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lundi 31 août 2026

LSDJ (La SĂ©lection du Jour) đŸ‘‰đŸŒ « Aide Ă  mourir » : une loi transgressive grosse de conflits - le 31.08.2026

 LSDJ (La SĂ©lection du Jour)

Politique

« Aide Ă  mourir » : une loi transgressive grosse de conflits

Par Philippe Oswald. SynthĂšse n°2731, PubliĂ©e le 31/08/2026 - Photo : Pour le Conseil constituionnel, la devise rĂ©publicaine serait compatible avec la mort administrĂ©e.   CrĂ©dits : Shutterstock
Emmanuel Macron a promulguĂ© le 19 aoĂ»t la loi sur « l'aide Ă  mourir », aprĂšs le feu vert du Conseil constitutionnel. Toutefois, les « Sages » ont Ă©mis des « rĂ©serves d'interprĂ©tation » censĂ©es orienter l'application de la loi. Ils ont Ă©tendu la clause de conscience des mĂ©decins et infirmiers aux pharmaciens, et reconnu aux Ă©tablissements privĂ©s une clause de conscience calquĂ©e sur celle de l'IVG.

Emmanuel Macron a promulguĂ© le 19 aoĂ»t la loi « relative au droit Ă  l'aide Ă  mourir ». Sans surprise, le Conseil constitutionnel (dont les dĂ©cisions ne sont susceptibles d'aucun recours) avait validĂ© le texte le 14 aoĂ»t. Il a toutefois Ă©mis trois « rĂ©serves d'interprĂ©tation » qui, sans nĂ©cessiter une réécriture de la loi, sont censĂ©es orienter son application (GĂšnĂ©thique,15/08/2026).

Deux de ces rĂ©serves portent sur la clause de conscience. Les « Sages » ont Ă©tendu aux pharmaciens la clause de conscience individuelle jusque-lĂ  rĂ©servĂ©e aux mĂ©decins et au personnel infirmier. Reconnaissant que « la rĂ©alisation d'une prĂ©paration magistrale lĂ©tale ou sa dĂ©livrance est susceptible de heurter les convictions personnelles du pharmacien », ils jugent que « sauf Ă  mĂ©connaĂźtre la libertĂ© de conscience garantie par l'article 10 de la DĂ©claration de 1789, les pharmaciens (…) ne sauraient ĂȘtre tenus de participer Ă  la procĂ©dure d'aide Ă  mourir ».

En outre, les membres du Conseil ont concĂ©dĂ© la clause de conscience aux Ă©tablissements privĂ©s, en la calquant sur celle qui existe pour l'avortement : « Le responsable d'un Ă©tablissement privĂ© pourra, dans certaines conditions et limites, refuser que la procĂ©dure d'aide Ă  mourir se dĂ©roule dans ses locaux ». Mais ce refus n'est accordĂ© qu'aux Ă©tablissements privĂ©s, et seulement    « lorsque d'autres Ă©tablissements sont en mesure de rĂ©pondre aux besoins locaux [d'euthanasie] ».

Cette disposition est grosse de conflits : comment les personnels des hĂŽpitaux, cliniques ou maisons de retraite catholiques, auxquels l'interdit de tuer s'impose absolument, pourraient-ils accepter que « l'aide Ă  mourir » se pratique dans leurs murs ? Et qu'Ă©prouveraient les pensionnaires de ces Ă©tablissements en apprenant que ce protocole mortel aurait Ă©tĂ© appliquĂ© Ă  l'un d'eux, en violation de la charte Ă©thique qui avait guidĂ© leur choix ?

La derniĂšre rĂ©serve d'interprĂ©tation du Conseil constitutionnel concerne les majeurs protĂ©gĂ©s (sous tutelle ou curatelle). Leur « protection » contre un suicide assistĂ© semble dĂ©risoire dans la pseudo rĂ©serve Ă©mise par le Conseil constitutionnel. Pour avoir le droit d' « aider Ă  mourir » une de ces personnes fragiles, le mĂ©decin dĂ©positaire de la demande de suicide assistĂ© devra simplement « recueillir [les] observations » de la personne chargĂ©e de la mesure de protection, et « les communiquer au collĂšge pluriprofessionnel chargĂ© de vĂ©rifier que les conditions mĂ©dicales du droit Ă  l'aide Ă  mourir sont remplies », le mĂ©decin restant dĂ©cisionnaire.

«Aucune protection n'est accordĂ©e aux personnes porteuses de dĂ©ficience intellectuelle qui restent ciblĂ©es par cette loi », s'insurge la Fondation JĂ©rĂŽme Lejeune dans un communiquĂ© (14/08/2026). Elle rappelle avoir interpellĂ© Ă  plusieurs reprises l'ONU dont le ComitĂ© des droits des personnes handicapĂ©es avait alertĂ© (sans effet) le gouvernement français sur la « violation du devoir de respecter, protĂ©ger et garantir le droit Ă  la vie des personnes handicapĂ©es ».

En dĂ©finitive, malgrĂ© ses « rĂ©serves », le Conseil constitutionnel n'a censurĂ© aucun article de la loi lĂ©galisant l'euthanasie et le suicide assistĂ©. Les « sages » n'ont rien trouvĂ© Ă  redire au dĂ©lai de rĂ©flexion de 24h laissĂ© au patient pour confirmer sa demande une fois celle-ci acceptĂ©e (il est de 10 jours pour un crĂ©dit immobilier), Ă  la limitation des recours « Ă  des personnes autres que l'auteur de la demande », au contrĂŽle a posteriori de la procĂ©dure et Ă  sa prise en charge par l'assurance maladie. C'est une victoire qu'a cĂ©lĂ©brĂ©e le prĂ©sident de la RĂ©publique en saluant une dĂ©cision « qui parachĂšve un dĂ©bat dĂ©mocratique exemplaire » (communiquĂ© de l'ÉlysĂ©e, 14/08/2026)

Pour autant, les militants de l'euthanasie ne dĂ©sarment pas. Ils ciblent la clause de conscience d'Ă©tablissement partiellement rĂ©tablie par le Conseil constitutionnel dans une tribune collective publiĂ©e par Le Monde (17/08/2026), intitulĂ©e : « La libertĂ© de refus d'un Ă©tablissement privĂ© pourrait rendre illusoire l'exercice d'un droit de la personne en fin de vie ». Les signataires relĂšvent qu'« en reconnaissant le principe d'une clause de conscience collective dans sa dĂ©cision du 14 aoĂ»t, le Conseil constitutionnel a tracĂ© une limite, sans Ă©crire le mode d'emploi ». Un flou qu'ils comptent bien exploiter pour supprimer cette clause d'Ă©tablissement comme l'ont fait, soulignent-ils, la Belgique et le QuĂ©bec. Sans les nommer, ces associations pro-euthanasie veulent contraindre les institutions catholiques Ă  faire entrer la mort administrĂ©e dans leurs murs, dĂ©crypte l'avocat Erwan Le Morhedec dans sa tribune pour La Croix (19/08/2026) : « C'est leur conscience Ă©clairĂ©e par la foi qui, siĂšcle aprĂšs siĂšcle, a conduit des catholiques Ă  fonder dispensaires, hospices puis unitĂ©s de soins palliatifs, sans jamais imaginer que combattre la souffrance puisse supposer de supprimer le souffrant », rappelle-t-il. Pourtant, au cƓur de cet Ă©tĂ©, le Parlement français a dĂ©cidĂ© qu'il peut ĂȘtre mis fin lĂ©galement Ă  une vie humaine pour des motifs compassionnels comme il l'avait fait en 1975 en lĂ©galisant l'avortement.

À retenir
  •  Emmanuel Macron a promulguĂ© le 18 aoĂ»t la loi sur « l'aide Ă  mourir », aprĂšs le feu vert du Conseil constitutionnel.  

  •  Les « Sages » ont Ă©mis des « rĂ©serves d'interprĂ©tation » censĂ©es orienter l'application de la loi.  

  •  Ils ont Ă©tendu la clause de conscience des mĂ©decins et infirmiers aux pharmaciens, et reconnu aux Ă©tablissements privĂ©s une clause de conscience conditionnelle calquĂ©e sur celle de l'IVG.

  •  Cette clause de conscience est la cible des associations pro-euthanasie qui veulent contraindre les institutions catholiques Ă  faire entrer la mort administrĂ©e dans leurs murs.

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Euthanasie : le Conseil constitutionnel valide la loi
Le JDD

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