Moments d'émotion Le festival Quais du Polar a été à la hauteur des espoirs de ses organisateurs, et peut-être même plus encore (lire l'article de Sabrina Champenois ci-dessous). Dans les allées bondées du Palais de la Bourse de Lyon, on apercevait ici ou là des grands noms du genre en train de dédicacer à tour de bras des livres qui s'arrachaient, preuve que le noir est bel et bien vivant. C'est sans doute le genre qui permet le mieux de raconter la folie et la multiplicité des crises actuelles de la planète tout en distrayant, en happant l'attention d'un lecteur ou d'une lectrice hyper sollicité·e par ailleurs. Certains débats entre auteurs et autrices ont donné lieu à d'immenses moments d'émotion. Ainsi celui auquel participaient Olivier Norek et Didier Daeninckx. Deux générations, deux styles très différents. Norek a raconté un des événements qui a suscité sa vocation d'écrivain. Policier en Seine-Saint-Denis à la fin des années 90, il reçoit un jour un homme qui lui dit être harcelé quotidiennement par un autre sous la forme de dizaines de messages d'injures et de menaces. Il convoque le harceleur qui reconnaît les faits et se calme deux mois avant de recommencer. Norek le reconvoque et fait en sorte qu'il s'arrête. Le harcelé revient alors le voir avec deux livres dédicacés qu'il lui offre pour le remercier. Il s'agissait de Didier Daeninckx. Et ces deux livres ont, entre autres, été à l'origine de la reconversion de Norek dans la littérature. Daeninckx, sidéré, a appris cette histoire en direct, il n'avait pas reconnu l'ancien flic dans l'auteur à succès qu'est devenu Norek. Autre moment bouleversant, la bouffée d'émotion qui a submergé l'écrivain écossais Peter May dans l'entretien que nous avons mené avec lui sur un bateau resté à quai pour cause de crue du Rhône. Interrogé sur la relation du héros de Tempête sur Kinlochleven (Rouergue noir) avec sa fille, un des thèmes de son dernier livre, l'auteur a commencé à raconter comment lui-même avait eu des problèmes avec sa propre fille lors de son divorce avant que sa voix ne se brise et que ses yeux se remplissent de larmes. Il faut reconnaître que ce dernier roman a quelque chose de testamentaire, et Peter May n'a pas caché qu'il n'était pas sûr de vouloir continuer à écrire. Dennis Lehane, lui, est un homme heureux depuis qu'il vit à Los Angeles et écrit des scénarios pour les plateformes, nous a-t-il confié. Au point qu'il n'a pas de projet de roman pour l'instant, à la grande inquiétude sans doute de son éditeur Oliver Gallmeister. Dominique Manotti, elle, après une année consacrée à s'occuper de sa santé, s'y est remise. Elle prépare un roman noir autour de l'omniprésence des cabinets de conseil. On s'en lèche les babines d'avance.
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