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lundi 5 janvier 2026

TRUMP déclare la guerre ...Le Venezuela est en première ligne d'autres pays sont sur la liste d'attente ! Lundi 5 janvier 2026...... -


Je n’écris pas ces lignes pour changer quoi que ce soit, ni pour influencer l’opinion de quelqu’un. Je les écris seulement pour pouvoir les relire dans quelques années et ne pas regretter d’avoir gardé le silence face à l’effondrement de l’État de droit et au triomphe de la brutalité.
Le coup d’État au Venezuela est la suite logique de la doctrine Monroe et d’une longue série d’interventions en Amérique latine. De l’appui inconditionnel des États-Unis à la United Fruit Company et aux coups d’État qu’elle a financés en Amérique centrale, au pillage du pétrole vénézuélien et à l’assassinat du droit international auquel nous assistons aujourd’hui en direct, la distance est aussi courte que la longueur d’une banane Chiquita (qui est le nom actuel sous lequel subsiste la United Fruit Company). Peu importe que Maduro ait été un dictateur ou non : les États-Unis n’ont jamais agi pour défendre la démocratie dans d’autres pays ; ils ont seulement agi pour défendre leurs intérêts et leur hégémonie. C’est la loi du plus fort, que Giuliano D’Empoli décrit si bien dans L’heure des prédateurs.
Beaucoup de gens à droite et des fanatiques d’idées nouvelles sans mémoire fêteront aujourd’hui, avec une innocence et une candeur touchantes, la fin d’une dictature. Ce qu’ils ne verront pas et ne diront pas, c’est que si les États-Unis voulaient vraiment la fin des dictatures, ils n’en auraient pas installé autant de fois en Amérique latine. Si les États-Unis voulaient la démocratie, ils ne soutiendraient pas sans réserve Mohammed Ben Salman, qui depuis son fauteuil doré à Riyad ordonne la torture de sa propre famille et fait démembrer des journalistes dans ses ambassades (Jamal Khashoggi). Si les États-Unis représentaient aujourd’hui cet idéal d’État de droit que Hollywood met si bien en scène, ils n’auraient pas gracié un narcotrafiquant (Juan Orlando Hernández) condamné pour trafic de drogue sur le sol américain pour qu’il puisse être candidat à l’élection hondurienne ; ils ont échangé Juan Orlando Hernández contre Maduro. Pas au nom de la démocratie, mais au nom du contrôle de la production de pétrole. Vu de Washington, il y a des narcotrafiquants beaucoup plus acceptables que d’autres. Certains méritent d’être présidents, d’autres méritent d’être enlevés par la CIA. Tout dépend de leur alignement politique et de la disponibilité de leurs ressources naturelles.
Un parent éloigné, Gregorio Selser, historien infatigable de l’Amérique latine du XXe siècle et des nombreuses interventions de la CIA, qui avec son épouse Marta a manipulé des masses incroyables de données et d’archives papier avant que la numérisation des documents n’existe (cette archive se trouve aujourd’hui dans un pavillon de l’Université nationale du Mexique qui porte le nom Archivo Gregorio y Marta Selser), a documenté avec précision les ingérences de la CIA pour changer des gouvernements en Amérique latine. Non pas pour instaurer des démocraties, mais seulement pour instaurer des gouvernements, des démocraties dociles ou des dictatures brutales, qui n’interféraient pas avec les intérêts des États-Unis. Les interventions de l’empire n’auront jamais pour premier objectif d’installer des régimes démocratiques. Les objectifs sont les ressources naturelles, le pouvoir, l’hégémonie. La démocratie, au mieux, sera un effet secondaire.
Le droit international est mort une fois de plus cette nuit au Venezuela, et il est possible qu’il ne revienne jamais. Les États-Unis se sont transformés en une dictature de proportions planétaires et nous sommes tous endormis, contents que le prix de l’essence ait baissé, et satisfaits que le colis Amazon arrive à temps sur le paillasson de notre porte.
Ce n’est pas tant la brutalité des États-Unis qui aujourd’hui m’arrache une larme de colère : c’est notre propre indifférence, qui équivaut à une défaite concédée d’avance.
Images : Démission de Jacobo Arbenz Guzmán lors du coup d'État de 1954 au Guatemala, propulsé par la CIA pour défendre les intérêts de la United Fruit Company; attaque au Palais présidentiel de la Moneda à Santiago de Chili en 1973, avec l'appui des États-Unis, pour instaurer la dictature de Pinochet; bombardement de Panama en 1989 pour déloger Manuel Noriega; Gregorio y Marta Selser; bombardement de Venezuela; et les bananes Chiquita, qui perpétuent l'héritage de la United Fruit Company.

Le monde n’est plus une communauté de nations, mais un tableau de chasse. Des hommes sans scrupules, ivres de pouvoir, brandissent chacun un territoire conquis ou convoité comme un trophée, un fragment de carte arraché à un peuple bien réel. Le colonialisme a changé de langage, de costume. Il ne s’appelle plus empire, il s’appelle ordre mondial.
Ici, la souveraineté n’est qu’un mot vidé de sa substance. Les frontières deviennent des objets mobiles, manipulables, distribués par ceux qui possèdent les armes, l’argent et le récit. Venezuela, Ukraine, Taïwan, Palestine : des noms réduits à des territoires occupés, à des zones d’influence, à des espaces à contrôler, contenir ou neutraliser. Les peuples, eux, sont hors champ. Effacés.
C’est la loi de la jungle élevée au rang de système. Le droit international n’existe que tant qu’il sert les dominants ; il est piétiné dès qu’il les entrave. Les puissants parlent de règles, mais n’en respectent aucune. Ils parlent de paix, mais prospèrent dans la guerre. Ils parlent de justice, mais ne connaissent que l’impunité.
Le monde qu’ils nous préparent obéit à une règle unique, simple et brutale : le droit du plus fort. Celui qui bombarde, envahit ou affame n’est jamais un criminel s’il appartient au bon camp. Celui qui résiste devient une anomalie à corriger, un ennemi à désigner, une cible à éliminer. Le colonialisme contemporain ne plante plus de drapeau : il impose des sanctions, des blocus, des protectorats maquillés et des récits moralisateurs.
C’est un monde où la force fait loi, où la loi sert d’alibi, où la violence se pare de légalité, et où les territoires sont traités comme des prises de guerre. Un monde redevenu sauvage non par chaos, mais par calcul — une jungle froide et rationnelle, gouvernée par des prédateurs qui écrivent eux-mêmes les règles avant de les violer.

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