En ce week-end électoral, dans ma ville conservatoire du communisme municipal, les questionnements politiques vont immanquablement s’inviter autour du poulet dominical. C’est que mes deux jeunes fils ont des opinions assez affirmées. Ce sont notamment des opposants à l’équipe municipale en place, surtout le plus petit. En cause : la qualité catastrophique des menus de la cantine, mais aussi la propreté très relative des espaces publics, au regard de ce qu’ils ont pu constater ailleurs en Ile-de-France.
Que monsieur le maire se rassure, sans cacher mes doutes sur la manière dont sont gérés les deniers municipaux, j’essaie de contrebalancer ces visions conservatrices en mettant en avant les bons points de son bilan : aide sociale très poussée, excellence sportive, politiques culturelles exemplaires, bien qu’elle ait un peu trop tendance à profiter toujours aux mêmes bourgeois marxistes – je me mets dans le lot.
Derrière ce besoin de rééquilibrage, un principe éducatif crucial transmis par mes parents : avec les enfants, il faut parler politique, le plus tôt et le plus souvent possible, en accueillant toutes les questions, mais sans dévoiler pour autant la nature de son vote. Récemment une amie s’en étonnait et me faisait remarquer que, de toute façon, mes opinions influenceraient immanquablement Junior et Junior. Mes préventions relèveraient-elles de la posture ? Un peu sûrement, mais je crois néanmoins profondément à une éducation au libre-arbitre. Rester discret sur son vote a deux grands avantages : cela aiguise la curiosité et rend la politique mystérieuse, donc attirante. Et quoi qu’on en dise, cela oblige à une certaine neutralité.
Les adultes ont trop souvent tendance – sciemment ou non - à imposer des catéchismes. Cela peut avoir quelques effets. Le petit, du haut de ses neufs ans, s’est mis depuis quelques semaines à hurler des « Le Pen nazie », qui m’ont d’ailleurs obligé à improviser péniblement une mise au point sur les différences conceptuelles entre extrême-droite et nazisme. Mais le plus souvent, je crains que l’affirmation de principes, si elle n’est pas accompagnée d’une incitation à l’autoquestionnement, soit plutôt contreproductive. Comment expliquer ainsi que, dans les collèges publics de ma ville « messagère de la paix », les visions racistes de toutes sortes se déploient sans complexe. Ou que chez les bons pères de l’Ouest parisien, le mépris pour la « racaille » ou les « cassoc » s’ancre dans les esprits dès les plus jeunes années. C’est un principe de l’adolescence : prêchez A, vous obtiendrez B. Pour ma part, je vise C.
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