Chère lectrice, cher lecteur,
Sur le site des opposants à la reprise de la directive de l’UE sur les armes, les photos de femmes défilent. Elles sont souvent jeunes, le bras droit immanquablement tendu, paume ouverte, pour dire «stop» et la main gauche posée sur leur fusil. Il y a Lynn la femme au foyer mère de deux enfants qui s’adonne au tir pour le loisir, Jasmin l’employée de commerce ou encore Myriam l’agente de voyages soldate au sein de l’armée suisse. Elles ont décidé de partir en guerre contre «ce diktat de l’UE qui nous désarme» soumis au peuple le 19 mai prochain. Détonnant.
Le nombre de femmes qui se sont mobilisées dans cette campagne a surpris jusqu’à Olivia de Weck, la vice-présidente de ProTell, le puissant lobby des armes helvétique. «Beaucoup sont venues de manière spontanée nous demander comment elles pouvaient nous aider», confirme l’avocate fribourgeoise. Elle-même n’est pas dupe, elle sait que son image – jeune femme active et citadine – «est plus vendeuse que celle de vieux moustachus». «Cela permet aussi de démontrer que le scrutin peut concerner tout le monde», ajoute-t-elle.
«De tout temps, l’image de la femme a servi à vendre des produits ou des idées, commente Pauline Milani, historienne à l’Université de Fribourg et féministe. Si l’association avec des armes est nouvelle, le fait que certaines s’engagent pour des causes conservatrices n’est de loin pas une première. Certaines avaient ainsi combattu à l’époque l’introduction du suffrage féminin. Dans le cas de la directive européenne, également, ces amatrices de tir, si elles défendent leur intérêt particulier, œuvrent finalement à l’encontre de l’intérêt général des femmes. En Suisse, les armes à feu jouent en effet un rôle important dans de nombreux drames conjugaux.»
– Yan Pauchard,
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