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dimanche 7 mai 2023

LSDJ : ECONOMIE - Risques d'une nouvelle crise financière - signaux faibles ou forts ? le 6.05.2023

 


06 MAI 2023 - N° 1892

ECONOMIE

Risques d'une nouvelle crise financière - signaux faibles ou forts ?

Photo : Yngvadottir / Wikimedia Commons

Il y a 3 semaines, Jacques Attali a défrayé la chronique avec un article prédisant une « immense crise financière » pour l’été 2023 (avec un penchant pour le 2ème quinzaine du mois d’août, selon des précédents en 1971, 1982 et 1993). De l’autre côté de l’Atlantique, plus alarmiste encore, Harry Dent, fondateur de HS Dent Investment Management, a prévu « un krach majeur, un krach que vous n’avez jamais vu de votre vivant » avant la mi-juin. Les fortes turbulences dans le monde de la finance n’ont certes pas manqué ces dernières semaines, avec notamment la chute de plusieurs banques, dont la Silicon Valley Bank et Crédit Suisse. En même temps, ces mises en garde dramatiques semblent coller mal avec un CAC40 en forte progression (+ 11% depuis le début de l’année), porté notamment par les produits de luxe (Kering, Hermès, LVMH). Quels sont les derniers signaux économiques domestiques et internationaux et dans quel sens vont-ils ?

En France, la dégradation de sa note souveraine de AA à AA-, (allant de « haute qualité » à « qualité moyenne supérieure ») par l’agence de notation Fitch a divisé les analystes quant à sa signification. Certains estiment que ce changement, qualifié d'« appréciation pessimiste » par Bruno Le Maire, n’aura pas d’impact majeur, mais d’autres commentateurs ont salué la nouvelle sur un ton nettement moins « rassuriste ». Dans une interview pour Boursorama, l’ancien président de la BCE Jean-Claude Trichet a qualifié la France de « très mauvais élève » en matière de dépenses publiques et d’endettement, signalant des problèmes économiques structurels à long terme. Dans Le FigaroEric Ciotti a estimé que la France « danse sur un volcan », tandis que Sebastien Laye a également expliqué la notation de Fitch en termes d’un écart « abyssal »entre la dette et le PIB. Avec la perspective de l’augmentation des coûts des crédits pour les entreprises, surtout les start-up, Laye pense même que « les entrepreneurs les plus réalistes, anticipant la poursuite des difficultés financières de l’État français, devraient chercher le plus rapidement possible à vendre leurs sociétés ».

Au niveau international, ce sont les problèmes économiques aux États-Unis qui suscitent les interrogations les plus sérieuses. Le secteur bancaire continue à être fortement touché avec la faillite de la First Republic Bank, suite à l’échec d’un plan de sauvetage impuissant face aux retraits massifs de plus de 100 milliards de dollars par ses clients au premier trimestre de 2023, révélés par la publication de ses résultats catastrophiques le 24 avril. First Republic, dont la chute a été la 2e plus grosse faillite bancaire dans l’histoire des E.-U. (après Washington Mutual en 2008), a été rachetée par la plus grande banque américaine, JPMorgan Chase. Tout comme dans les cas de la Silicon Valley Bank et Signature, la stratégie d’investissement de First Republic avait été mise à mal par la hausse rapide des taux d’intérêts aux États-Unis. Si le PDG de JPMorgan, Jamie Dimon, dit que « cette phase de la crise est finie » avec le rachat de First Republic, d’autres craignent que d’autres banques régionales ne connaissent le même sort, menant à une sorte de « nationalisation » du système bancaire américain, de plus en plus dominés par les géants du secteur.

Les inquiétudes les plus graves, comme l’a souligné Attali, concernent par contre l’endettement du gouvernement américain. La secrétaire au Trésor Janet Yellen vient de sonner l’alarme en écrivant au speaker de la Chambre des Représentants Kevin McCarthy que, suite à une baisse de revenus fiscaux, « notre meilleure estimation est que nous ne serons plus en mesure de satisfaire à l’ensemble des obligations du gouvernement début juin, et potentiellement dès le 1er juin. » Rien de nouveau dans l’histoire des E.-U., dont le plafond d’endettement de l'État fédéral (actuellement 31.4 milliard de milliards de dollars, limite déjà atteinte au mois de janvier) a été relevé à de très nombreuses reprises. Cette fois, le problème n’est pourtant pas purement technique, car les républicains (majoritaires à la Chambre) ont refusé d’accorder carte blanche à Joe Biden pour procéder avec son programme de dépenses, exigeant d’importantes coupes budgétaires avant d'agréer le relèvement du plafond. La situation donc ressemble à la crise de 2011 sous Barack Obama, résolue par républicains et démocrates à la dernière minute. Pour l’instant, Biden a organisé une réunion le 9 mai à la Maison Blanche pour trouver une issue. Tous s’accordent à dire qu’un premier défaut de paiement des E.-U. serait calamiteux, mais la situation est compliquée par des conflits à l’intérieur du parti républicain. Nommé speaker de justesse le 7 janvier suite à d’âpres débats, Kevin McCarthy a dû accepter que n’importe quel représentant républicain puisse déposer une motion de censure contre lui. Ce qui veut dire que, même s’il arrive à trouver un consensus avec l’administration de Biden au sujet du plafond d’endettement, un tel compromis pourrait mener à la destitution de McCarthy par la frange radicale de son propre parti. Les prochaines semaines s’annoncent donc déterminantes.

Peter Bannister

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Pour aller plus loin :

« Pourquoi la dégradation de la note de la France par Fitch va affecter tout le pays »

>>> Lire l'article sur : Le Figaro

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