Que nous reste-t-il quand tout fout le camp, quand Trump joue aux quilles avec le monde avec pour seul mot d’ordre «Fore, bébé, fore», quand lui et tant d’autres dirigeants forcenés jouent aux chauffards appuyant toujours plus sur le champignon – sur l'autoroute A69 – pour nous mener toujours plus vite vers l’autodestruction ? Comment garder espoir, quand on se sent à ce point pris en otage par de dangereux cinglés ? Comment trouver la force de résister, de ne pas se laisser aller à la fatalité ?
La clé, peut-être, sans doute, réside dans notre capacité d’émerveillement. C’est ce que professait le grand botaniste Francis Hallé, devenu une figure de l’écologie, une sorte de «grand sage» hélas trop peu écouté, qui s’est éteint le 31 décembre à 23 heures. En prenant le temps d’observer et de considérer les ingénieux replis d’une graine, les correspondances géométriques d’un pelage ou la «beauté majestueuse» d’un modeste coquillage ramassé sur une plage de Méditerranée, disait-il, nous avons une chance de d’éprouver le «sentiment océanique», ce «déferlement inattendu de poésie et de beauté» qui submerge parfois l’être humain… Après un tel choc esthétique et émotionnel face à la Beauté du vivant (livre sublime qu’il a écrit et illustré, paru en 2024 chez Actes Sud), qui aurait encore envie de saccager la nature ? Surtout si c’est pour la bétonner afin de construire un énième entrepôt Amazon ou pour en extraire des ressources servant à produire des choses aussi vaines et grotesques que des oranges épluchées emballées dans du plastique, du gazon synthétique ou des faux brins d’herbe servant à décorer les plateaux de sushis à emporter…
Le plongeur et biologiste marin Laurent Ballesta s’emploie lui aussi à nous éblouir et à nous réveiller, avec les photos publiées dans son dernier livre, Loin du ciel (éditions Andromèdes), dont il a livré les coulisses à Julie Renson-Miquel. Plus que de proposer un simple témoignage sur la beauté du monde sous-marin, il espère susciter une «sidération inquiète» au sein du grand public. Une sidération face à la splendeur et la fragilité de ce que nous démolissons.
Comme le confie de son côté le mathématicien Cédric Villani à Thibaut Sardier, «il n’est jamais trop tard» pour prendre conscience de l’absolue et vitale nécessité de choyer notre unique et incroyable logis, la Terre. Quelqu’un pour ouvrir les yeux de Donald à l'aube de cette année (que Libé vous souhaite bonne malgré tout) et lui montrer que celle-ci n’abrite pas que du pétrole et des dollars… et qu’il pourrait trouver bien plus de satisfaction à admirer le moiré d’un scarabée ? 
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