| | Hadrien Mathoux Directeur adjoint de la rédaction Municipales : des mythologies invisibles
Deux concepts obsèdent depuis plusieurs mois la vie politique française, animant les discussions de plateaux, les chroniques de la presse et les conjectures des stratèges : le front républicain et l'union des droites. Le premier, vieux principe né avec l'émergence du Front national dans les années 1980, consiste en la réunion de toutes les forces politiques au second tour contre l'extrême droite, à grands coups d'alliances et de désistements, pour lui fermer les portes du pouvoir. Une boussole morale pour certains, une combine usée pour d'autres. Le second, d'apparition plus récente, consiste en une réunion de tous les partis de droite, radicaux ou non (LR, RN, Reconquête), rompant justement avec la logique du « cordon sanitaire ». Un fantasme pour certains, un cauchemar pour d'autres.
La toujours très instructive séquence de l'entre-deux-tours des municipales a montré que ces deux idées étaient absentes des préoccupations des électeurs et même des forces politiques lors des municipales. Le concept le plus inopérant reste l'union des droites. Malgré une multiplication d'opérations médiatico-politiques en ce sens, il n'y a tout simplement eu aucune alliance entre LR et le RN, malgré la main tendue par Jordan Bardella aux « listes de droite sincères ». Martine Vassal a ainsi maintenu sa candidature à Marseille, quitte à oblitérer les chances de victoire du RN Franck Allisio, et, partout ailleurs dans le pays, c'est avec le centre que les notables de droite s'allient au second tour pour conserver ou gagner des mairies, souvent face à des listes RN. La seule alliance locale véritable entre LR et Reconquête, à Bourg-en-Bresse, a complètement échoué (15,49 %). Sarah Knafo s'est certes retirée à Paris en soutenant Rachida Dati, mais cette dernière a refusé la fusion des listes.
Le « front républicain », quant à lui, existe davantage dans les discours que dans les faits. D'abord parce que le scénario d'un face-à-face avec le RN au second tour reste rare. On l'observe à Marseille, où l'insoumis Sébastien Delogu s'est désisté, mais aussi à Nice, où les chances de victoire d'Éric Ciotti, allié du RN, n'ont pas poussé la liste de gauche à se retirer en faveur du maire sortant Christian Estrosi (Horizons). Comment alors qualifier les désistements et fusions entre listes du Parti socialiste et de La France insoumise, un peu partout en France (Toulouse, Limoges, Nantes, Lyon, Clermont-Ferrand…) ? De très classiques unions de la gauche visant avant tout à s'assurer un maximum de sièges. Ne parlons même pas du grand-guignolesque « front antifasciste », invoqué même lorsqu'il s'agit de faire la nique à l'inoffensif maire de centre droit de Toulouse, Jean-Luc Moudenc.
Il faut se garder de toute conclusion globalisante dans un scrutin aussi particulier que les municipales, 35 000 élections qui font la part belle à des réalités locales indifférentes aux enjeux nationaux. Mais le déroulement concret des opérations a le mérite de rappeler que la politique réelle se moque souvent des envolées lyriques et autres chimères qui saturent le débat public. Twitter @hadrienmathoux
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