Macron joue les matamores !
Pour exorciser sa peur bleue d'un soulèvement populaire, Macron joue les matamores, affirme qu'il ne cédera pas sur les retraites, alors que chacun voit qu'il a déjà beaucoup cédé ! Alors qu'il pourrait désactiver l'ample mouvement de protestation qui s'annonce, simplement en renonçant à une réforme rejetée par la grande majorité des Français, il s'obstine, comptant sur les 18% des Français qui l'ont élu ! Macron compte aussi sur la terreur de la répression féroce qu'il a déclenché contre les gilets jaunes pour faire plier le peuple... Seule solution : être très très nombreux dans la rue le 5 décembre.
Article à lire dans Le Monde du 25.11.2019

Emmanuel Macron, à Amiens, le 21 novembre. JEAN-CLAUDE COUTAUSSE POUR « LE MONDE »
Il y a un côté trompe-la-mort chez Emmanuel Macron, un côté « même pas peur ! ». En avril, le président de la République s’extirpait du mouvement des « gilets jaunes » au terme du grand débat national. Cet exercice inédit dans lequel il s’était résolument impliqué lui avait permis de construire un débouché politique à la colère populaire qu’il avait déclenchée. Mais, de l’avis même de ses proches, on avait eu peur à l’Elysée durant le long hiver 2018- 2019 et au printemps. Le sentiment prévalait alors que le chaos avait été évité de justesse.
Après cette épreuve de cinq mois, ponctuée de violences et parfois même de haine envers le sommet de l’Etat, tout homme politique normalement constitué aurait adopté une posture de repli avec un mot d’ordre : l’apaisement. Surtout, ne pas réveiller la rue, ne pas provoquer de nouveau la colère du peuple français, décrit par nombre de ses dirigeants comme « régicide ». Or, voilà le président de la République de nouveau au pied du mur, prêt au combat, battant le rappel de ses troupes à moitié rassurées, à moitié convaincues, pour tenter de franchir le mur du 5 décembre. Et tant pis si ça casse !
Chaque jour qui passe renforce la mobilisation des opposants à la réforme des retraites. L’appel à « la grève illimitée » à la RATP et à « la grève reconductible » à la SNCF se double d’une journée de grève interprofessionnelle décidée par la CGT, Force ouvrière, la FSU, Solidaires et quatre organisations de jeunesse. Les partis de gauche s’invitent dans les cortèges, l’extrême droite aussi, qui ne veut pas passer à côté de cette nouvelle mobilisation anti-Macron.
Le parallèle avec 1995
Chaque jour qui passe renforce aussi le parallèle avec 1995, ce dernier grand mouvement social qui avait obligé le premier ministre de l’époque, Alain Juppé, à abandonner la réforme des régimes spéciaux au terme de trois longues semaines de grève qui n’avaient nullement discrédité les grévistes. Dans les deux cas, l’épicentre du conflit se situe dans les transports, où une réforme générale – celle de la sécurité sociale en 1995, celle des retraites en 2019 – vient percuter les difficultés d’une entreprise nationale, la SNCF, en pleine mutation.
Dans les deux cas, le seul allié syndical dont dispose le gouvernement est la CFDT, mais c’est un allié sourcilleux. Elle n’approuve qu’une partie de la réforme : celle de l’assurance-maladie en 1995, celle de la retraite par points en 2019. Elle rejette en revanche fermement l’autre versant : celle des régimes spéciaux il y a vingt-quatre ans, celle consistant aujourd’hui à vouloir allonger la durée de cotisation ou à retarder l’âge de la retraite d’ici à 2025 au motif qu’il manquerait une bonne dizaine de milliards d’euros pour équilibrer le système. Dans les deux cas, enfin, le conflit intervient dans un pays qui broie du noir et où nombre d’acteurs estiment avoir quelques bonnes raisons d’en découdre avec le président de la République.
Au sein du camp macroniste, les munitions pour mener le combat apparaissent faibles : en gestation depuis le début du quinquennat, le projet de retraite par points, censée garantir l’équité entre les Français, reste à ce jour illisible – nul ne sait quand ni à quelles conditions la réforme s’appliquera dans les 42 régimes impactés. Le gouvernement et la majorité ont d’autant plus de mal à convaincre l’opinion qu’ils n’ont pas tous les mêmes priorités : l’aile droite veut avant tout équilibrer les comptes, l’aile gauche privilégie la transformation du système.
Une machine de guerre contre les régimes spéciaux
Plus le 5 décembre approche, plus le pari de faire adhérer les Français à la réforme s’éloigne. Deux tiers d’entre eux jugent la mobilisation justifiée, indique un sondage IFOP pour CNews et Sud Radio. Du coup, la communication se durcit : présentée au début comme une réforme sans perdant, la retraite par points est en train de devenir une machine de guerre contre les régimes spéciaux. En témoignent les récents propos d’Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé, qui évoque une « grève très corporatiste » en pointant le coût pour les contribuables de régimes de retraite « extrêmement déficitaires ».
Dans une société à fleur de peau, déclencher un conflit constitue un risque majeur : les syndicats ont de plus en plus de mal à contenir leur base, et la violence qui affleure à chaque manifestation est devenue une arme pour tenter d’obtenir davantage que par la négociation. Malgré cela, deux raisons ont poussé Emmanuel Macron à rester sourd aux arguments de ceux qui plaidaient la prudence.
La première, qui peut sembler déraisonnable, est qu’il veut déjouer la malédiction dont ont souffert ses prédécesseurs : à un moment donné, tous ont dû infléchir le cours de leur mandat parce qu’une secousse s’était produite dans le pays. Lui veut rester le « transformateur », celui qui aura réformé l’école, assoupli le marché du travail, modernisé le système de santé et fait adopter le principe de la retraite par points, quitte à ce que le calendrier d’application soit dilaté dans le temps pour amortir le choc. Il estime disposer d’une majorité au Parlement pour le faire. Et tant pis si cela s’accompagne de moments de grande tension. « Renoncer, c’est mourir », ne cesse-t-il de plaider.
La seconde raison, plus tactique, repose sur l’idée qu’un trou de souris existe pour franchir le mur du 5 décembre : il faut pour cela agréger au socle des « marcheurs » qui le soutiennent encore, et qui s’est fortement droitisé depuis deux ans et demi, une partie des retraités. « Autant les actifs soutiennent le mouvement qui s’annonce, autant les retraités y sont majoritairement opposés », souligne Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’IFOP. Si le pari réussissait, il marquerait la poursuite de l’OPA sur l’électorat de droite entrepris depuis le début du quinquennat. Mais à quel prix ?

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