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Tout dans la chronologie et les éléemnts rendus publics montre que la Roumanie a été le théâtre d'une expérimentation grandeur nature d'ingérences, supposément russes mais dont on attend les preuves formelles, mais pas seulement. La question de savoir si la France a servi de courroie de transmission à Bruxelles pour inverser le cours des élections est plus que légitime. |
Qui ment ? Macron, Barrot, Lerner et Warnery ? Ou bien Durov ?
Retour sur la controverse de l'ingérence française en Roumanie
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L’an dernier, Pavel Durov, fondateur et PDG de la messagerie Telegram, affirmait que Nicolas Lerner, chef de la DGSE, lui avait demandé de censurer des voix du camp conservateur en Roumanie.
Le ministère des Affaires étrangères, sous la direction de Jean-Noël Barrot, s’est empressé de publier un démenti, repris par l’ambassade de France en Roumanie :
« Des allégations totalement infondées circulent sur Telegram et Twitter concernant une prétendue ingérence de la France dans le scrutin présidentiel roumain.
La France rejette catégoriquement ces allégations et appelle chacun à la responsabilité et au respect de la démocratie roumaine.
Le premier tour des élections présidentielles roumaines de décembre dernier a été annulé de manière souveraine par les autorités roumaines compétentes suite à des ingérences numériques et financières bien réelles de la part d’acteurs liés à la Russie. […] Comme partenaire et ami, nous rappelons que la France a été aux côtés de la Roumanie pour son accession à l’Union européenne, ses réformes, son entrée dans Schengen et ses avancées. Pour sa sécurité aussi, avec par exemple l’envoi de nos soldats cinq jours après le début de l’invasion russe en Ukraine en février 2022. Mentir sur la France, l’insulter, c’est rompre cette histoire. »
Qui ment sur cette question de demande de censure ?
Alors, qui ment ? Un indice réside peut-être dans le fait que le communiqué lui-même… contient un mensonge. Car, comme l’a parfaitement expliqué notre confrère roumain Patrick de Hillerin, les preuves justifiant l’annulation même des élections se font toujours attendre.
Et pour cause : elles n’existent pas.
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D’ailleurs, c’est précisément cette annulation brutale, « à l’emporte-pièce », sans preuves valables, qui a conduit *The Economist* à rétrograder la Roumanie dans son classement de la démocratie publié en 2025 au niveau de « régime hybride ».
La démocratie roumaine, pour reprendre les mots de Patrick de Hillerin, son cadavre gît en pleine rue depuis un an et tout le monde s’en moque.
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Depuis, ce régime hybride et ses complices dans le milieu des ONG en carton s’efforcent de faire taire les voix critiques. La dernière en date ? Celle du journaliste Lucian Davidescu, qui s’est fait « fact-checker » pour avoir, lui aussi, rappelé une évidence : l’absence d’implication de la Russie dans les élections de 2024.
Un avis pourtant partagé par des personnalités qui n’ont rien à voir avec Moscou. L’ancien président roumain Traian Băsescu a qualifié cette affaire de « foutaise » et de « tache qui restera dans l’histoire de la Roumanie, l’annulation des élections sans raison ».
L’ancienne candidate Elena Lasconi, soutenue par Macron en 2024, finaliste malheureuse face à l’outsider Călin Georgescu, nous a déclaré que, juste avant l’annulation, elle avait reçu deux personnes des services de renseignements roumains qui lui avaient demandé d’accepter le nom qu'ils proposaient pour prendre la direction du renseignement, ce qu’elle avait refusé.Et que, de son point de vue, si elle pouvait imaginer des ingérences de n’importe quel pays, elle n’avait aucune preuve d’ingérence russe !
Alors, qui ment ?
Emmanuel Macron, Jean-Noël Barrot, Nicolas Lerner et Nicolas Warnery ont tous menti au moins une fois sur le sujet, répétant chacun à son tour la fable de l’ingérence russe.
Certains ont menti plus que d’autres. Par exemple, l’ambassadeur de France Nicolas Warnery. Celui-ci avait réussi le tour de force de rendre visite à la Cour constitutionnelle roumaine juste quelques jours avant que celle-ci ne bloque la candidature de Georgescu en 2025. Par la suite, il a eu le toupet d’expliquer que le président roumain avait attribué l’ingérence à la Russie. Problème : ce même président avait justement déclaré qu’il n’était pas possible de faire une telle attribution sans preuve. Warnery a également affirmé que le rapport VIGINUM démontrait cette ingérence — alors que ce même rapport reconnaît que l'implication d'un État étranger n'est que suggérée par les autorités roumaines, sans être établie. Par ailleurs, le rapport s’abstient soigneusement de dire que la principale campagne mise en cause pour justifier l’annulation… a été financée par un des partis au pouvoir ! Bref, concernant Warnery, deux mensonges livrés sans contradiction sur les antennes de la chaîne publique Radio France Internationale face à un rédacteur en chef de RFI Roumanie que l’idée de participer à de la propagande d’État n’a pas fait frémir. Nous avions abordé le sujet chez nos confrères de L’Éclaireur.
Pour Jean-Noël Barrot, outre avoir répété le mensonge de l’ingérence russe, on ne peut que souligner également sa participation à la campagne de diffamation contre Francesca Albanese, récemment, qui lui a répondu dans les pages du Monde diplomatique.
Quant à Lerner… qui sait ? Un passage de son interview avec Darius Rochebin laisse pour le moins dubitatif. Il nie en bloc les allégations de Durov, et dément également une autre information qui avait circulé en Roumanie concernant une visite secrète de sa part avant les élections. M. Lerner nous affirme :
Nicolas Lerner: […] Monsieur Durov, quelques jours après a fait état sur ses réseaux — et ce sont des millions, des dizaines de millions de followers lorsque monsieur Durov publie quelque chose — d’un déplacement de ma part qui serait intervenu en Roumanie quelques jours avant le scrutin. Je ne suis jamais allé en Roumanie dans le cadre de mes fonctions. C’est quand même très facilement vérifiable. Les autorités roumaines elles-mêmes ont démenti. Voilà ce qui, moi, m’interroge au rapport à la vérité que cette personne peut avoir. Voilà. Mais j’ai eu l’occasion de dire ce qui était la réalité de cette rencontre.
Darius Rochebin: Et donc, puisque vous l’amenez, vous ne vous êtes pas du tout rendu en Roumanie, vous n’avez pas cherché à empêcher les conservateurs roumains… ça a pris sur les réseaux une dimension inouie… Vous n’avez pas empêché ou tenté d’empêcher les conservateurs roumains d’arriver au pouvoir.
Nicolas Lerner: Je ne suis jamais allé en Roumanie dans le cadre de mes fonctions, mais vous savez c’est prêter beaucoup de pouvoir aussi à la modeste DGSE que je dirige que de penser que la DGSE pourrait, à elle seule, influer sur les résultats d’une élection dans un pays aussi démocratique que la Roumanie.
M. Lerner qui nous parle d’un « pays aussi démocratique que la Roumanie », alors que The Economist nous parle de régime hybride, il y a de quoi sourire.
Comme je l’ai expliqué à différentes reprises, y compris récemment pour le média tchèque Reportéři on-line qui s’interrogeait sur les risques que le DSA fait peser sur la liberté d’expression, il faut comprendre que ce qui s’est produit après l’annulation des élections roumaines, c’est une instrumentalisation du DSA contre les voix indépendantes, critiques, non-alignées ou d’opposition.
J’ai récemment compilé une chronologie qui permet de bien saisir comment tout un petit monde s’est mis en mouvement pour assurer une forme de mise au garde-à-vous des réseaux sociaux en 2025.
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Surtout - et ce n’est peut-être qu’un détail - l’insistance de M. Lerner à répéter une phrase tout faite (« Je ne suis jamais allé en Roumanie dans le cadre de mes fonctions ») ressemble fort à ces mensonges d’enfants. Façon « mon chien a mangé mon cahier », en omettant de continuer l’histoire, par exemple « … mon cahier que je lui ai donné pour jouer et éviter de faire mes devoirs »
Quelle pourrait bien être la vérité éludée par M. Lerner ? Il n’est jamais allé en Roumanie dans le cadre de ses fonctions, mais il y serait allé en dehors de ses fonctions ? Et si oui, qui sait ce qu’il y a fait à son propre compte ? Naturellement, M. Lerner peut faire ce qu’il veut sur son temps libre, mais il serait éclairant qu’il précise les dates des éventuels congés posés à cette occasion, justificatif à l’appui.
Bref, c’est le problème avec les mensonges : quand on commence à en proférer, les gens se mettent à douter de tout.
Prenons cette autre phrase : « penser que la DGSE pourrait, à elle seule, influer sur les résultats d’une élection dans un pays aussi démocratique que la Roumanie ». Évidemment, comment imaginer que la DGSE ait agi seule dans le contexte des ingérences en Roumanie ? Qu’elle ait agi serait déjà un grave problème d’ingérence française. Mais qu’elle ait agi seule ? Voilà qui n’a aucun sens au regard du nombre d’acteurs impliqués. Il y a eu, d’une part, le rôle possible du renseignement roumain - une structure héritée de la Securitate, jamais été démantelée, et qui dispose aujourd’hui d’un budget deux à trois fois supérieur à celui de la DGSI française. Il y a également toutes ces ONG en carton, nourries aux fonds des fameuses fondations américaines — USAID, NED, OCCRP, IRI, etc. —, ou abondées directement par le département d’État américain, l’Union européenne et divers gouvernements, directement ou indirectement. Et il y a enfin, bien sûr, le rôle joué par l’Union européenne elle-même, via ses propres mécanismes.
Savoir emballer la vérité, c’est un métier… mais il ne serait pas très raisonnable d’en faire l’une des attributions du renseignement français.
Le champ des miracles : on y enterre des vérités et il y pousse de la démocratie
Warnery a donc menti plusieurs fois. Barrot, au moins deux fois. Lerner, il semble emballer la vérité… Macron, n’en parlons pas.
Quant à Monsieur Durov, une chose est désormais certaine : son affirmation, si elle n’est pas démontrable, est vraisemblable.
Les autres réseaux sociaux - TikTok et Facebook - ont “joué le jeu en 2025”, ils ont plié, censuré des voix critiques, soit sous la pression d’une architecture de censure minée par les conflits d’intérêt et les mauvaises pratiques, soit à la demande directe de quelque pouvoir exécutif.
La coordination de groupes pro-Georgescu sur Telegram ayant fait partie des griefs retenus contre sa campagne (ce qui a de quoi faire doucement rire tout activiste ayant, à un moment ou à un autre, eu besoin de se coordonner en ligne avec d’autres personnes adhérant à une même cause), une demande formulée à Durov pour neutraliser ce type de moyen d’action n’aurait donc rien d’invraisembable. Ce serait une atteinte à la liberté d’expression, une ingérence dans les processus électoraux roumains, certes, mais une démarche presque logique de la part de gens qui semblent penser que la fin justifie les moyens.
Alors que les Roumains ont peu de chance de voir naître une vraie enquête parlementaire sur le sujet, du fait du blocage de telles démarches par la coalition au pouvoir, la question qui devrait désormais se poser est celle d’apporter un peu de lumière de France, tant par le travail des journalistes, que par celui des parlementaires.
Car, enfin, c'est une chose de brasser de l'air et de déclarer défendre la démocratie en la vidant de sa substance, de vouloir protéger l'Europe en foulant aux pieds la souveraineté d'un pays membre et allié historique de la France; c’en est une autre de mettre en marche des rouages de la machine d’État pour miner les processus électoraux du pays en question.
Le communiqué du ministère des affaires terminait pompeusement en nous disant que « Mentir sur la France, l’insulter, c’est rompre cette histoire. »
C’est au nom de ce qu’est la France, sa démocratie, sa République, son lien historique avec la Roumanie, qu’il faut documenter et comprendre la nature de l’ingérence française, qualifier les abus et — si les fautes sont avérées — punir les responsables. Et répondre à cette question : qui ment ?
Note à mes lecteurs : n’hésitez pas à partager la version sur X de cet article, soit en français, soit en anglais.
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