Pourquoi les dîners sont-ils devenus si rares ? Je ne parle pas des dîners de famille, ni des dîners en ville, non, ceux-là existent toujours, pour le meilleur et pour le pire. Je parle du bon vieux dîner de copains simple, vrai, convivial, où on se retrouve sans chichis, à tour de rôle, chez les uns et chez les autres. Ces tablées-là, on ne les voit plus guère que dans les spots publicitaires – et le plus souvent, c’est pour promouvoir des plats industriels.
Paradoxalement, cette question m’est venue hier soir, alors que nous étions justement réunis chez une amie autour d’un curry de poulet à discuter jusqu’à pas d’heure de l’affaire Epstein et de bien d’autres choses. Un vrai dîner « à l’ancienne », avec des jolies assiettes dépareillées, un plat mijoté et des bonnes bouteilles apportées par les invités. Bref, une chouette soirée, comme on n’en fait plus. J’ai essayé de me souvenir de quand datait ma dernière sortie de ce type. Je crois que c’était en 2025. Il y a près de six mois.
Depuis, j’ai bien retrouvé des amis dans des bars bondés, autour de planches de charcuterie et de verres de spritz hors de prix. Nous sommes allés ensemble au cinéma, voir des expos, écouter des auteurs dans des librairies. Mais de dîner, point. En repartant de chez cette amie hier soir, dans l’escalier, j’ai posé la question à l’un des convives. Il cuisine bien, il aime recevoir et avait autrefois l’habitude d’organiser des grandes tablées. Il a reconnu que c’était devenu rare. Trop compliqué, pas le temps. Et puis, à force d’inviter sans retour, il s’est un peu lassé aussi. L’envie, pourtant, ne manque pas : en début d’année, nous avons essayé de mettre sur pied des retrouvailles de copains de promo. Mais le projet est finalement tombé à l’eau, faute d’arriver à nous mettre d’accord sur une date.
Moi-même, je dois l’avouer, j’ai petit à petit renoncé à me lancer dans cette organisation que je trouve de plus en plus stressante. J’ai peur de ne pas être à la hauteur, la barre est placée trop haut. Et depuis que j’ai quitté le centre de Paris, c’est pire. Les Parisiens, c’est bien connu, n’aiment pas franchir le périph. Et encore moins se risquer dans le RER. Les faire se déplacer est une gageure.
Les dîners vont-ils disparaître ? Le phénomène n’est pas strictement parisien : l’autrice Katja Lewina est arrivée exactement au même constat dans le magazine allemand « Der Spiegel ». A Berlin aussi, la spontanéité semble avoir disparu. Le « passe à la maison » de nos parents, devenu aussi vintage que des assiettes en Arcopal, ne se pratique plus guère que dans les petites villes. Mais depuis quelque temps, des start-up se développent pour y pallier en organisant des dîners avec des inconnus… Est-ce bien raisonnable ?
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