Cette gazette vous plaît ? Transférez-là à votre carnet d’adresses… Ils vous remercieront et nous aussi. | | Il y a ce que Washington raconte au monde, et il y a la réalité du terrain. Celle-ci voit Donald Trump totalement piégé par sa propre fuite en avant. Depuis Téhéran, Siavosh Ghazi insiste sur le double jeu permanent : « malgré toutes les déclarations, les tweets de Donald Trump, les négociations continuent » via un plan iranien en 14 points transmis par le Pakistan, auquel Washington a déjà répondu en coulisses. Il précise que Téhéran veut d’abord « écarter pour l’instant la question du nucléaire pour se concentrer sur « la fin du conflit », des « garanties de non agression » et surtout un régime où l’Iran aurait un « contrôle total du détroit d’Ormuz » et percevrait un péage pour financer des destructions estimées à 300 milliards de dollars. L’objectif iranien est clair : obtenir « une déclaration officielle de fin de guerre en 30 jours », non seulement pour l’Iran mais aussi pour le Liban, ce qui obligerait les Américains à faire pression sur Israël. En face, Ghazi décrit un président américain qui « n’a pas l’impression qu’il y ait vraiment une politique très claire », dont le ton sur les réseaux sociaux change « toutes les deux ou trois heures » entre menaces et reculades, et qui se retrouve « lui même piégé par cette guerre » et par un blocus pétrolier inefficace que l’Iran contourne. S’y ajoutent la pression de l’opinion publique américaine, très hostile à la guerre, et l’approche des élections de mi mandat, alors même que la flambée des prix de l’énergie et des intrants chimiques menace les récoltes mondiales. Meron Rapoport, lui, va plus loin sur le fond : Trump aime les forts et pourrait bien, à terme, se tourner vers un Iran perçu comme puissance montante, une évolution qu’il juge très dangereuse pour Israël. En creux, les deux journalistes nous disent la même chose : derrière la gesticulation martiale et les éléments de langage sur la liberté de navigation, c’est un pouvoir américain sans stratégie lisible, pris entre Benyamin Netanyahou qui veut prolonger la guerre à tout prix (pour des raisons intérieures) et un Iran qui se sent en position de force. La deuxième idée forte, c’est le constat très brutal, côté israélien, d’une guerre qui a échappé à ses initiateurs. Meron Rapoport le dit sans détour : Israël est désormais « hors du jeu » dans le bras de fer central, qui se joue entre Trump et les Iraniens. Le tout alors que Tel Aviv avait déclenché cette guerre, « peut être avant les États Unis », avec l’objectif avoué « de faire tomber le régime iranien ». Résultat, juge t il, « il semble maintenant que l’horizon de la chute du régime iranien » soit encore plus lointain qu’au début du conflit. Sur le front libanais, même constat d’échec : Rapoport décrit une armée israélienne empêtrée dans le sud du Liban où elle « détruit les villages d’une manière vraiment monstrueuse », mais sans parvenir à affaiblir durablement le Hezbollah, qui apparaît « plus fort qu’avant la guerre ». En somme, Meron Rapoport résume cette déroute stratégique : Israël avait provoqué « cette guerre pour changer toute la situation dans le Moyen Orient et être la puissance la plus forte », mais « le meilleur qu’Israël peut avoir est de retourner à la situation d’avant la guerre ». L’émission s’intéresse aussi aux derniers événements qui concernent le détroit d’Ormuz. Alors que Donald Trump a affirmé que des frégates américaines s’étaient aventurées dans le golfe Persique, Siavosh Ghazi explique que celles ci auraient fait demi tour après des tirs d’avertissement iraniens. En parallèle, il rappelle que les Gardiens de la révolution ont redessiné les règles du jeu : plus aucun navire ne peut traverser Ormuz sans l’autorisation de l’Iran, la zone du détroit a été étendue, et les Émirats se voient signifier qu’ils n’ont plus le droit d’exporter du pétrole sans l’aval de Téhéran. Enfin, Ghazi souligne que l’Iran a en réalité contourné le blocus voulu par Trump, en détournant ses flux par les ports pakistanais et en s’appuyant sur la Chine. Tout cela raconte la même chose : pendant que Trump présente « Project Freedom » comme une opération humanitaire pour rouvrir le détroit, ce sont les Iraniens qui posent désormais les règles sur la route par où passe une part capitale du pétrole mondial, d’où la panique actuelle sur les marchés de l’énergie et les alertes sur les pénuries de carburants et d’intrants agricoles si la crise se prolonge. |
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