que jamais, l’impérialisme des U.S.A. ne se fait jamais pour la démocratie. Au contraire, celle-ci n’est que l’un des prétextes (avec l’ordre économique, la prétendue liberté ou encore la lutte contre le narcotrafic) d’une intervention pour les uniques intérêts d’un régime qui se fonde sur l’extractivisme et l’impérialisme, dernier stade suprême du capitalisme, s’il d’aventure il fallait le rappeler.

Pour aller plus loin : Trump/Venezuela : en France et partout dans le monde, des rassemblements massifs contre l’agression américaine et le retour de la doctrine Monroe

L’énième prétexte de la « lutte contre le narcotrafic » au service d’un impérialisme étatsunien décomplexé

El País rappelle que cette guerre « contre les drogues » menée aux États-Unis est l’illustration du « double standard » de Trump contre l’Amérique latine (El País, 4 janvier 2026). En effet, Pablo Ferri souligne que le kidnapping de Nicolas Maduro contraste avec la grâce, en décembre 2025, de Donald Trump à l’égard de l’ex-président du Honduras, Juan Orlando Hernández, pourtant condamné à une peine de 45 ans de prison aux États-Unis pour trafic de drogue. Comprenons bien : la lutte contre le narcotrafic – également utilisée en France par le gouvernement Macron – n’est que le prétexte éphémère choisi par l’administration Trump pour faire main basse sur les ressources énergétiques vénézuéliennes.

Plus encore, il s’agit, par cette attaque, de susciter la peur au sein des peuples latino-américains alors que de nouvelles élections au sein de pays clés auront lieu en 2026 en Amérique latine : Costa Rica (février et avril), Pérou (avril), Colombie (mars et mai) et Brésil (octobre).

Le quotidien britannique The Guardian fait quant à lui le constat d’un « coup d’État illégal » au Venezuela, auquel vient la question légitime : « mais où prochainement ? » (The Guardian, 3 janvier 2026). Gustavo Petro, président colombien de gauche – qui a par ailleurs renforcé la protection de la frontière entre le Venezuela et la Colombie depuis l’attaque –, déclarait lors d’une conférence de presse le 11 décembre dernier : « Je suis le président de la Celac et je veux dire qu’à ce stade cela sert à trois choses : à rien, à rien et à rien ! ». La Communauté d’États latino-américains et caraïbes n’est, pour dire plus, qu’une coquille vide.

L’Amérique latine est, au fil des élections, gangrenée par des dirigeants en phase avec la politique impérialiste de la Maison-Blanche, qui affirmait dans sa stratégie nationale de sécurité du 5 décembre 2025 (“National Security Strategy of the United States of America”, 5 décembre 2025) que le sous-continent redevenait l’arrière-cour des États-Unis. Une simple actualisation de la doctrine Monroe, comme le soulignait très justement Christophe Ventura dans Le Monde diplomatique de décembre dernier (Christophe Ventura, « M. Trump, pirate des Caraïbes », Le Monde diplomatique, décembre 2025).

Où prochainement ? La Colombie de Gustavo Petro a de fortes raisons de s’inquiéter. À moins de devenir l’énième vassal du géant nord-américain et ainsi de rejoindre les douze pays déjà aux mains de dirigeants d’extrême droite ou de droite radicale complaisants avec le trumpisme, le pays est très explicitement dans la visée des forces américaines, qui usent de tous les prétextes : objectif de lutte contre le narcotrafic ou libération du pays du « gauchisme », voire d’un prétendu « marxisme ».

La destruction bien entamée de l’ordre international frappera bientôt ailleurs, y compris en Europe occidentale

« Nous avons été témoins du pouvoir kidnappant le droit », affirme Ziyad Motala dans Al Jazeera (Al Jazeera, 4 janvier 2026). Le professeur de droit à l’université Howard de Washington donne son argument : « Si telles étaient les règles [les interventions militaires pratiquées ainsi], le monde serait dans un état permanent de chaos », permettant d’appuyer encore l’indulgence des États-Unis face à des gouvernements voyous comme celui de Benjamin Netanyahu.

Pour autant, « le kidnapping d’un président en fonction marque une nouvelle étape ». Ces exactions étaient ainsi « précisément la conduite que l’ordre légal international post-1945 désignait comme illégal ». Une nouvelle ère se dégage.

Celle de la force contre le droit. Celle de l’impérialisme contre la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes. Sans une politique foncièrement anti-impérialiste et surtout anti-atlantiste – l’atlantisme désignant une position foncièrement amicale envers les États-Unis, à l’égard de la position italienne aujourd’hui –, les forces européennes sont condamnées à être « anéanties », comme le conclut Die Zeit. Le quotidien allemand affirme ainsi qu’« il ne suffit pas d’invoquer simplement le droit international » (Die Zeit, 4 janvier 2026).

À cet égard, la position d’Emmanuel Macron est exemplaire de complaisance avec le régime étatsunien. « Débarrassé de la dictature de Nicolas Maduro, [le peuple vénézuélien] ne peut que s’en réjouir », avant de conclure – et l’on pourrait presque croire à de l’ironie ! – « le droit international doit désormais être respecté ». Le gouvernement français, par vassalisation avec les États-Unis, enterre une fois de plus la doctrine de non-alignement qui avait donné à la France, jusqu’en 2003, une place originale et défendable dans le concert des nations.

D’abord atlantiste, l’Union européenne continue de jouer avec des règles qui n’existent guère plus. Sans un sursaut anti-impérialiste parce qu’anticapitaliste, sa forme démocratique plongera dans le néant.

Par Alain Bloyé


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