Quand ma fille de 9 ans m’a annoncé qu’elle comptait puiser dans sa tirelire pour s’offrir « ces stylos rigolos que tous les copains ont dans leurs trousses », j’ai accueilli l’idée avec enthousiasme. Mais je n’avais pas imaginé qu’elle dépenserait toutes ses économies (20 euros) pour… deux stylos ! Sur le site internet de la marque, j’ai appris que la plupart des modèles ne valent pas plus de deux euros pièce, mais que ma fille était désormais propriétaire de la collection « spéciale Saint-Valentin », tout juste lancée et déjà presque en rupture de stock. Les précédentes éditions « collector » – Halloween et Noël – ont connu le même succès et se revendent aujourd’hui sur Vinted à des prix atteignant les 300 euros pour une poignée de stylos – qui, parfois, ne marchent déjà plus…
Lancée en 2018, la firme Legami a engendré un chiffre d’affaires de 245 millions d’euros fin 2024 et vise les 300 millions cette année grâce à sa politique de diversification (trousses, gommes, règles…), à l’ouverture prochaine d’une quarantaine de boutiques rien qu’en France et à une habile stratégie de gestion des stocks, puisque l’offre, toujours inférieure à la demande, permet l’envolée des prix.
Si la presse économique mondiale n’en finit pas de se pâmer devant cette success-story surprise, elle évoque peu ses conséquences sur les cours d’école. La tendance Legami ne se contente pas de pousser les écoliers à la consommation effrenée, elle met en lumière les inégalités entre ceux qui peuvent s’offrir les collections spéciales hors de prix et les autres. Résultat, les cas de vols se multiplient dans les établissements scolaires. Devant le portail et sur les groupes WhatsApp de parents d’élèves, le ton monte, les accusations de vols fusent et quelques noms d’oiseaux commencent même à fleurir… A tel point qu’un certain nombre d’écoles ont pris la décision d’interdire les Legami dans leur enceinte.
Le phénomène n’est pas inédit, il rappelle d’ailleurs la « Pokémon mania » des années 2000. Alors, rien de nouveau sous le soleil ? Rappelons tout de même, vingt ans plus tard, que des milliers de fans, devenus adultes, ont été victimes d’arnaques aux faux Pokémon, pour lesquels ils ont déboursé jusqu’à 100 000 euros pièce. Espérons que la « folie Legami » n’en arrive pas à cette extrémité.
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