Le 2 décembre 2025, nous publiions un premier état des lieux. Nous y écrivions que l'euro numérique entrait dans une phase décisive et que ce bouleversement pour 450 millions d'Européens se déroulait hors du débat public. Nous y évoquions une monnaie potentiellement paramétrable, programmable, des limites de détention à l'étude, une identité numérique en synergie, et un calendrier où le vote conditionnel de 2026 apparaissait déjà comme une formalité. Neuf mois plus tard, tout s'est passé comme prévu. Et même au-delà. Le 9 juillet 2026, le Parlement européen a voté par 416 voix contre 169 et 22 abstentions. Mais attention, contrairement à ce qu'on a pu lire çà et là, ce n'était pas le vote final instaurant l'euro numérique. Il s'agissait d'autoriser le Parlement à entamer les négociations avec le Conseil de l'UE (les représentants des États membres) sur le contenu définitif du règlement. Le projet, porté par le PPE fédéraliste, a obtenu sans surprise le soutien massif de la majorité (PPE, S&D, Renew et Verts) rejoints par l'essentiel de la gauche The Left, dont LFI (Manon Aubry et Rima Hassan ont notamment voté pour). L'opposition s'est concentrée à droite : Patriotes pour l'Europe (PfE) et Europe des Nations Souveraines (ESN) ont voté unanimement contre, tandis que l'ECR (Conservateurs et réformistes européens) s'est divisé avec 44 contre et 20 pour, dont Marion Maréchal, qui semble préférer l'encadrement à l'opposition frontale. Le rejet est néanmoins resté large : Allemands, Polonais, Hongrois, Italiens, Roumains, Néerlandais, Autrichiens, Espagnols, Suédois et Bulgares ont figuré parmi les 169 opposants. À noter qu'au PPE français, seul François-Xavier Bellamy s'est écarté de la ligne en s'abstenant (détail du vote ici). En France, Sarah Knafo, qui a voté contre, reste l'une des principales figures de l'opposition à l'euro numérique et l'une des seules élues à tenter de porter le sujet sur le devant de la scène. Le texte qui permettrait de lancer l'euro numérique n'est donc toujours pas adopté. Les négociations entre les trois institutions (Parlement, Conseil et Commission) viennent tout juste de commencer. L'objectif affiché est de boucler le processus d'ici la fin 2026. Aussi fou que cela puisse paraître, on rappelle que le projet est en "phase préparatoire" depuis 2023, phase qui permet absolument tout, sauf l'activation finale. Comme si on construisait une machine dans son intégralité, jusqu'au bouto… Raphaël Lepilleur |
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