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samedi 3 septembre 2022

La lettre de Patrick Le Hyaric - samedi 3 septembre 2022

 

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La Lettre du 3 septembre 2022
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Bonjour à chacune et chacun,

Nous sommes à la veille du grand événement qu’est la Fête de l’Humanité. Dans son nouveau cadre, riche de cultures et de créativités, forte de fraternité et de la solidarité qui y règne, toutes les indications nous montrent que la jeunesse s’apprête à se l’approprier. Chacune, chacun s’y sent immédiatement chez lui, en communion avec ceux qui l’entourent, prêt à donner ses couleurs, ses joies à un espace qu’il découvre, à y partager ses aspirations comme ses inquiétudes, parfois ses angoisses face à l’avenir, mais aussi ses espoirs en un monde meilleur. J’y reviendrai.

Solidarité avec le peuple pakistanais

Nous avons toutes et tous été meurtris et choqués par l’ampleur des inondations, des déluges, des torrents d’eau et de boue qui endeuillent le Pakistan. Un Pakistanais sur sept n’a plus de maison. L’essentiel des cultures sont détruites. Il y a quelques semaines le thermomètre y dépassait les 50 degrés. La fonte des glaces et une forte mousson alors que les sols étaient de pierre ont provoqué cette catastrophe. Les risques de pénurie alimentaire, voire de famine, sont grands pour les semaines à venir. Tous les moyens pour manifester notre solidarité doivent être utilisés. Avec l’ONU, les pays doivent engager une initiative de soutien avec un Fonds international dédié. C’est ici encore une manifestation dramatique des bouleversements climatiques qui font d’autant plus mal que les populations sont démunies. Les « migrations climatiques » sont accélérées. On comptait en 2010, 38 millions de déplacés climatiques. Nous en sommes déjà cette année à 50 millions. Avec des mouvements de telle ampleur, créés par des logiques qui entraînent en chaîne une multitude de catastrophes naturelles et humaines, les gesticulations d’un Darmanin ne sont que petites agitations politiciennes d’un petit politicien à l’ego surdimensionné et aux ambitions démesurées. Dérisoire alors que ces bouleversements appellent à une transformation structurelle du monde.


Ils sont plus inquiets qu’ils ne le laissent paraitre

Évidemment, cette évolution inquiète beaucoup les tenants du système. Ils veulent à tout prix en limiter la progression. De ce point de vue, le Président français est en pointe. Il l’est tout en redoutant comme tous les zélés gestionnaires du capitalisme mondialisé, un puissant mouvement populaire mettant en cause le système lui-même. Sa sortie en début de Conseil des Ministres fin août a été abondamment commentée notamment pour le choix des mots : l’expression « fin de l’abondance » qui a été à juste titre interprétée comme une véritable insulte pour les gens de peu. Mais il peut y en avoir une double lecture. Celle d’un avertissement à son monde pour continuer leur accaparement des richesses, mais en devenant moins ostentatoire dans leur exposition. Il me plaît à comparer ici deux citations, celle de M. Macron et un extrait du livre « The Great Reset » de M. Klaus Schwab président du Forum de Davos, cette réunion annuelle au cours de laquelle le monde capitaliste se projette pour préserver son avenir. Voici la phrase de M. Macron : « je crois que ce que nous sommes en train de vivre est de l’ordre d’une grande bascule ou d’un bouleversement ». « Nous vivons la fin de ce qui pouvait apparaître comme une abondance », ajoutant « la fin des évidences » avec « la montée des régimes illibéraux et le renforcement des régimes autoritaires ». Ceci n’est pas qu’une phrase. Elle sous-tend un projet politique. Chercher à sauver le système en utilisant les actuelles angoisses et une situation objective marquées par la pandémie et ses effets, la guerre et les bouleversements climatiques. Ainsi dans son livre M. Klaus Schwab explique (p 123) : « De nombreux gouvernements commencent à agir, mais il faut faire beaucoup plus pour faire basculer le système vers une nouvelle norme favorable à la nature et faire comprendre à une majorité de personnes dans le monde entier que ce n’est pas seulement une nécessité impérieuse, mais une opportunité considérable. ». La fameuse bascule ne peut donc être que la résultante d’une bataille politique « pour une nouvelle norme » capitaliste.

Puis quelques lignes plus loin (p 195) le président du Forum de Davos expose les raisons de cette nécessité : « lorsqu’un point de bascule est atteint, l’inégalité extrême commence à éroder le contrat social et se traduit de plus en plus par des comportements antisociaux (voire criminels) souvent dirigés contre la propriété. En conséquence, il faut envisager l’évolution des modes de consommation. Comment cela pourrait-il se dérouler ? La consommation ostentatoire pourrait tomber en disgrâce …. En termes simples, dans un monde post-pandémique assailli par le chômage, les inégalités insupportables et l’angoisse au sujet de l’environnement, l’étalage ostentatoire de richesse ne sera plus acceptable ». La similitude dans l’utilisation des mots et de l’orientation choisie est frappante. Elle est révélatrice de l’inquiétude des milieux dirigeants pour l’avenir du système dont l’efficacité est de plus en plus mise en cause par la croissance des inégalités, les ruptures des chaînes logistiques, les dérèglements climatiques et les guerres économiques et militaires. M. Schwab soulève la question fondamentale : il s’agit pour lui d’éviter « des comportements antisociaux (voire criminels) dirigés contre LA PROPRIETE ».
 
La propriété à laquelle il fait allusion n’est évidemment pas celle du petit artisan, du propriétaire de son logement, ni même à la petite entreprise ou à celle des paysans. Il prévient la minorité qui extorque leur richesse en pillant le travail et la nature d’un lourd risque pour eux. Il a raison. Cela nous donne l’exacte idée du moment inédit que nous vivons et de la nature du combat à livrer. Ces citations et analyses doivent être complétées par celles de M. Macron dans son discours aux ambassadeurs jeudi dernier dans lequel il s’exclame : « Notre système est profondément remis en cause ». Dès lors que les fondés de pouvoir du grand capital mettent la barre à ce niveau, le mouvement populaire, à commencer par les forces communistes, doivent hisser leurs capacités d’interventions, d’innovation et de créativité à la hauteur d’un affrontement qui ne porte plus seulement sur les conséquences des choix du capital sur la vie humaine et animale comme sur la nature, mais met en cause la racine du mal : la domination qu’exerce la propriété privée sur le travail, toutes les activités humaines et la biodiversité.

C’est dans ce contexte que va se tenir la Fête de l’Humanité les 9, 10 et 11 septembre prochain.

Bienvenue à la Fête de l’Humanité, Fête de la fraternité, Fête de la solidarité.

La Fête de l’Humanité est ce lieu unique, magique, qui à chaque fois nous dépasse tant ces participants, dans leurs multitudes, sont inventifs pour faire vivre des jours durant une ville supplémentaire au cœur du Bassin parisien. Elle est contrainte de se déplacer à partir de cette année, car le terrain de la Courneuve-Dugny-Le Bourget est réquisitionné pour la préparation des Jeux Olympiques. Par la suite, il sera malheureusement urbanisé et la Fête s’installe donc durablement dans un nouveau lieu, verdoyant au cœur de l’Essonne, au Plessis-Pathé, près de Brétigny, sur l’ancienne base d’essai de l’avion Concorde. Pour une part, grâce à la Fête, cet espace va devenir un lieu de création culturelle incluant une grande cité du cinéma sur le terrain adjacent et, sur un autre côté, sera installée une ferme biologique expérimentale.
 
C’est évidemment avec beaucoup de peine et d’angoisse que nous avons dû nous résoudre à chercher un nouvel espace suffisamment spacieux pour y construire la Fête. Nous avons depuis plus de deux ans étudié 16 sites potentiels, y compris au cœur de Paris. Après études avec les équipes de l’Humanité, celles de la Fête avec Silvère Magnon et Thibault Weiss, j’ai dû un jour arbitrer après beaucoup d’hésitations et de craintes qui ne disparaissent pas avec le temps. La Fête, l’an passé, a été une expérimentation et une petite préfiguration de celle qui va se dérouler cette année avec une construction plus conçue pour la rencontre, pour l’accès à différents concerts et spectacles de qualité sans hiérarchie dans la dénomination et la qualité des scènes, de telle sorte que chaque espace géographique soit un lieu original avec ses spectacles, ses débats et ses rencontres.
 
Les premiers échos de celles et ceux qui sont sur le terrain expriment beaucoup de satisfaction du travail poursuivi sous la responsabilité et coordination du directeur de l’Humanité Fabien Gay. Nous devons aussi noter le formidable accueil ; la disponibilité, l’écoute, la compréhension des maires et conseils municipaux et de la communauté de communes de Cœur d’Essonne avec qui, dans le respect mutuel, par-delà les opinions nous avons travaillé. Eux comme tous nos partenaires – et ils sont nombreux –considèrent à juste titre la Fête comme un bien commun, un patrimoine commun dont j’espère qu’il pourra être inscrit au patrimoine de l’UNESCO. À chaque ouverture de Fête –et ce sera la 49ème à laquelle je participerai- j’ai une émouvante et reconnaissante pensée pour son fondateur Marcel Cachin. C’est pour se procurer des fonds pour permettre au journal de vivre que le grand dirigeant communiste à imaginer cette Fête. C’était courageux, même téméraire alors que, comme il le disait, « le pouvoir (de l’époque) veut prendre l’Humanité à la gorge ».
 
La Fête a beaucoup évolué, pris une ampleur considérable, surtout sous la direction de Roland Leroy. Elle a été novatrice, elle a permis à des millions de personnes de découvrir de grands groupes musicaux à des prix abordables, d’apprécier des œuvres culturelles, artistiques, théâtrales, cinématographiques de grande qualité. Des millions de personnes de toutes professions, de toutes origines, des jeunes, ont ainsi pu côtoyer des militants et des dirigeants du Parti communiste français. Certains et certaines y ont donné leur adhésion. Des intellectuels, des penseurs, des créateurs de renom, des responsables syndicaux, associatifs et politiques trouvent là, chaque année, un lieu d’échanges et de débats qui leur permet, en toute liberté, d’exposer et de défendre leurs idées, devant un public attentif et réceptif de participants qui s’enrichissent de ces confrontations. Il est heureux que cette année encore, grâce au dynamisme de Fabien Gay, épaulé fortement par les équipes de la rédaction sous l’impulsion de Maud Vergnol et de Sébastien Crépel, des centaines de personnalités du monde de la recherche, de la pensée, de la création viendront discuter avec nous et le public.
 
La Fête se tient quelques mois après la construction de la nouvelle coalition des gauches et des écologistes et son organisation à l’Assemblée nationale avec un groupe de coordination entre ses composantes. Fabien Gay a tenu a eu raison de se démener pour que se retrouvent à la Fête de l’Humanité toutes ses composantes. Toutes ont répondu favorablement à son invitation et se retrouveront donc sur la Fête mêlées à ceux du Parti communiste français, les dirigeants et parlementaires des Insoumis, des Verts et du Parti socialiste. Chaque organisation disposera d’un stand aux côtés de ceux des organisations du Parti communiste et de celui de son Conseil national. Il est heureux qu’à la Fête se retrouvent, Fabien Roussel, Julien Bayou, Jean-Luc Mélenchon, Olivier Faure. Aucun d’entre eux par contre ne participera au Conseil dit de la Refondation, cette fabrique d’illusions, de M. Macron ! Mais on pourra aussi croiser Emmanuel Maurel, Marie-Noëlle Lienemann, Olivier Besancenot ou Nathalie Arthaud. Ensemble, avec les participants, ils profiteront sans doute de l’occasion pour échanger sur ce qu’il convient d’entreprendre pour répondre aux urgences de cette rentrée sociale et scolaire et elles sont nombreuses.
 
Pour la première fois depuis longtemps, la Fête de l’Humanité aura permis à tous ces dirigeants et à leurs partis de se retrouver. Fabien Gay, le Parti communiste et ses militants ont toutes les raisons d’en être fiers. Je crois que c’est ce qu’attend le peuple de gauche et de l’écologie des formations politiques auxquelles il accorde sa confiance, pour aujourd’hui et pour demain. Nos concitoyens sont à la recherche du meilleur rassemblement, de la meilleure union à gauche, de la plus grande efficacité dans les actions à venir, comme pour la construction d’une alternative à une politique qui fait tant de mal et de dégâts. Les communistes n’ont jamais été aussi reconnus, aussi utiles, aussi forts que quand ils ont travaillé à une union pour la transformation sociale, démocratique, écologique.
 
Aussi, je n’ai pu qu’être étonné et blessé pour moi et mon parti, chagriné, peiné pour les équipes de l’Humanité de découvrir la campagne, sur les réseaux sociaux, d’insultes, de suspicions, de haine aussi, contre le directeur de l’Humanité. On ne peut accepter de telles relations entre communistes qui ne manquent jamais par ailleurs de mettre en avant la fraternité qui les unit et qui leur est enviée. C’est un des traits de notre identité. À la remettre en cause, nous perdrions une part de notre âme. Une campagne qui a dû, pour vivre tordre les mots d’un texte annonçant tout simplement que tous les dirigeants de la gauche et écologistes viendraient à la Fête de l’Humanité. Tout ceci a étonné, interpellé et inquiété beaucoup de monde bien au-delà de nos rangs. Croit-on un instant crédibiliser et renforcer le Parti communiste en étalant sur les réseaux des attaques ad hominem de ce genre ? Jusqu’à mettre en doute la qualité de militant communiste de Fabien Gay qui pourtant sacrifie une part de sa vie familiale et tous ses loisirs au combat commun ! Il fait partie des sénateurs les plus actifs et les plus proches des ouvriers et des milieux populaires.
 
Je suggère de garder raison et de réserver nos forces au combat contre l’ennemi des travailleurs : le capital financier qui ronge en ce moment même leurs vies. Quelle image donne-t-on de nous ? Ajoutons par parenthèse que pour des raisons juridiques que je ne peux exposer ici, c’est le Parti communiste qu’on met en difficulté en tentant d’assimiler la Fête ou l’ensemble du groupe l’Humanité à une de ses organisations.
 
Les insistantes proclamations selon lesquelles la Fête n’existerait pas sans les militants communistes sont totalement hors de propos. Les dirigeants de l’Humanité n’organisent pas une Fête à laquelle ils convient les communistes. Ce sont les communistes, les équipes de l’Humanité incluant ses associations de lectrices et de lecteurs, les amis de l’Humanité, sa régie publicitaire et encore bien d’autres qui permettent à la Fête d’exister, depuis la confection du plan de la Fête, le placement des bons de soutiens, la confection des numéros de l’Humanité faisant connaitre la Fête, les contacts avec une multitude de personnalités, le travail avec les services de l’État pour les transports ou la sécurité, jusqu’au montage de nombreux stands et l’organisation des événements culturels et des débats. D’autres aussi parmi les partenaires de l’Humanité sont actifs. Ils doivent être tout autant remerciés pour leur engagement. Ajoutons que réaliser la Fête coûte plusieurs millions d’euros à la seule charge de l’Humanité. C’est d’ailleurs l’un des points examinés par le tribunal de commerce et… d’autres.
 
Comme communistes, nous mettons à la disposition des travailleurs, des jeunes, des privés d’emploi, des créateurs, des syndicalistes, des associations, de plus de cent délégations internationales représentant des peuples en lutte, un événement porteur de valeurs que nous voudrions voir être celles de toute l’humanité. Nous permettons à des premiers de corvée d’assister à de grands concerts qui leur sont souvent inaccessibles. À des sans-voix de raffermir des rencontres et la solidarité, d’échanger et partager des idées et des projets. Il n’y a pas un côté et l’autre dont l’un serait redevable et l’autre créancier.
 
C’est ensemble que nous créons cet événement à la place que nous occupons. Et jusqu’à plus ample informé, les dirigeants de l’Humanité sont communistes et membres du Parti communiste, ce qui n’est d’ailleurs pas une obligation comme en témoigne la diversité des journalistes qui composent sa rédaction. Pourquoi insulter et laisser entendre qu’ils seraient au service des Insoumis ou de J-L Mélenchon. Un article sur tel ou tel n’a jamais voulu dire approbation, ni d’ailleurs désapprobation. L’Humanité informe et offre des angles de compréhension. Sinon on pourrait pousser l’absurdité jusqu’à dire que parce qu’il y a un article sur la Première ministre ou le Président ou encore les dirigeants du MEDEF, cela vaudrait soutien à leur politique. Allons donc ! D’ailleurs il est toujours curieux de lire sous la même plume que l’Humanité dit ceci ou cela puis conclure que « de toutes façons je ne la lis plus ». Continuer ainsi c’est prendre de lourds risques. C’est faire offense aux équipes de l’Humanité qui se dépensent sans compter dans des conditions difficiles que peu d’amis ou de camarades imaginent. C’est affaiblir le groupe l’Humanité en créant des doutes auprès du tribunal de commerce qui suit le plan de continuation, et auprès de multiples partenaires qui nourrissent parfois des inquiétudes à notre égard et donnent une image d’émiettement de notre famille. C’est contraire à l’esprit de la Fête.
 
Des dizaines de milliers de jeunes ont déjà décidé d’y participer. Au travail, dans les lycées, ils parlent de son programme. Donnons-leur à voir une force fraternelle, solidaire, attentive à leurs préoccupations, qu’il s’agisse de leurs études, de leurs conditions de vie, de leur travail et de leurs salaires, de leurs préoccupations et luttes, qu’il s’agisse du climat ou des engagements féministes, du désarmement et de la paix.
 
La Fête est un événement unique ; un événement global, sachant mêler culture, spectacle populaire, joie et fraternité, politique et poésie, rire et sérieux dans des centaines de débats. Nous avons su faire de la Fête un élément constitutif du patrimoine national, ouvert en grand sur le monde. Ne décevons pas. Notre ouverture est un atout. Je ne voudrais pas que dans quelques années un grand poète communiste puisse écrire, comme l’a fait Louis Aragon, de telles strophes à sans cesse méditer :

« On sourira de nous pour le meilleur de l’âme
On sourira de nous d’avoir aimé la flamme
Au point d’en devenir nous-mêmes l’aliment
Et, comme il est facile après coup de conclure
Contre la main brulée en voyant sa brûlure
On sourira de nous pour notre dévouement
Quoi je me suis trompé cent mille fois de route
Vous chantez les vertus négatives du doute
Vous vantez les chemins que la prudence suit
Eh bien, j’ai donc perdu ma vie et mes chaussures
Je suis dans le fossé je compte mes blessures
Je n’arriverai pas jusqu’au bout de la nuit. »

Aragon, Le Roman inachevé.

Bienvenue à la Fête de la fraternité, la Fête de l’Humanité.
 
 
 
 
 
Les leçons de l’été appellent l’après-capitalisme
(sur l’humanite.fr et mon blog)

Cette fin d’été sonne comme un tocsin, révélateur d’un système capitaliste à bout de souffle. Un système qui, non seulement démontre désormais son incapacité à répondre aux besoins humains et aux défis de la nature, mais devient dangereux pour le devenir de l’humanité et de la civilisation. Les dérèglements climatiques menacent, tout comme les guerres économiques et militaires si proches de nous. Dans les obligatoires et inquiétants constats égrenés sous forme de plaintes douloureuses ces dernières semaines, il manque le lien ténu entre le sort fait aux familles populaires, aux travailleurs du monde entier, les bouleversements climatiques et un système dont, la nature même, est de promouvoir l’argent-roi pour une infime minorité contre le travail et la création, les biens communs et la nature : le capitalisme. Pourtant, déjà, en particulier dans la jeunesse, pointe une conscience certes encore hésitante mais bien réelle, qu’il ne sera pas possible d’affronter victorieusement les colossaux enjeux ; climatiques, sociaux et démocratiques de notre époque sans mettre en cause le système d’organisation de la société qui, sans cesse les perpétue. Cela ne signifie en rien qu’il faille sous-estimer le poids que les idées réactionnaires de droite et d’extrême-droite ont prises partout. Si bien que se déploie un puissant débat et combat idéologique. Une lutte des classes. Les forces de la conservation – et elles sont puissantes – font feu pour sauver le système.
 
Les forces de transformation se cherchent et se déploient. Ce combat ne laisse que peu de place à l’eau tiède. Un combat entre l’ancien qui se meurt et le nouveau qui se cherche encore. Ce constat semble bien être la grande originalité du moment que nous vivons. De son issue dépend le passage ou non à un mode d’organisation supérieur de la société, dépassement du mode actuel comme le fut en son temps le capitalisme se libérant du féodalisme. Cette évolution révolutionnaire trouve son origine dans les contradictions générées par le capitalisme dans sa phase actuelle : mondialisé, financiarisé, militarisé. Des centaines de millions de citoyens du monde, commencent plus ou moins consciemment, à l’attribuer aux décennies de politiques favorisant la rapacité des marchés financiers et des oligopoles internationaux, à l’accumulation des richesses dans les mains d’une minorité de personnes. Tout cela a été rendu possible grâce à des responsables politiques, devenus fondés de pouvoir, des intérêts des puissants qui eux-mêmes se sont dotés de médias pour enseigner, populariser, vulgariser les dogmes néolibéraux faisant croire que leur politique est la seule possible.
 
Une politique qui s’apparente à une véritable guerre sociale, contre les classes les plus modestes et les classes moyennes, dévalorise le travail en l’exploitant toujours plus, dépossède les salariés de leurs droits, lamine et privatise les services publics prétendument au nom de l’efficacité, fait croire à l’inéluctabilité de la « compétitivité » dans la « concurrence libre » comme moyen de développement, met en cause la vie sur terre, dans les mers et pollue l’espace. Tout l’édifice commence à s’écrouler sous nos yeux. Les forces du capital sont sur la défensive. On a vu ces derniers jours comment le Président de la République cherche à contourner les obstacles en utilisant des sparadraps pour réparer une béante fracture. On voit comment les médias au service de sa politique, culpabilisent les citoyens pour mieux faire accepter une nouvelle phase d’austérité. Ils savent que les tréfonds de la société sont en ébullition. Pour tenir et détourner l’attention, l’extrême-droite sert d’épouvantail et de béquille au Système, au risque de la faire triompher comme cela semble malheureusement possible en Italie. Mais une autre voie est possible : progressiste, démocratique, écologique, fraternelle.
 
Des reculs conséquents peuvent leur être imposés. Pas dans un avenir idéalisé mais dans le présent, ici et maintenant. Après la contagieuse maladie destructrice qui ronge notre système de santé jusqu’à ne pouvoir soigner tout le monde, nous sommes à ce point où il n’y a plus assez d’enseignants pour éduquer nos enfants. Voilà le résultat de l’odieux « dégraissage du mammouth » voulu par un ministre de l’Éducation d’un gouvernement de gauche. Le même d’ailleurs qui contestait les travaux de chercheurs alertant sur les bouleversements climatiques. Mais sur le dos du fameux « mammouth », il ne reste que la peau et les os à tel point qu’on prétend former, à la veille de la rentrée scolaire, en quatre jours, des « enseignants contractuels » livrés à des classes de trente élèves. On ne saurait faire pire pour dégouter dès les premières semaines des centaines de volontaires et ainsi accentuer le déclassement d’une fonction enseignante dont on dit qu’elle est l’une des plus belles, mais beaucoup moins, l’une des plus difficiles aussi. N’y a-t-il pas meilleur moyen de dégouter les enseignants, en négligeant l’investissement que la Nation doit consacrer à la formation de sa jeunesse pour préserver les intérêts des actionnaires chez Total et dans les entreprises profiteuses de guerre et de catastrophe ? À elles, l’abondance de rentabilité, à l’école et l’Hôpital publics les pénuries. L’avenir du pays, ses développements scientifiques, technologiques, culturels, démocratiques, ses capacités d’innovation sont en cause. Le Président de la République l’assume ouvertement puisque devant les recteurs d’académie, il s’est exclamé : « Plus de moyens, nous l’avons déjà fait tant de fois dans l’histoire ». A quoi joue- t-il ?
 
A cyniquement afficher sa détermination à ne rien céder et à poursuivre l’affaiblissement de l’Éducation nationale alors qu’il va appeler à augmenter les crédits militaires. Or, les difficultés de recrutement dans certains secteurs de production mettent à nu les immenses besoins de formation et d’augmentation des rémunérations. Ce sont les mêmes arguments méprisants qui sont employés à l’encontre des personnels de santé, leurs qualifications et leurs rémunérations, pour préparer la déstructuration de ce service public avec les redoutables conséquences que produit la restriction de l’accès aux soins. D’autres exemples méritent d’être étudiés. Ainsi, on ne parle même plus seulement de « profits » mais de « superprofits » pour quelques groupes industriels et financiers. Ceux-ci sont issus à la fois de la surexploitation du travail, des subventions publiques, de la prédation de la nature et de la spéculation. Il nous a été servis maints discours sur « la souveraineté européenne » voici que les Etats-Unis s’y réinstallent en force et que la valeur de l’Euro passe en deçà de celle du dollar.

Si les méga-feux ont certes différentes origines, c’est au nom de l’austérité qu’a été réduit le nombre de pompiers, pressuré les autres, diminué les moyens de l’Office national des forêts et éliminé des petits élevages permettant d’entretenir les forêts et les friches. On a préféré importer du mouton des anciens pays du Commonwealth. Ajoutons, qu’avec le prix d’un seul avion rafale, on pourrait acheter sept Canadairs. Que dire également du mépris avec lequel ont été traités, il y a une vingtaine d’années les propositions des travailleurs d’Eurocopter de la Courneuve et de Marignane en lutte contre la fermeture de leurs sites industriels. Ils avaient proposé de transformer leurs usines en centres de construction d’hélicoptères anti-feux. Le gouvernement et les dirigeants de l’époque avaient préféré troquer l’emploi contre la valorisation des cours en bourse. Il ne suffit pas de pleurnicher sur la flambée des prix de l’électricité et du gaz en faisant semblant de protéger les familles populaires alors que les pouvoirs successifs, avec la Commission européenne, ont organisé la privatisation du secteur au nom de… la baisse des prix. Il y a bien urgence à sortir des directives organisant le marché unique européen de l’électricité et de faire d’EDF, la grande entreprise nationale, innovante pour les énergies de demain, propriété de ses travailleurs et de la Nation. Ce serait une désobéissance heureuse !
 
De même, il est totalement mensonger de prétendre améliorer le climat quand on favorise les transports de marchandises par camion et quand on impulse les cars « Macron » au détriment d’une grande SNCF disposant de moyens nouveaux pour développer le transport fret, ouvrir de nouvelles lignes interrégionales et diminuer le prix des billets, voire d’initier des prix très bas pour les transports régionaux, comme en Allemagne ou en Autriche.
 
Le même effort herculéen devra être fait pour la rénovation des habitations et les nouvelles constructions plus économes en énergie. Comment, sérieusement avoir le culot de se plaindre du manque de pièces pour terminer le montage des automobiles ou d’autres produis industriels quand, au nom de l’efficacité et de la baisse des coûts, le capitalisme a organisé une division internationale du travail, afin d’exploiter en Asie une main-d’œuvre sous-payée mise en concurrence avec la nôtre.
 
Les travailleurs et les citoyens paient doublement aujourd’hui l’interdépendance des économies et des systèmes productifs, la rupture des chaines logistiques alors que nos capacités de production industrielle et agricole ont sans cesse été affaiblies et des masses énormes d’emplois détruits. On pourrait ainsi multiplier les exemples montrant l’inefficacité et la perversité de choix politiques et économiques fait ces dernières décennies sous l’impulsion des institutions internationales et de l’Union européenne au service du capitalisme financier, de plus en plus militarisé.
 
Il n’y a de solutions ni au dérèglement climatique en cours, ni à la croissance des inégalités, ni aux tensions guerrières mondiales sans transformer profondément les systèmes productifs et de distribution, sans contester concrètement l’accaparement des richesses par une infime minorité, sans protéger et valoriser les biens communs avec de grands services et de grandes entreprises publics, propriété réelle de la Nation, sans une protection sociale élargie jusqu’au cœur du système productif, sans une démocratie nouvelle irriguant les entreprises et les banques. Bref, les urgences invitent les peuples à s’engager dans la construction de processus communistes. Peu importe, d’ailleurs le nom qu’ils portent s’ils surpassent un capitalisme dont on voit mieux aujourd’hui qu’il conduit la civilisation, l’humanité vers des impasses mortelles. Ses heures d’apogée sont derrière lui. Qu’une majorité d’hommes et de femmes décident, avec lucidité, détermination et créativité de s’y engager et tout sera possible, en vrai. Pas qu’en rêve.
 
Comme à d’autres périodes de l’Histoire de l’humanité, le mouvement populaire doit inscrire ses aspirations, ses combats dans une nouvelle conception de la vie en commun, dans l’invention de l’après capitalisme. Nous en discuterons amplement lors des trois belles journées qui s’annoncent avec la Fête de l’Humanité.
 
 
 
 
 
 
Faire la clarté sur le scandale de la flambée des prix alimentaires
 
Selon plusieurs études, le prix du chariot de course a augmenté d’au moins 11,77% en un an. Et ces hausses se sont amplifiées en août. Les viandes surgelées ont augmenté de 28,74%, les pâtes de 19,78%, les viandes hachées de 21,82%, le paquet de chips de 22%, le riz de 23%, un paquet de coquillettes a pris 27%.
 
Pour lire l'édito
 
 
Je vous souhaite une belle semaine et une belle Fête de l’Humanité.
 
Amicalement,
 
Patrick Le Hyaric
 
 
 
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