L’Organisation des Nations Unis, Notre bien commun à métamorphoser
Le murmure médiatique entourant la 81ᵉ session de l'Assemblée générale des Nations unies à New York aura été inversement proportionnel au vacarme des bombes dévastatrices qui s'abattent sur de trop nombreux endroits de la planète et à l'ampleur des fractures sociales, environnementales et démocratiques qui la déchirent.
Au lieu d'être un sanctuaire de décisions, de médiation et de compréhension, cette enceinte multilatérale s'est transformée en un théâtre de vociférations : Donald Trump y cible désormais la Cour pénale internationale et redessine les cartes géographiques et menace L’Iran de « subir l’anéantissement » ; Benyamin Nétanyahou prétend justifier la politique génocidaire de son gouvernement d'extrême droite à Gaza ; tandis que le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov — que l’on avait connu plus fin —, hausse le ton pour marteler que son pouvoir gagnera par tous les moyens la guerre livrée au peuple ukrainien.
Une fois encore, l'ONU a été malmenée, renvoyant l'image d'une institution impuissante face aux tragédies qui assaillent le monde. Ses résolutions, sitôt votées, sont réduites à des chiffons de papier sous le poids des appétits impériaux, de la violation permanente du droit international, de l'avidité des marchands de canons et de l'hégémonie des géants du numérique et de l'intelligence artificielle.
Cependant, rien n’est uniforme ni figé. L'image marquante de cette session restera sans doute le boycott, par des dizaines de délégations, du discours belliqueux et mensonger du Premier ministre israélien, en signe de protestation légitime contre l'écrasement et la tentative d'effacement du peuple palestinien.
Si le président de la République française a eu raison de rappeler le droit international, l'horizon des deux États et le respect de la souveraineté palestinienne, ses mots restent inoffensifs à défaut d'actions concrètes. Comment croire à ces déclarations quand l'accord d'association entre l'Union européenne et Israël demeure en vigueur, quand toute voix défendant le droit à l'existence des Palestiniens est taxée d'antisémitisme, ou quand l’avion du Premier ministre israélien survole notre espace aérien malgré les mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale, alors même que le président de l'Autorité palestinienne s'est vu interdire de tribune à l’ONU ? La crédibilité de la parole présidentielle s'effondre d'autant plus lorsque son ministre des Affaires étrangères s'empresse d'en assurer le service après-vente en se targuant de « l'inaltérable alliance qui lie notre pays à l'État d'Israël ».
Cette rhétorique à géométrie variable devient indigeste pour les peuples qui composent le « Sud global ». Ajoutons qu’il y a une indécence profonde à déployer des trésors d'énergie et de finances pour sanctifier les frontières de l'Ukraine, tout en armant ou en absolvant un État qui colonise, annexe et bombarde au mépris des lois internationales.
Ce cynisme du « deux poids, deux mesures » décrédibilise définitivement la voix d'une France assise au Conseil de sécurité de l’ONU mais membre du commandement intégré de l'OTAN. En agissant ainsi, l’occidentalisme capitaliste nourrit les monstres qu’il prétend combattre : le nationalisme exacerbé, les impérialismes prédateurs, les destructeurs du droit international, les traceurs de nouvelles frontières sur la mappemonde, les censeurs de mots qui combattent ainsi l’universalisme : autant de signes préfigurant le basculement dans un nouveau fascisme.
Heureusement, des rues animées aux salles de travail des humanistes, de la voix forte de démocrates aux élans de la génération Z, s’élève dans l’unité une clameur d’espérance.
Celles et ceux qui, ces derniers jours, ont croisé le fer de conversations fertiles pour l’environnement et le désarmement, marché pour la paix en l’articulant à la protection du climat, à la défense du vivant, à la justice et au progrès social, incarnent la promesse originelle de la Charte des Nations unies. Ils se dressent face aux élites capitalistes, occupées à orchestrer des guerres de proies et de marchés, et à engraisser les dividendes des industries de l'armement, du pétrole, du numérique ou de l’agrochimie, quitte à laisser s’embraser la Terre. Pour une part non négligeable, c’est aussi cette aspiration qui a été portée par d’immenses rassemblements avec le pape ces derniers jours. Sans partager toutes ses opinions, notons nos convergences pour ouvrir des chemins de paix, lutter contre la pauvreté et l’abominable chasse aux migrants dans un monde où les déplacements de populations vont s’amplifier.
Ces citoyennes et citoyens, dans leur diversité d’histoires, de situations ou de croyances, demeurent les gardiens des Objectifs de développement durable scellés par l'ONU. Face aux cartels polluants et aux seigneurs de guerre qui réduisent les hôpitaux en ruine, la terre, les océans et l’espace en ressources à exploiter et piétinent le droit international, le salut est là : dans ce sursaut populaire lié et relié à des millions de fonctionnaires, de magistrats, d'enseignants, de scientifiques, de créateurs et de sentinelles des droits humains qui dressent un barrage de conscience contre les vagues réactionnaires et profascistes.
Le jour où cet archipel de l’alternative progressiste, démocratique et écologique s’interconnectera, s’enrichira mutuellement et coopérera pour esquisser les contours d’une nouvelle mondialité commune, sa force deviendra irrésistible.
Déjà, il fait germer un projet fondé sur un pacte de sécurité humaine globale, englobant le vivant humain et non humain. Un monde affranchi du dogme selon lequel la puissance militaire garantit la paix ; un monde résolu à bâtir une architecture de non-prolifération visant la destruction totale des arsenaux nucléaires.
Un monde où les travailleuses et travailleurs, producteurs de richesses en osmose avec la nature, redeviendraient les maîtres de leur destin et de l'orientation de la production.
Un monde où l'industrie numérique et l'intelligence artificielle cesseront d'être la propriété de quelques techno-oligarques pour être placées sous le contrôle des peuples, dans l’intérêt des générations futures.
Consentir aujourd’hui à la dépossession de notre avenir condamnerait nos sociétés non seulement à élire des parlements et des gouvernements fantoches, inféodés au grand capital, mais surtout à capituler devant un pouvoir de droit divin sur nos vies, exercé par une poignée de conglomérats capitalistes mondiaux.
Ce processus de vassalisation est déjà entamé : de grandes puissances capitalistes renforcent leur emprise sur l’information, l’économie, la culture, l’agriculture et la politique, tout en imposant leurs choix technologiques. Progresser vers cette indispensable humanité commune est possible en se réappropriant l'ONU, dont la Charte s'ouvre par cet exergue : « Nous, les peuples… »
Lors de son discours d'ouverture, le secrétaire général António Guterres a proposé plusieurs réformes majeures, notamment celle du Conseil de sécurité, afin d'y intégrer l'Afrique — dont la majeure partie du territoire était sous domination coloniale lors de la fondation de l'institution. Il a également plaidé pour qu'une femme lui succède, une orientation soutenue par le Premier ministre espagnol en faveur d'une candidature issue d'Amérique latine.
Un front humain mondial peut s’appuyer sur l'ONU pour mieux la refonder à l'aune d'un monde en mutation, marqué par l’émergence et le poids des peuples du Sud. Il se donnerait la force de réformer de fond en comble le système financier international en soustrayant le FMI, la Banque mondiale et la Banque centrale européenne à la logique du capital. Reprendre le contrôle populaire sur la création monétaire est la condition sine qua non pour s'émanciper du piège de la dette, cet instrument de soumission qui nourrit des marchés financiers toujours plus voraces. Au lieu d’écraser les peuples, l'outil monétaire doit être mis au service des « communs », du développement humain, de la justice sociale et de la préservation de la biodiversité.
Loin de réduire l'aide internationale au développement, il faut l'amplifier. Mesure-t-on l’énormité des disparités actuelles ? Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les cinq plus grandes compagnies pétrolières occidentales ont engrangé 500 milliards de dollars de profits, alors que seuls 34 milliards ont été alloués au financement international de l’adaptation climatique pour les pays en développement. Le premier ministre du Népal, Balendra Shah a lancé un cri d’alarme en direction de tous les climatosceptiques en parlant du « Tsunami himalayen ». Au fur et à mesure que s’emplit la grosse cassette des géants de « l’or noir » la terre brulent ou étouffent et les familles populaires paient le prix fort pour se chauffer ou se nourrir, et doivent désormais utiliser une part de leurs maigres ressources à des compagnies d'assurance privées dont l’insatiable appétit prospère sur le malheur humain et les dérèglements environnementaux.
Au militarisme ambiant, ce nouveau monde à construire ensemble oppose un désarmement global et l'interdiction des armes nucléaires.
Aux alliances belliqueuses, il portera la création d’une architecture globale de sécurité commune ouvrant la voie à la fin de l'OTAN.
À la libre circulation des capitaux et des marchandises gravées dans les traités de prétendus « libre-échange », il substituera des projets d'échanges équitables, indexés sur les impératifs de la bifurcation écologique, du progrès social et de l'émancipation démocratique.
Plus que jamais, chaque citoyenne et citoyen du monde pourrait s’emparer de la Charte de l'ONU pour en faire une arme de droit, de justice et de paix.
L’heure est à construire une solidarité transnationale contre toutes les chaînes d’oppression et les phalanges réactionnaires et néofascistes qui convoitent notre époque. Sans relâche, portons l’humanité. 28 septembre 2026 |
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