Translate

mercredi 7 octobre 2026

L'ECLAIREUR - L’émeute à bas bruit -Mercredi 7 octobre 2026

 

Un journalisme exigeant demande du temps, des enquêtes approfondies et du travail, invisible et non rémunéré. Si nos articles vous sont utiles, votre abonnement est un vrai soutien. En retour, vous accéderez à des contenus exclusifs et participerez directement à l’indépendance de L’ECLAIREUR.


L’émeute à bas bruit

Cet article a été originellement écrit en anglais pour nos abonnés non-francophones. Une insupportable discrimination, que nous corrigeons.

 
LIRE DANS L'APP
 
Marianne faisant la démonstration de son pourvoir de répulsion afin que le type au haut-de-forme comprenne ce qui va lui arriver s’il lui remet une main au panier

Ne croyez pas un traître mot de ce qui s’écrit et se dit dans la plupart des médias mainstream comme indépendants au sujet des émeutes en cours en France — quel que soit le pays anglophone où vous vous trouvez.

En Australie, on appelle ça “a pile of dung” (un tas de fumier, pour rester poli).

Au Royaume-Uni et aux États-Unis surtout, on s’efforce d’instrumentaliser ces émeutes — de graver dans les cervelles des messages qui servent des agenda politique précis à fins de confiscation de votes. Car bientôt auront lieu les élections intermédiaires aux USA ; bientôt, peut-être aussi, des élections générales anticipées au Royaume Uni. Ils se font dessus à l’idée de la dérouillée qui les attend — en particulier de l’autre côté de l’Atlantique.

Pour soutenir le travail de L’ECLAIREUR, abonnez-vous.

Un paysage politique qui ne rentre dans aucune case

La France n’a jamais connu le bipartisme à l’américaine. Ni le tripartisme de la perfide Albion, avec ses Tories, ses Libéraux et son Labour. Chez nous, la gauche comme la droite se déclinent en mille courants, et ce depuis toujours.

Taper sur la gauche radicale pour soutenir la droite populiste, ou l’inverse ? Vous n’avez rien compris. Vous êtes hors-sujet.

La gauche affronte la droite, le centre ET la gauche. Un candidat peut aller jusqu’à soutenir un adversaire de l’autre camp pour empêcher que son adversaire de son propre camp ne soit élu. Exemple : Mitterrand l’emporte en 1981 grâce à Jacques Chirac, homme de droite, qui a tiré le tapis sous les pieds du président sortant, Valéry Giscard d’Estaing, homme de droite, candidat à sa réélection. Chirac fut le Premier ministre de Giscard de 1974 à 1978, celui de Mitterrand de 1986 à 1988 en cohabitation, puis président en 1995.

Souvenez-vous de cette arnaque du Nouveau front populaire et l’ensemble de la gauche, Jean-Luc Mélenchon en tête, sauvant Emmanuel Macron lors des législatives de 2024. Gardez bien à l’esprit cet “arc républicain” si républicain qu’il a une fois de plus confisqué la juste représentation des français.

Un jeu politique déjà verrouillé

Les émeutes renforcent à la fois Mélenchon et Marine Le Pen, au point de reléguer tous les autres partis à l’insignifiance. Ces deux-là dominent le débat, mais Mélenchon, contrairement à Le Pen, a besoin de le maîtriser maintenant pour s’assurer d’être présent au second tour. Tous les autres s’emploient à l’en empêcher pour placer leur propre candidat.

La scène est bloquée, comme on dit dans le cinéma. Les émeutes en cours montent à quel point les Français en ont assez de Macron et des partis traditionnels.

Quant aux jeunes, réfléchissez une seconde : quel âge avaient-ils pendant le Covid ? Avez-vous la moindre idée de ce qu’on leur a fait subir, surtout dans les banlieues populaires, où des familles nombreuses ont été confinées dans des appartements minuscules ? Nous en payons aujourd’hui le prix.

Cartographie du chaos

Les émeutes se concentrent principalement dans les grandes villes et leurs banlieues : moins de 500 lycées touchés sur 3 700, et moins de 400 établissements fermés. Comme pour le mouvement Black Lives Matter aux États-Unis en 2019, il s’agit avant tout d’une manipulation politique. Rien qui ressemble à un phénomène majoritaire. Ce que nous voyons, c’est le lumpenprolétariat, instrumentalisé par deux camps : LFI et le bloc centriste.

La France insoumise a allumé la mèche en région parisienne et dans les villes qu’elle contrôle, avant de perdre la maîtrise de l’incendie.

Le renseignement intérieur savait, dès l’été, ce qui se préparait. Il a alerté le gouvernement, qui a choisi de ne rien faire. Des sources au sein du renseignement, de la police, de la gendarmerie et de la magistrature le confirment. Sur le terrain, les forces de l’ordre affirment ne pas avoir reçu les ordres nécessaires pour gérer correctement la situation. La question est : pourquoi ?

Deux stratégies cyniques

Pour le bloc centriste, l’enjeu est de s’assurer une place au second tour de la présidentielle de l’an prochain. En rejouant le scénario de 2017 et de 2022, il espère que les électeurs reculeront une fois de plus devant le Rassemblement national. Marine Le Pen devant passer sans encombre le premier tour, laisser faire ces émeutes est à peu près la seule voie qu’il ait trouvée pour diaboliser Mélenchon.

Mélenchon, lui, sait qu’il doit siphonner les voix des socialistes et des écologistes pour se hisser au second tour avec une marge confortable. La situation actuelle l’y aide, tant le reste de la gauche est hors-sol (voyez la primaire socialiste, d’un ridicule abouti). Cela ferait de lui le chef du plus grand groupe d’opposition après les prochaines législatives. Il cimenterait alors son hégémonie sur la gauche alors que, rappelons le, c’est lui qui sauvé Macron lors des législatives de 2024.

Nous assistons donc à la course de deux camps qui utilisent cyniquement des gamins. Ces deux camps deux ont compris qu’ils n’avaient guère de chances face à Marine Le Pen cette fois-ci. Ils planifient déjà son échec si elle est élue et s’emploient à se donner les moyens de le provoquer. Ils préparent 2032 et le bloc central essaie de survivre politiquement.

Le facteur religieux : un faux coupable

L’islam, et la religion en général, n’ont rien à voir avec ces émeutes. Les islamistes ne sont pas à la manœuvre. Nous ne savons pas d’où sort cette idée, mais elle est inexacte. Les islamistes, comme les dealers, n’aiment pas les émeutes, pas bonnes pour le prosélytisme et le business.

Une France qui veut tourner la page

Plus de 85 % des Français veulent voir partir Macron et le bloc centriste, ainsi que les socialistes, les écologistes et la droite « traditionnelle ». Ils sont responsables de l’état du pays, tandis que Macron continue de déverser un “pognon de dingue” sur l’Ukraine et sur d’autres causes qui ne sont pas des priorités nationales. On voit aussi renaître le vieux clivage gauche-droite, avec deux plateformes et deux programmes distincts. Émeutes nonobstant, ce n’est pas une mauvaise chose.

Selon nos sources, ces troubles n’affaiblissent ni Mélenchon ni Le Pen. Ils ne font que renforcer la détermination d’électeurs qui ont déjà choisi, et détournent l’électorat des candidats de l’establishment. Nous ne parlons pas des sondages cités par les médias, mais des sondages confidentiels que commande le gouvernement lui-même.

Éducation : les chiffres qui mentent

Sur les dépenses d’éducation, l’analyse est biaisée : le chiffre du budget exclut les bâtiments, l’amortissement, la maintenance et les salaires de tout le personnel non enseignant. Ces coûts incombent aux communes, aux départements et aux régions, que Macron a saignés à blanc depuis dix ans. Les élèves protestaient d’abord contre leurs conditions d’apprentissage, et des plus prosaïques : rats à la cantine, toilettes en panne, classes glaciales l’hiver, chaleur étouffante l’été, etc.

Comme le note Sylvain Catherine, professeur associé à Wharton :

« Les statistiques officielles françaises sur les dépenses d’éducation sont tout simplement fausses. Comme dans tous les pays, elles incluent les cotisations de retraite, sauf qu’en France le taux de cotisation est de 93 %, soit trois à quatre fois ce que l’on pourrait considérer comme un taux normal.

Ce taux absurde est un artifice comptable qui permet à l’État français de prétendre que son régime de retraite est équilibré, mais il n’a rien à voir avec les pensions que les enseignants actuellement en poste toucheront réellement.

Des rapports récents montrent qu’une fois ce biais corrigé, les dépenses françaises d’éducation ne sont pas légèrement supérieures à la moyenne de l’OCDE, comme le suggèrent les statistiques officielles. Elles se situent plutôt dans le quartile inférieur. »

Et après ?

Quel que soit le vainqueur de la présidentielle, l’appareil d’État français s’alignera, comme toujours. On voit déjà la justice cesser de jouer le jeu de Macron.

La situation est grave mais temporaire. Les six prochains mois seront rudes, rien que les Français ne puissent surmonter. Reste à voir quelle sera la gravité de la crise économique provoquée par la guerre de Trump et d’Israël, qui durablement . Mais les gens veulent de l’ordre, et celui qui le rétablira sera réélu en 2032.

Voilà l’émeute à bas bruit.

Vous êtes abonné gratuit à L'Eclaireur. Pour accéder à l’ensemble de nos contenus, merci de souscrire à la formule d’abonnement payant de votre choix.

 
Liker
Commenter
Restack
 

© 2026 L'Eclaireur - Alpes
Directrice de la publication : Patricia Cerinsek

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire