Toutes les rentrées de septembre, c’est le même scénario : je rentre d’un pays plus ou moins germanique et la France me paraît geignarde, incivique, nombriliste. Par effet de rétroaction, je deviens donc geignard, nombriliste… et pense à la migration. En procrastinant entre un papier sur les usages de l’IA chez les enseignants et ce billet, je me suis ainsi retrouvé sur la page du site canada.ca intitulée « Immigrer dans une communauté francophone hors du Québec ».
Car, oui, c’est peu connu mais le Canada compte de nombreuses « communautés francophones dynamiques » des rives du Pacifique jusqu’aux plaines glacées de la baie de Hudson. Et sachez-le : elles cherchent à se réarmer démographiquement. Vingt-quatre d’entre elles, mises en avant sur le site, s’engagent même activement à « réaliser vos nouveaux projets de vie ». Et ça n’est pas qu’un voeu pieux. Des petites vidéos de trois minutes, tout à fait fascinantes, mettent en scène le bonheur familial de Jean Kabongo dans la vallée de la Seine au Manitoba ou l’épanouissement professionnel de Christian Ouaka, le directeur de l’association des francophones du Nunavut, à Iqaluit. Ce qui frappe tout de suite, c’est la diversité de cette francophonie humble, solidaire, civique et migratrice. Il y a des Blancs, des Marrons et beaucoup de Noirs.
Comparer n’est jamais une bonne chose, mais j’ai essayé de me figurer le même scénario en France. Jean Kabongo, installé « dans le rural » – c’est ainsi qu’on dit au Canada – et témoignant de la munificence de ses voisins couvrant ses enfants de fion vendéen, de tarte au goumeau ou de pastis quercynois. Christian Ouaka, l’homme du Grand Nord, oeuvrant à la redynamisation du bassin minier et se baladant ému, au crépuscule, sur les terrils d’Hénin-Beaumont. Sans oublier l’excellente Bonnie Gallant, directrice du Réseau de développement de l’île du Prince-Edouard, transmutée à l’agence France Emploi du 93 et y reproduisant son discours plein d’allant : « La francophonie rayonne ici, elle évolue, elle grandit, elle nous enrichit, ça me rend fière. »
Je sais déjà ce que l’on va m’objecter. Que le Canada est une île-continent qui peut se payer le luxe de choisir son immigration. Qu’elle ne connaît ni la poussée migratoire, ni le syndrome post-colonial, ni la misère du monde à ses portes. Mais avant de les peindre en noir, peut-être pourrions-nous sourire, comme les Canadiens, à ceux qui veulent nous rejoindre. Rappeler aussi, avec le prof d’histoire-géo Pascal Mériaux, que l’identité française s’est construite par l’immigration. Et qu’il serait bon, pour commencer, de l’enseigner à nos enfants.
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