La base du PS déboussolée par la loi travail et les choix du gouvernement
LE MONDE | • Mis à jour le
Après avoir franchi difficilement le cap du débat sur la déchéance de la nationalité, le Parti socialiste se retrouve à nouveau face à un projet de loi qui divise sa base. Dans les fédérations départementales, la réforme du code du travail provoque beaucoup de remous. A tel point que certaines sections ont choisi de se mettre en retrait, que ce soit à Toulouse ou en Saône-et-Loire. Au-delà de ces cas locaux, la plupart des réunions organisées à travers le pays ont fait remonter un sentiment de ras-le-bol collectif de la part de militants déboussolés par les choix du gouvernement. « Le débat a été serein, pas violent, mais on était loin d’une approbation totale, concède ainsi Jean Brunel, patron de la fédération de l’Aude. Tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut effectivement faire quelque chose sur le terrain de l’emploi. L’immobilisme n’est pas de mise. Mais il y a beaucoup d’interrogations, voire d’oppositions, sur un certain nombre de mesures contenues dans le texte. » Licenciement économique, inversion de la hiérarchie des normes… Nombreuses sont les mesures du texte qui heurtent la base socialiste, souvent déçue de ne pas avoir été consultée. « Je regrette qu’il n’y ait pas eu un débat national sur la question », explique Etienne Lejeune, patron des socialistes de la Creuse, qui a demandé le retrait du projet de loi actuel, dans un courrier adressé à Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du PS. Dans cette fédération, les locaux socialistes ont été pris pour cible lors des manifestations. Les vitrines ont été recouvertes de tags et d’affiches, alors même que le PS local, plutôt sur la ligne des frondeurs, est opposé au texte.
« Heureusement qu’il y a eu des correctifs »
Il y avait de nombreux militants PS dans les différents défilés à travers le pays. Pour Christophe Le Foll, premier secrétaire fédéral dans le Calvados, l’ampleur des rassemblements et leur composition doivent faire réfléchir le gouvernement. « On a été frappés par la jeunesse du cortège, ce qui était pour nous une grande nouveauté. Du coup, nos discussions localement ont aussi porté sur nos engagements vis-à-vis de la jeunesse. »
Les modifications apportées par le gouvernement par rapport à la première version du texte ont tout de même permis de calmer le débat. « Heureusement qu’il y a eu les correctifs qui sont arrivés, le rejet aurait été massif sinon », assure Jean Brunel. Dans d’autres fédérations, la campagne menée contre ce projet de loi commence à agacer. « Même si les militants considèrent qu’il y a encore des améliorations à apporter, la critique est excessive et contre-productive, juge Hussein Bourgi, premier secrétaire fédéral dans l’Hérault. L’un des militants m’a dit l’autre jour qu’à force de trouver tous les défauts à ce projet de loi on allait bientôt nous expliquer qu’il est nuisible pour la faune et la flore. » Même les plus loyalistes des socialistes s’interrogent sur le timing de cette réforme dont les effets ne se feront pas sentir durant ce quinquennat. La peur d’un syndrome Jospin en avril 2002, selon M. Bourgi : « Les militants craignent qu’il se passe la même chose qu’à l’époque, quand on a fait tout le sale boulot pour assainir les comptes publics et qu’on a ensuite été sanctionné dans les urnes. »
Nicolas Chapuis
Journaliste au service Politique
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