Cet ouvrage érudit, court et dense est une réflexion sur la guerre, le désir, la violence et l'art (le titre du livre, Les œuvres de miséricorde , est celui d'un tableau du Caravage ). Il raconte surtout la réconciliation du narrateur avec l'Allemagne -et avec les Allemands- à l'occasion d'un voyage outre-Rhin.
Car le narrateur "n'a jamais pu penser aux Allemands, à l'Allemagne, à la langue allemande, sans voir se profiler à l'horizon de ces pensées la trace du conflit qui trois fois nous opposa"(les trois guerres : franco-allemande de 1870, puis mondiales de 1914-1918 et 1939-1945).
"Quand ses deux grands gars y sont passés aussi ... les yeux sont restés secs.
Le récit s'ouvre sur l'histoire d'un hameau, que la guerre de 14-18 a laissé sans homme.
"Au hameau en 1913 on comptait donc cinq garçons, une épouse et deux veuves puisqu'en 1910 les deux frères avaient cassé leur pipe, à deux mois d'intervalle, d'une mort naturelle qui leur évita de voir la suite.[...]
La mort naturelle. Les cinq gars du hameau ne sont pas morts de ça, ne sont pas morts comme ça. Ces cinq, et avec eux des milliers d'autres, on les a pris, on les a déposés sur une terre damnée où plus rien ne poussait, puis on les a ouverts à même la terre damnée et on a regardé dessus couler le sang de leurs entrailles, former ruisseau le sang de leurs artères, flaques, mares, bientôt étangs le sang de leur jeunesse.[...]
En cinq ans on s'est mis à mourir de plus en plus jeune au hameau. Le premier avait trente-six ans, le deuxième trente et un, le troisième quarante-deux - celui-ci, c'est comme s'il avait fait sa vie -, et quand ses deux grands gars y sont passés aussi, pour clore la ribambelle, vingt-deux et vingt-cinq ans, les yeux sont restés secs.
On s'est inquiété de la mère, restée seule ou presque, anéantie, désormais sans mari, sans beau-frère, sans cousin et sans fils. On ne sait pas comment, elle a vécu jusqu'en 1966, c'est-à-dire plus longtemps veuve qu'épouse, et bien plus longtemps encore sans ses enfants qu'avec, d'une tenue sans pareille, en toute circonstance."
"Que faire de tous ces morts ?" Où passe la violence ? Que devient-elle ? Autant d'interrogations scandant ce livre prenant, qui a toute sa place dans une bibliothèque idéale du centenaire de 14-18.
-> Les œuvres de miséricorde de Mathieu Riboulet, prix Décembre 2012, Verdier (14 euros)
Pourquoi l'armistice du 11 novembre 1918 n'a pas (vraiment) mis fin à la guerre
Cette date, qui marque la fin de la première guerre mondiale, est avant tout symbolique. Après novembre 1918, la guerre se prolonge, sous des formes différentes.
Défilé militaire à Paris, le 14 juillet 1919. (ANN RONAN PICTURE LIBRARY / AFP)Par Ariane Nicolas
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Quatre ans, trois mois et sept jours après l'entrée en guerre de la France et de ses alliés (Royaume-Uni, Russie) face à l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, l'armistice est signé au petit matin, dans un train à Rethondes (Oise). Le 11 novembre 1918, les armes se taisent à onze heures. L'envahisseur allemand est vaincu.
Date de commémoration symbolique de la première guerre mondiale, le 11-Novembre ne marque pas tout à fait la fin de la guerre. Le véritable traité de paix n'est signé que huit mois plus tard et d'autres conflits directement liés à la Grande Guerre éclatent, notamment en Europe de l'Est. Plus globalement, le concept même de guerre ne peut se limiter à une chronologie si précise : pour les soldats, l'expérience de guerre se prolonge des mois, voire des années après l'armistice. Eclairages.
Des combats renaissent à l'Est
Le 11 novembre 1918, les combats cessent presque instantanément sur le front ouest. A l'Est, la situation est plus chaotique. Un armistice avait déjà été signé entre l'Italie et l'Autriche-Hongrie le 4 novembre, mais l'effondrement des empires (allemand, austro-hongrois et russe) fait éclater de nouveaux combats. "Les peuples d'Europe centrale et de l'Est cherchent à gagner leur indépendance", explique à francetv info Elise Julien, maître de conférences en histoire à l'IEP de Lille.
En Pologne, jusqu'ici partagée entre l'Allemagne et la Russie, en Tchécoslovaquie, intégrée à l'empire austro-hongrois, ou en Grèce, par exemple, des guerres éclatent au tournant des années 20. "Ces conflits sont des prolongements directs de la Grande Guerre, poursuit l'historienne. Il est donc difficile d'affirmer que la première guerre mondiale s'achève clairement en 1918." Cas le plus marquant, le conflit qui oppose la Grèce et l'Empire ottoman, ne prend fin qu'en 1923 après la signature de deux traités de paix (Sèvres et Lausanne).
La démobilisation prend du temps
En France, les poilus mobilisés ne retournent pas immédiatement à la vie civile. "La démobilisation s'effectue en deux phases", résume pour francetv info Victor Demiaux, auteur d'une thèse sur "Les célébrations de la victoire dans les capitales européennes après la Grande Guerre". "Une première phase s'étire de novembre 1918 à avril 1919, et une seconde de juillet 1919 à début 1920." Au total, près de cinq millions d'hommes rentrent à la caserne au cours de ces deux années.
"Pour le gouvernement français, soucieux de démobiliser en premier, dans un esprit de justice, les hommes restés le plus longtemps au front, c'est un vrai casse-tête, complète le chercheur. Au Royaume-Uni, la démobilisation se fait de façon plus pragmatique, donc plus rapide : on rappelle d'abord les soldats dont on a le moins besoin." Les hommes abandonnent les armes, mais sont autorisés à garder leur casque. Des pensions leur sont attribuées.
Le 132e régiment d'infanterie de retour à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), le 31 mai 1919. (AFP )
La démobilisation n'est pas un vain mot. "À l’échelle des soldats démobilisables, cette période s’apparente à un véritable basculement identitaire, relèvent Bruno Cabanes et Guillaume Piketty, auteurs d'un article sur les sorties de guerre au XXe siècle, publié sur le site du Centre d'histoire de Sciences Po. "Il leur faut se dépouiller de leurs identités combattantes, faire le deuil des morts et de la compagnie des survivants et reprendre leur place dans la vie civile." La transition, qui passe aussi par une "déprise de la violence" après des années de folie meurtrière, peut prendre du temps.
Les populations sont en deuil
Après l'armistice commence un long travail pour retrouver les corps des poilus morts ou disparus. Si des comités d'accueil sont organisés pour les soldats qui rentrent au pays, en France comme en Allemagne, la période d'après-guerre est aussi celle du deuil. Des monuments aux morts sont érigés dans les communes, à la gloire des 1,3 million de poilus tombés au combat. Le défilé du 14 juillet 1919 s'ouvre avec la présence d'un millier d'invalides de guerre. La tombe du "soldat inconnu" est inaugurée le 11 novembre 1920.
Les séquelles de 14-18 se lisent sur les visages des gueules cassées et les membres meurtris des invalides, mais aussi dans la vie quotidienne des survivants. Le nombre de divorces triple entre 1915 et 1920, passant de 561 à 1 235 pour 10 000 mariages,notent Christophe Prochasson et Florin Turcanu, auteurs de La Grande Guerre. Histoire de la mémoire collective en France et en Roumanie. Le syndrome de stress post-traumatique, terme qui naît pleinement avec ce conflit, hante la vie de nombreux hommes et de leur famille.
La paix reste à établir
Au-delà des difficultés physiques et psychologiques à penser "l'après", il reste encore pour les Etats à définir les modalités de la paix. Après de longs mois de discussions, le traité de Versailles est signé le 28 juin 1919, dans la galerie des Glaces du château de Versailles. La guerre est officiellement terminée. L'Alsace et la Moselle, perdues en 1871, réintègrent la France. Le traité établit, dans l'article 231, la responsabilité morale de l'Allemagne et de ses alliés, jugés seuls responsables du conflit. D'où les réparations financières importantes : le montant à payer s'élève à 132 milliards de marks-or. Devant le refus allemand de payer, la France occupe la Ruhr à partir du 11 janvier 1923, preuve supplémentaire que la guerre tarde à s'effacer.
Signature du traité de Versailles dans la galerie des Glaces du château, le 28 juin 1919. (AFP )
Malgré la signature du traité, l'Allemagne est-elle encore considérée comme un ennemi en France ? "Le sentiment d'animosité anti-allemand reste latent dans la société française jusqu'à la moitié des années 20, estime Victor Demiaux. Après l'élection du cartel des gauches, en 1924, et les opérations diplomatiques d'Aristide Briand pour insérer l'Allemagne dans le système international, les choses s'apaisent." Une analyse partagée par Elise Julien : "On constate un certain désenchantement dans les années 1920, qui pousse la population française vers le pacifisme. Le slogan'l'Allemagne paiera' est jugé moins crédible. L'ennemi, ce n'est plus l'Allemagne, désormais, c'est la guerre."
Le traité de Versailles est vécu par les Allemands comme une condamnation excessivement rude. Le terme de "Diktat" s'impose rapidement dans l'opinion publique. Cette dernière n'a jamais vraiment pris conscience de l'ampleur de la défaite, notamment car les dégâts n'étaient pas visibles sur le territoire allemand. Le texte, qui impose aussi de démilitariser la rive gauche du Rhin, sera au cœur des revendications militaristes d'Adolf Hitler et de l'Allemagne nazie, dans les années 30.
Des "poilus" aux "crapouillots", révisez l'argot de la Grande Guerre
Les soldats ont amené avec eux dans les tranchées l'argot existant avant la guerre. Ils ont aussi inventé de nombreux termes spécifiques aux combats. Francetv info en a fait un petit lexique.
Tenter de cerner, à un siècle de distance, ce que fut l'expérience des combattants durant la Grande Guerre passe aussi par une exploration du langage de l'époque. Les millions de poilus, issus de milieux sociaux très divers, ont inventé des mots ou expressions pour nommer, avec leur expérience et leur regard, ce qu'ils vivaient au quotidien.
Certains termes argotiques que francetv info rassemble ici existaient déjà avant le déclenchement des hostilités, d'autres sont de purs produits des tranchées. De la nourriture aux habits en passant par les armes ou les supérieurs hiérarchiques, révisez l'argot des poilus.
Les commémorations du centenaire de 1914-1918 débutent cette année. Francetv info rafraîchit votre mémoire sur le déroulement de la Grande Guerre
Offensive sur le front de Notre-Dame-de-Lorette, à Ablain-Saint-Nazaire (Pas-de-Calais), le 15 avril 1915. (AFP )Par Ariane Nicolas
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Près de dix millions de morts dans le monde et un déluge de feu sans précédent. La première guerre mondiale (1914-1918) a bientôt 100 ans. La France commémore, dès le 11 novembre 2013, le centenaire de ce conflit sanglant qui a coûté la vie à près d'un million et demi de Français.
A la veille de la guerre, les grandes puissances européennes sont soudées par des alliances dans deux "camps" principaux : d'un côté, la Triple-Entente (France, Royaume-Uni, Russie) et de l'autre, la Triple-Alliance, ou Triplice (empire allemand, empire austro-hongrois et Italie). Voici, en 19 dates-clés, les principales étapes de cette guerre, la plus meurtrière de l'histoire de France.
Dans un souci de lisibilité, nous avons concentré cet article sur le front ouest-européen, où les pertes humaines et les dégâts matériels furent les plus importants.
28 juin 1914 : assassinat de l'archiduc François-Ferdinand
Le prince héritier de l'empire austro-hongrois est victime d'un attentat à Sarajevo (actuelle Bosnie-Herzégovine) perpétré par un étudiant nationaliste serbe. Après avoir lancé un bref ultimatum, l'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie le 28 juillet. Le jeu des alliances conduira à un embrasement progressif en Europe.
31 juillet 1914 : assassinat de Jean Jaurès
Le tribun socialiste, qui se démène pour empêcher l'éclatement d'une guerre, est tué par balles, à Paris, par Raoul Villain, un étudiant nationaliste. Sa mort signe le ralliement d'une partie de la gauche pacifiste à "l'Union sacrée", mouvement d'union des forces politiques de tous bords, contraintes à faire bloc devant la menace d'un conflit armé et à se préparer à la guerre. Le 1er août, la mobilisation générale est décrétée.
Des passants circulent devant le café du Croissant, à Paris, le 1er août 1914, au lendemain de l'assassinat de Jean Jaurès dans cet établissement. (AFP)
3 août 1914 : l'Allemagne déclare la guerre à la France
Deux jours après avoir déclaré la guerre à la Russie, l'Allemagne déclare la guerre à la France. Le 4 août, la Grande-Bretagne entre en guerre aux côtés de la France et de la Russie en réaction à l'invasion de la Belgique par l'armée allemande.
22 août 1914 : le jour le plus meurtrier de l'histoire de France
La France perdra un peu plus de 1,3 million de soldats au cours de la Grande "Guerre", un terme qui se développe dès 1915 au regard de l'ampleur des combats. Le 22 août, 27 000 Français sont tués, un total de pertes sans précédent dans notre histoire, selon le récent ouvrage de Jean-Michel Steg, Le Jour le plus meurtrier de l'histoire de France. Les forces franco-britanniques perdent du terrain. Le 2 septembre, le gouvernement quitte Paris pour Bordeaux : les Allemands sont à Senlis (Oise), à 45 km de la capitale.
6-11 septembre 1914 : première bataille de la Marne
La première bataille de la Marne permet à la France et au Royaume-Uni d'arrêter la progression des Allemands. C'est à cette occasion que près de 630 taxis parisiens sont réquisitionnés par le général Gallieni, afin d'accélérer le transport des troupes. Une mesure essentiellement symbolique, mais qui témoigne de l'urgence de la situation.
Des taxis parisiens attendent avant d'acheminer des troupes vers la Marne, devant les Invalides à Paris, le 5 septembre 1914. (AFP)
Le 11 septembre, le général Joffre envoie un télégramme au gouvernement : "La bataille de la Marne s'achève en une victoire incontestable." Le front se déplace finalement pour atteindre les côtes de la Manche (épisode de "la course à la mer"), en novembre. A partir de là, le conflit s'enlise dans une guerre de position s'étirant de la mer du Nord à la frontière suisse. Le gouvernement français revient à Paris le 10 décembre. Les tranchées sont durablement creusées.
22 avril 1915 : première utilisation d'un gaz toxique
Les Allemands lancent la première attaque aux gaz toxiques asphyxiants contre des soldats français et canadiens, près d'Ypres (Belgique). Le gaz prend alors le surnom d'ypérite, ultérieurement appelé "gaz moutarde" en raison de son odeur et des effets qu'il produit sur les muqueuses.
7 mai 1915 : le paquebot Lusitania est torpillé par les Allemands
Un sous-marin allemand coule le paquebot britannique Lusitania le 7 mai 1915, au large de l'Irlande. Sur les quelque 2 000 personnes à bord, 1 200 périssent, dont plus de 120 Américains. Les Etats-Unis attendront néanmoins le mois de janvier 1917 pour entrer en guerre aux côtés de la Triple-Entente.
23 mai 1915 : l'Italie déclare la guerre à l'Autriche-Hongrie
Jusque-là membre neutre de la Triple-Alliance, l'Italie fait volte-face et déclare la guerre à l'Autriche-Hongrie, le 23 mai. C'est le début de la guerre dans les Alpes, qui doit notamment permettre aux Italiens de mettre la main sur certaines terres au nord de l'Adriatique (Trentin, Istrie, Dalmatie).
21 février-18 décembre 1916 : bataille de Verdun
Le général Erich von Falkenhayn entend "saigner l'armée française". Un million d'obus pleuvent en 24 heures dans le secteur de Verdun (Meuse). Les Allemands progressent, mais des poches de résistance se constituent dans les lignes arrière françaises. Des hommes et du matériel sont acheminés en masse grâce à la "Voie sacrée" qui relie Bar-le-Duc à Verdun. Ce terme emphatique, référence à la "via sacra" romaine, est inventé par Maurice Barrès à la fin de la guerre.
Attaque au gaz toxique lors de la bataille de Verdun (Meuse), en 1916. (BERLINER VERLAG / ARCHIV / AFP)
La bataille de Verdun prend fin le 18 décembre, date à laquelle la plupart des positions perdues ont été réinvesties par l’armée française. Au total, 160 000 Français sont morts ou disparus, 143 000 chez les Allemands. Plus de 60 millions d'obus ont été tirés sur une période de dix mois dans "l'enfer de Verdun".
1er juillet-18 novembre 1916 : bataille de la Somme
Alors même que l'Est de la France est sous un déluge de feu, une offensive franco-britannique est lancée sur le front allemand de la Somme, au nord de Paris. Des dizaines de milliers de Britanniques avancent dans le no man's land. En l'espace d'une journée, l'infanterie britannique perd près de 20 000 soldats, un triste record pour cette armée.
Cette bataille est la plus importante de la guerre. Pour la première fois de l'histoire, des chars d’assaut (blindés) sont utilisés par des militaires (à partir de septembre, du côté britannique). Les combats durent jusqu’en novembre. Ils font environ 300 000 morts britanniques et français, et près de 170 000 tués dans l'armée allemande.
6 avril 1917 : les Etats-Unis entrent en guerre
Après ces revers, l'Allemagne ré-enclenche la guerre sous-marine à outrance dans l'Atlantique, début février. Les attaques visent, entre autres, les navires marchands américains. Dans son message au Congrès, début avril, le président Wilson déclare : "La récente conduite du gouvernement impérial allemand n'est, en fait, rien moins que la guerre contre le gouvernement et le peuple des États-Unis." Le Congrès américain vote l'entrée en guerre le 6 avril.
16 avril 1917 : bataille du chemin des Dames et mutineries
Reportée à plusieurs reprises, "l'offensive Nivelle" (du nom du général qui dirige les opérations) a lieu à 6 heures du matin dans le secteur du chemin des Dames (Aisne), par un temps glacial. C'est un échec sanglant. Après une relance le 5 mai, le constat du fiasco est définitif trois jours plus tard. Le 15 mai, Nivelle est remplacé par Pétain à la tête de l’armée française.
Des soldats britanniques patientent pendant la bataille du chemin des Dames, en 1917 (date non précisée). (BERLINER VERLAG / ARCHIV / AFP)
Cette défaite donne lieu aux premières mutineries dans l'armée française, dès le 17 avril. Des unités complètes, soit 30 000 à 40 000 soldats, refusent de monter en ligne. Des dizaines de poilus sont alors fusillés. Au total, environ 740 soldats français, mutins ou soupçonnés d'espionnage, sont exécutés.
7 novembre 1917 : "révolution d'Octobre" en Russie
Une révolution éclate en Russie le 24 octobre (selon l'ancien calendrier russe, 7 novembre selon le français) et les Bolchéviques prennent le pouvoir à Saint-Pétersbourg. Ils négocient un armistice avec les empires centraux début décembre. La France perd son allié oriental et l’Allemagne peut concentrer ses forces sur le front ouest.
8 janvier 1918 : les 14 points du président Wilson
Le président américain expose ses buts de guerre. Thomas Woodrow Wilson entend notamment assurer la liberté de navigation sur les mers, garantir la naissance de nouveaux Etats (Tchécoslovaquie, Pologne…) et créer une Société des nations (SDN).
3 mars 1918 : traité de Brest-Litovsk entre l'Allemagne et la Russie
Après la révolution d'Octobre, qui a donné naissance à une république bolchévique, la Russie, en pleine guerre civile, signe un traité de paix avec l'Allemagne à Brest-Litovsk (Biélorussie). Les Allemands en profitent pour concentrer leurs ultimes efforts sur le front français. A ce titre, le 23 mars marque le premier tir sur Paris de la "Grosse Bertha", mortier de 420 mm.
Juillet 1918 : seconde bataille de la Marne
En Picardie, puis en Champagne, les Allemands cherchent à rompre le front avant l’arrivée des troupes américaines et lancent plusieurs offensives. Au mois de juillet débute ainsi la seconde bataille de la Marne. Les combats qui font rage dans le Nord-Est de la France tournent à l'avantage des alliés, dirigés par Foch, et qui lancent de nombreuses contre-offensives. L'aide américaine est déterminante : l'effectif du corps expéditionnaire commandé par le général Pershing s'éleve à un million d'hommes en août 1918. Les Allemands ne cessent de perdre du terrain. Le 8 août est un "jour de deuil pour l'armée allemande", selon le chef d'état-major Erich Ludendorff.
Des cadavres de chevaux dans un champ belge, en septembre 1918. (FRANTZ ADAM / AFP)
11 novembre 1918 : signature de l'armistice
L'empereur allemand Guillaume II abdique le 9 novembre. Les généraux allemands signent l'armistice le 11 novembre, à 6 heures du matin, dans la clairière de Rethondes, en forêt de Compiègne (Oise). A 11 heures, les hostilités sont suspendues.
28 juin 1919 : signature du traité de Versailles
Le traité de paix entre la République de Weimar et les Alliés est signé le 28 juin, dans la galerie des Glaces du château de Versailles, près de Paris. Il établit les sanctions prises à l'encontre de l'Allemagne et de ses alliés de la Triple-Alliance.
Signature du traité de Versailles dans la galerie des Glaces du château, le 28 juin 1919. (AFP )
Le choix du lieu n'est pas un hasard : c'est là que l'empire allemand avait été proclamé après la défaite française de 1870. La date non plus n'est pas anodine, puisque le 28 juin commémore le jour de l'assassinat de l'archiduc François Ferdinand. Cinq ans plus tard, la guerre est officiellement terminée.
Le président de la République, François Hollande, a lancé, jeudi 7 novembre, les célébrations du centenaire de la Grande Guerre en France. Si les causes du premier conflit mondial sont multiples et certaines de nature politique (le nationalisme « revanchard », les alliances militaires, etc.), elles sont aussi économiques – la rivalité entre la France et l'Allemagne devenue une puissance industrielle, ou celle opposant cette dernière à une Angleterre en déclin.
Au début du XXe siècle, plusieurs auteurs influencés par la pensée marxiste ont forgé le « concept » d'impérialisme pour expliquer les conflits armés menés par les grands pays industriels capitalistes. C'est le cas de John Atkinson Hobson (1858-1940), de Rosa Luxemburg (1871-1919), de Rudolf Hilferding (1877-1941) et de Lénine (1870-1924).
Si leurs analyses théoriques de l'impérialisme sont différentes, voire opposées, ils ont en commun de considérer que ce sont les difficultés de l'accumulation du capital dans ces grands pays qui conduisent à des confrontations militaires. De ce point de vue, la Grande Guerre serait dans la continuité des conflits liés à l'essor historique du capitalisme.
Cette analyse n'est pas partagée par ceux pour qui, au contraire, les échanges marchands internationaux et les mouvements de capitaux rapprochent les peuples, comme ce sera le cas après la seconde guerre mondiale.
RECHERCHE DE DÉBOUCHÉS
Selon John Hobson, auteur d'Imperialism. A Study (1902), maître de conférences à l'université de Londres – il en fut exclu pour avoir critiqué le libéralisme économique de Jean-Baptiste Say – , il existerait bien un problème d'insuffisance de la demande. Et ce en raison d'une distribution inégalitaire des revenus : les ouvriers ont un pouvoir d'achat trop faible, quand les classes aisées épargnent et n'affectent donc pas tout leur revenu à la consommation.
Une sous-consommation chronique au sein du capitalisme pousserait les entreprises à exporter une partie de leur production et les pays industriels à profiter de leur supériorité militaire pour soumettre les contrées les plus faibles.
Cette recherche de débouchés avait d'ailleurs été relevée par des hommes politiques, notamment Jules Ferry. « La politique coloniale est fille de la politique industrielle. Pour les Etats riches, où les capitaux abondent et s'accumulent rapidement (…). l'exportation est un facteur essentiel de la prospérité publique (car) la consommation européenne est saturée : il faut faire surgir des autres parties du globe de nouvelles couches de consommateurs, sous peine de mettre la société moderne en faillite »,expliquait-il. «C'est pour empêcher le génie britannique d'accaparer à son profit exclusif les débouchés nouveaux qui s'ouvrent pour les produits de l'Occident, que l'Allemagne s'oppose à l'Angleterre», ajoutait-il (Le Tonkin et la mère-patrie, 1890).
Certes, ni Ferry ni Hobson n'ont prévu la Grande Guerre. Le second pensait que la raison l'emporterait, que le capitalisme pourrait poursuivre son essor grâce à la hausse des salaires et aux dépenses publiques financées par des impôts sur les plus riches, augmentant la demande globale. C'est ce que Keynes préconisera pour accroître la « demande effective » jusqu'à ce qu'elle permette le plein-emploi.
FORME QUASI GUERRIÈRE
C'est dans cette perspective que se place Rosa Luxemburg. Pour elle, le capitalisme est par nature impérialiste, car il a besoin en permanence de se procurer des « débouchés extérieurs ». Elle l'explique dans L'Accumulation du capital (1913), en s'appuyant sur une interprétation originale des schémas de la reproduction élaborés par Marx. Mais elle juge, contrairement à Marx, que les firmes capitalistes ne peuvent compter sur les revenus distribués lors du processus de production pour vendre avec profit leurs marchandises.
Pour que la demande globale excède la somme des coûts de production, il faut qu'existe une demande supplémentaire que l'on peut trouver à la « périphérie » du monde capitaliste (en vendant ces marchandises aux artisans, aux agriculteurs… des pays capitalistes, ou dans les colonies ou pays « sous- développés »).
Mais peu à peu, ces activités et ces pays seront absorbés par la sphère capitaliste, aggravant le problème des débouchés. L'impérialisme est donc nécessaire au capitalisme et prend une forme quasi guerrière.
L'approche de Rudolf Hilferding est différente. D'origine autrichienne, il milita au sein des mouvements révolutionnaires marxistes allemands, puis rejoignit le Parti social-démocrate et fut ministre des finances en 1923 et en 1928. Après l'arrivée de Hitler au pouvoir, il quitta l'Allemagne pour la France, mais fut arrêté par la police de Vichy et livré à la Gestapo. Il mourut en prison en 1941.
CONCEPT DE CAPITAL FINANCIER REPRIS PAR LÉNINE
Avant 1914, il avait analysé l'évolution du capitalisme dans Le Capital financier (1910). Selon lui, il se serait produit une concentration du capital sous l'autorité des institutions financières : « Le capital financier signifie l'unification du capital (…) industriel, commercial et bancaire, sous le contrôle de la haute finance (…). Cette association est fondée sur la suppression de la libre concurrence (…) et par de grandes unions monopolistes. »
Mais cela crée une autre forme de concurrence, entre « blocs de capitaux » qui cherchent à investir dans des pays moins avancés. Dans ce cadre, les pays au capitalisme développé doivent s'imposer, par la force s'il le faut, aux « pays retardataires ».
Ce concept de capital financier sera repris par Lénine dans L'Impérialisme, stade suprême du capitaliste (1917). Il relie la concentration du capital et les exportations de capitaux à la « loi de la baisse tendancielle du taux de profit », au coeur de la théorie marxiste.
Ce serait à cause de cette « loi », entraînant moins d'attractivité pour l'investissement dans l'industrie au sein des « vieux » pays capitalistes, que les détenteurs de capital se seraient lancés dans les placements financiers en direction de pays « neufs » en quête de fonds et assurant une rentabilité élevée.
INÉVITABLE OU NON?
Tous les grands pays faisant de même et cherchant à étendre leur influence, il s'ensuivrait des rivalités expliquant la Grande Guerre. Pour Lénine, il s'agit d'« un conflit impérialiste (…) de conquête, pour le partage du monde, pour la redistribution des colonies, des zones d'influence du capital financier ».
Mais cela signifie, contrairement à ce que pense Rosa Luxemburg, que le capitalisme a d'abord pu se développer dans un cadre national, sans être encore impérialiste, ce qu'il ne deviendra qu'à son ultime « stade monopolistique ».
Quoi qu'il en soit, Lénine comme Luxemburg pensaient que la guerre impérialiste était inévitable, contrairement à Hobson et Hilferding pour lesquels le capitalisme aurait pu poursuivre son développement pacifiquement. Mais aucun de ces auteurs n'a analysé les intérêts économiques concrets et immédiats que les divers pays auraient eus à entrer en guerre les uns contre les autres en 1914.
Pierre Bezbakh (maître de conférences à l'université Paris-Dauphine)
A lire sur le sujet
Dans le cahier " Eco & entreprise " du Monde, dans l'édition Abonnés du Monde.fr ou dans Le Monde daté mardi12 novembre:
- Dans les archives du Monde: Rosa Luxemburg, par Jean-Marc Daniel (Le Monde du 18 mars 2003, extraits).
Le ministre des Transports, Frédéric Cuvillier, a certifié ce matin qu’il n’y avait « pas d’enterrement de l’écotaxe ». Il confirmait les propos de la veille de son collègue Pascal Canfin, ministre délégué au Développement : « Je le dis en tant qu’écologiste et en tant que membre du gouvernement: l’écotaxe sera appliquée ».
Samedi, l’Élysée a démenti une information du site lemonde.fr selon laquelle « l’écotaxe sera bien mise en place mais sans doute pas avant l’été 2014 », pour « laisser le temps aux esprits de s’apaiser – et aux échéances électorales de passer ». La présidence affirme qu’aucune date n’est fixée pour appliquer cette taxe sur les poids lourds qui devait être mise en œuvre au 1er janvier 2014 et qui a été suspendue à la suite du mouvement de rejet suscité en Bretagne et dans d’autres départements.
Le préfet de région a révélé hier que 44 radars routiers ont été vandalisés en Bretagne depuis début novembre. Dans la Charente, deux bornes ont été incendiées et mises hors d’usage dans la nuit de vendredi à samedi. Dans les Bouches-du-Rhône, des routiers ont manifesté samedi sur l’autoroute A55 près d’un portique près de Martigues. Dans le Gard, deux bornes ont été endommagées dans la nuit de vendredi à samedi. Dans l’Isère, une borne été brûlée dans la nuit de vendredi à samedi sur la RN7. Près de Lyon (Rhône), une trentaine de poids lourds ont ralenti samedi la circulation sur les autoroutes A46 puis A43 par une opération escargot. Des manifestations semblables ont eu lieu samedi matin sur l’A1 entre Paris et Lille et sur l’A25 entre Dunkerque et Lille (Nord).