Ses membres en espéraient-ils eux-mêmes autant ? Alors qu'il était arrivé en troisième position aux législatives du 15 octobre, le Parti de la liberté (FPÖ, extrême droite, 26 %) a obtenu de ses alliés du Parti populaire (ÖVP, 31 %) plusieurs ministères stratégiques, donnant à son entrée au gouvernement, lors de l'investiture prévue lundi 18 décembre, des airs de grand chelem.
Le FPÖ va, pour la première fois de son histoire, pouvoir occuper les ministères de l'intérieur et de la défense, mais aussi de la santé et des affaires sociales, ainsi que les transports. Il a également obtenu de placer une personnalité non encartée aux affaires étrangères. Il hérite aussi d'un secrétariat d'Etat au ministère des finances. Son leader, Heinz-Christian Strache, proche des néonazis durant sa jeunesse, devient vice-chancelier. Il sera également chargé des sports et de la fonction publique.
A 31 ans, Sebastian Kurz va devenir le plus jeune chef de gouvernement au monde. Ministre des affaires étrangères du gouvernement sortant, il conserve à la chancellerie les questions européennes – pour rassurer Bruxelles et les partenaires de Vienne, alors que l'Autriche doit présider l'Union européenne (UE) courant 2018.
Les ministres issus de son Parti populaire s'occuperont des finances, de l'économie, de l'éducation, de la famille, de la justice et de l'agriculture. Une secrétaire d'Etat ÖVP a été également nommée au ministère de l'intérieur. Cette exigence a été, semble-t-il, dictée par le président écologiste, Alexander Van der Bellen, qui aurait souhaité ainsi devancer les critiques entourant Herbert Kickl, le nouveau
" premier flic " de ce pays d'Europe centrale, qui n'aura plus la primeur des informations sensibles : les services de renseignement auront désormais l'obligation d'informer la chancellerie et la vice-chancellerie en parallèle.
La nomination de M. Kickl inquiétait également les observateurs à cause des questions mémorielles. Car le camp de concentration de Mauthausen, devenu un musée du souvenir des persécutions nazies, est subventionné par le ministère de l'intérieur, qui nomme quatre de ses quinze administrateurs.
Ce ministère est également chargé de l'entretien des lieux commémoratifs, des cimetières militaires ainsi que du dossier délicat de l'avenir que l'Autriche entend réserver à la maison natale d'Adolf Hitler, une bâtisse située dans la petite ville de Braunau, à la frontière avec l'Allemagne, et dont elle a pris possession fin 2016, pour éviter qu'elle ne devienne un lieu de pèlerinage néonazi.
Côté programme, le nouvel exécutif promet d'offrir un passeport aux enfants des victimes du national-socialisme originaires d'Autriche. Pour le reste, ce pays qui était doté depuis plus de dix ans d'un chancelier social-démocrate confirme son virage à droite. Le pacte de coalition comporte 183 pages. Il est basé sur une promesse de baisses d'impôts.
" Nous sommes persuadés que l'Autriche doit être un pays dans lequel on peut s'épanouir grâce à son propre effort et dans lequel celui qui travaille n'est pas l'idiot de l'histoire ", affirme Sebastian Kurz.
L'extrême droite et lui se sont mis d'accord, selon M. Strache, pour réduire les minima sociaux versés aux réfugiés à 365 euros par mois, instaurant ainsi une différence de traitement avec les " nationaux ", les citoyens européens, mais aussi avec les étrangers arrivés dans le cadre de l'immigration légale hors convention de Genève (regroupement familial, mariage, etc.). Eux continueront de toucher 880 euros par mois. Les réfugiés devront par ailleurs attendre dix ans avant de pouvoir réclamer la nationalité autrichienne.
Pas de référendum sur l'UELe nouveau gouvernement entend par ailleurs créer des classes séparées pour les enfants issus de l'immigration dont le niveau d'allemand aura été jugé insuffisant. Il souhaite aussi un contrôle renforcé des crèches présentées comme étant de
" confession musulmane ", même si le flou le plus complet entoure cette notion controversée. Pour assurer la
" sécurité " des Autrichiens, le nombre des policiers va augmenter. Les germanophones de la région frontalière italienne du Tyrol du Sud se verront, quant à eux proposer, la double nationalité.
Les droits d'inscription à l'université vont être rétablis. Est également prévue la mise en place de la démocratie directe sur le
" modèle suisse ". Si 14 % du corps électoral le réclame, un référendum sur un sujet précis devra être organisé. Mais les conservateurs ont exigé du FPÖ qu'il abandonne son projet de soumettre à un vote populaire la ratification du CETA, la levée des sanctions à l'encontre de la Russie et la question d'une sortie de l'UE.
M. Strache, qui se sait très observé par ses alliés européens sur le sujet, a admis qu'il s'agissait d'une concession de taille. Il a proposé un rôle de médiateur pour l'Autriche afin de rapprocher Bruxelles et Moscou, signe qu'il n'entend pas offrir à ses partenaires de coalition l'exclusivité de la couverture médiatique sur les sujets européens, cruciaux pour l'avenir de sa formation.
M. Strache promet également
" plus d'objectivité et d'indépendance " sur les antennes de la radio et de la télévision publiques. Enfin, il a obtenu que les Autrichiens, qui comptent parmi les plus gros fumeurs du continent, puissent toujours continuer à allumer leur cigarette dans les restaurants, car il en va, selon lui, de leur
" liberté de choix ". Prévue par une loi de 2015, l'interdiction devait initialement entrer en vigueur en mai 2018.
Blaise Gauquelin
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire