LSDJ (La Sélection du Jour)

« Aide Ă mourir » : une loi transgressive grosse de conflits
Emmanuel Macron a promulguĂ© le 19 aoĂ»t la loi « relative au droit Ă l'aide Ă mourir ». Sans surprise, le Conseil constitutionnel (dont les dĂ©cisions ne sont susceptibles d'aucun recours) avait validĂ© le texte le 14 aoĂ»t. Il a toutefois Ă©mis trois « rĂ©serves d'interprĂ©tation » qui, sans nĂ©cessiter une réécriture de la loi, sont censĂ©es orienter son application (GĂšnĂ©thique,15/08/2026).
Deux de ces rĂ©serves portent sur la clause de conscience. Les « Sages » ont Ă©tendu aux pharmaciens la clause de conscience individuelle jusque-lĂ rĂ©servĂ©e aux mĂ©decins et au personnel infirmier. Reconnaissant que « la rĂ©alisation d'une prĂ©paration magistrale lĂ©tale ou sa dĂ©livrance est susceptible de heurter les convictions personnelles du pharmacien », ils jugent que « sauf Ă mĂ©connaĂźtre la libertĂ© de conscience garantie par l'article 10 de la DĂ©claration de 1789, les pharmaciens (…) ne sauraient ĂȘtre tenus de participer Ă la procĂ©dure d'aide Ă mourir ».
En outre, les membres du Conseil ont concĂ©dĂ© la clause de conscience aux Ă©tablissements privĂ©s, en la calquant sur celle qui existe pour l'avortement : « Le responsable d'un Ă©tablissement privĂ© pourra, dans certaines conditions et limites, refuser que la procĂ©dure d'aide Ă mourir se dĂ©roule dans ses locaux ». Mais ce refus n'est accordĂ© qu'aux Ă©tablissements privĂ©s, et seulement « lorsque d'autres Ă©tablissements sont en mesure de rĂ©pondre aux besoins locaux [d'euthanasie] ».
Cette disposition est grosse de conflits : comment les personnels des hĂŽpitaux, cliniques ou maisons de retraite catholiques, auxquels l'interdit de tuer s'impose absolument, pourraient-ils accepter que « l'aide Ă mourir » se pratique dans leurs murs ? Et qu'Ă©prouveraient les pensionnaires de ces Ă©tablissements en apprenant que ce protocole mortel aurait Ă©tĂ© appliquĂ© Ă l'un d'eux, en violation de la charte Ă©thique qui avait guidĂ© leur choix ?
La derniĂšre rĂ©serve d'interprĂ©tation du Conseil constitutionnel concerne les majeurs protĂ©gĂ©s (sous tutelle ou curatelle). Leur « protection » contre un suicide assistĂ© semble dĂ©risoire dans la pseudo rĂ©serve Ă©mise par le Conseil constitutionnel. Pour avoir le droit d' « aider Ă mourir » une de ces personnes fragiles, le mĂ©decin dĂ©positaire de la demande de suicide assistĂ© devra simplement « recueillir [les] observations » de la personne chargĂ©e de la mesure de protection, et « les communiquer au collĂšge pluriprofessionnel chargĂ© de vĂ©rifier que les conditions mĂ©dicales du droit Ă l'aide Ă mourir sont remplies », le mĂ©decin restant dĂ©cisionnaire.
«Aucune protection n'est accordĂ©e aux personnes porteuses de dĂ©ficience intellectuelle qui restent ciblĂ©es par cette loi », s'insurge la Fondation JĂ©rĂŽme Lejeune dans un communiquĂ© (14/08/2026). Elle rappelle avoir interpellĂ© Ă plusieurs reprises l'ONU dont le ComitĂ© des droits des personnes handicapĂ©es avait alertĂ© (sans effet) le gouvernement français sur la « violation du devoir de respecter, protĂ©ger et garantir le droit Ă la vie des personnes handicapĂ©es ».
En dĂ©finitive, malgrĂ© ses « rĂ©serves », le Conseil constitutionnel n'a censurĂ© aucun article de la loi lĂ©galisant l'euthanasie et le suicide assistĂ©. Les « sages » n'ont rien trouvĂ© Ă redire au dĂ©lai de rĂ©flexion de 24h laissĂ© au patient pour confirmer sa demande une fois celle-ci acceptĂ©e (il est de 10 jours pour un crĂ©dit immobilier), Ă la limitation des recours « Ă des personnes autres que l'auteur de la demande », au contrĂŽle a posteriori de la procĂ©dure et Ă sa prise en charge par l'assurance maladie. C'est une victoire qu'a cĂ©lĂ©brĂ©e le prĂ©sident de la RĂ©publique en saluant une dĂ©cision « qui parachĂšve un dĂ©bat dĂ©mocratique exemplaire » (communiquĂ© de l'ĂlysĂ©e, 14/08/2026)
Pour autant, les militants de l'euthanasie ne dĂ©sarment pas. Ils ciblent la clause de conscience d'Ă©tablissement partiellement rĂ©tablie par le Conseil constitutionnel dans une tribune collective publiĂ©e par Le Monde (17/08/2026), intitulĂ©e : « La libertĂ© de refus d'un Ă©tablissement privĂ© pourrait rendre illusoire l'exercice d'un droit de la personne en fin de vie ». Les signataires relĂšvent qu'« en reconnaissant le principe d'une clause de conscience collective dans sa dĂ©cision du 14 aoĂ»t, le Conseil constitutionnel a tracĂ© une limite, sans Ă©crire le mode d'emploi ». Un flou qu'ils comptent bien exploiter pour supprimer cette clause d'Ă©tablissement comme l'ont fait, soulignent-ils, la Belgique et le QuĂ©bec. Sans les nommer, ces associations pro-euthanasie veulent contraindre les institutions catholiques Ă faire entrer la mort administrĂ©e dans leurs murs, dĂ©crypte l'avocat Erwan Le Morhedec dans sa tribune pour La Croix (19/08/2026) : « C'est leur conscience Ă©clairĂ©e par la foi qui, siĂšcle aprĂšs siĂšcle, a conduit des catholiques Ă fonder dispensaires, hospices puis unitĂ©s de soins palliatifs, sans jamais imaginer que combattre la souffrance puisse supposer de supprimer le souffrant », rappelle-t-il. Pourtant, au cĆur de cet Ă©tĂ©, le Parlement français a dĂ©cidĂ© qu'il peut ĂȘtre mis fin lĂ©galement Ă une vie humaine pour des motifs compassionnels comme il l'avait fait en 1975 en lĂ©galisant l'avortement.
Emmanuel Macron a promulguĂ© le 18 aoĂ»t la loi sur « l'aide Ă mourir », aprĂšs le feu vert du Conseil constitutionnel.
Les « Sages » ont Ă©mis des « rĂ©serves d'interprĂ©tation » censĂ©es orienter l'application de la loi.
Ils ont étendu la clause de conscience des médecins et infirmiers aux pharmaciens, et reconnu aux établissements privés une clause de conscience conditionnelle calquée sur celle de l'IVG.
Cette clause de conscience est la cible des associations pro-euthanasie qui veulent contraindre les institutions catholiques à faire entrer la mort administrée dans leurs murs.
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