Isère : les gilets jaunes turripinois prennent leur destin en main
« Nos actions pacifistes nous aident à tenir dans le temps. Nous voulons nous démarquer des casseurs, en organisant des actions constructives », déclarent les porte-parole des gilets jaunes turripinois. Photo Le DL/Aurélie SOLEGER
Le 16 mars dernier, 170 gilets jaunes manifestaient dans les rues de La Tour-du-Pin, pour l’acte 18 de la mobilisation. Depuis, le mouvement cherche un second souffle. Et les idées ne manquent pas. Six points pour comprendre la manière dont le mouvement cherche à clarifier son action et son fonctionnement.
Clarifier le fonctionnement du groupe des gilets jaunes
Bientôt l’organisation en association pour les gilets jaunes turripinois, à l’instar de leurs homologues de Morestel ? Pas forcément. « Nous n’avons pas encore trouvé l’outil qui optimiserait la gestion du groupe et de ses actions. Mais on se renseigne auprès de juristes, on va voir comment fonctionnent d’autres groupes de gilets jaunes, plus structurés. Nous ne voulons pas désigner un chef. Monter une association nous obligerait à élire un président. Or, notre envie se porterait plutôt vers de une gestion collégiale », nous répond-on du côté du “groupe com”.
« Les gilets jaunes turripinois existent dans leur diversité. Avec des personnalités différentes, des caractères différents, des points de vue différents. »
Une émanation qui regroupe une poignée de gilets jaunes, pour faire office de porte-parole, sans qu’aucun ne souhaite se mettre en avant individuellement. L’anonymat restera donc la règle. De la même manière, des administrateurs de la page Facebook “Les gilets jaunes des Vallons de la Tour” ont été désignés, tout comme des gestionnaires des cagnottes du mouvement, ainsi qu’un “modérateur de débat”.
Passer les actions et décisions au crible du vote
C’est aussi l’une des nouveautés : pour la première fois depuis le 17 novembre, les gilets jaunes turripinois ont voté, à mains levées, pour valider les principales décisions et actions, lors d’une assemblée générale à Doissin, le 21 mars dernier. « Ça va nous permettre de nous coordonner, de manière claire, transparente et majoritaire, sinon unanime. »
« Consolider l’union »
Voilà l’une des perspectives annoncées par ce fameux “groupe com”. Dont les membres ajoutent, sans nier les éventuelles tensions qui émaillent çà et là le mouvement : « Les gilets jaunes turripinois existent dans leur diversité. Avec des personnalités différentes, des caractères différents, des points de vue différents. »
« Les gilets jaunes turripinois sont sans étiquette. Ou, plutôt, toutes étiquettes confondues. »
Demeurer apartisan
« Les gilets jaunes turripinois sont sans étiquette. Ou, plutôt, toutes étiquettes confondues. Plusieurs tendances existent, s’expriment parfois, qu’elles soient politiques ou syndicales. Mais nous souhaitons que le collectif reste apartisan. En revanche, chaque personne peut apporter une ressource, un savoir, une connaissance dont il ne faut pas se priver. »
Ne gêner ni les commerçants, ni les élus locaux
Les gilets jaunes turripinois le certifient : ils souhaitent prendre contact avec les maires des Vals du Dauphiné, afin de cerner les problématiques que d’éventuelles présences sur leurs communes (manifestation, tractage…) pourraient engendrer (gestion des risques quant à l’occupation de l’espace public). « Notre objectif est de nous faire entendre, sans gêner les commerçants ou les élus locaux. Au contraire ! Pour remercier la municipalité de Doissin, qui nous met à disposition gracieusement une salle pour nos assemblées générales, nous sommes allés dîner au restaurant du village. Histoire de faire tourner le commerce local ! »
Organiser des actions constructives
Les gilets jaunes turripinois veulent casser les casseurs ! Au moins en matière d’image… « Nous allons encourager la participation des gilets jaunes aux collectes de sang. Et puis nous souhaitons organiser des conférences avec des personnes-ressources, pour faciliter les débats autour de la citoyenneté. »
On apprend que des discussions sont d’ailleurs en cours avec un philosophe… Mais le thème de son intervention reste secret.
En Nord-Isère, La Tour-du-Pin reste un bastion important du mouvement des gilets jaunes. Photo Le DL/A.S.
QU’EST-CE QUI LES FAIT TENIR ?
En Nord-Isère, La Tour-du-Pin reste un bastion important du mouvement des gilets jaunes. Car si le nombre de manifestants a tendance à diminuer depuis le début de la mobilisation, il n’en reste pas moins que des participants battent toujours le pavé, quand d’autres, ailleurs sur le territoire, ont déserté rue et ronds-points pour rentrer chez eux.
« On ne lâchera rien. Nous avons passé l’hiver dehors, dans le froid. Alors oui, on est fatigué, mais nous avons été trop loin pour revenir en arrière », exprime l’une des administratrices de la page Facebook.
« Par convictions, pas par besoin »
« Pendant des années, on n’a rien dit. Par pudeur, par honte de reconnaître qu’on est dans la merde. Aujourd’hui, les langues se délient », explique l’une des membres du “groupe com”.
Avant d’ajouter : « Cette mobilisation, c’est une manière de nous revaloriser. Non, nous ne sommes pas des petits riens. À La Tour-du-Pin, beaucoup de gilets jaunes se battent par convictions. Pas par besoin. C’est aussi pour ça qu’on tient. »
Par Aurélie SOLEGER | Publié le 03/04/2019 à 19:45
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