Emmanuel Macron ne s’est pas mal sorti de l’impitoyable questionnement que lui a infligé lundi soir Laurent Delahousse sur France 2. Pris sous un feu roulant d’interrogations embarrassantes - «vous dormez peu ?», «c’est votre héroïsme ?», «quel est votre message aux Français pour Noël ?» - le président a réussi à placer qu’il était, quoique jupitérien, faillible comme les autres hommes, que son leadership international, loué partout, n’était pas absolu, que la famille était une valeur sûre, que son amie la finance, tel un paysage bucolique, verdirait au printemps. Plusieurs fois acculé par son contradicteur, il a préféré, habileté suprême, rester debout pour entraîner l’importun dans le vestibule de l’Elysée et le mettre très courtoisement dehors…
Ironie sévère, dira-t-on. Laurent Delahousse est un excellent présentateur de JT mais il a voulu appliquer au président de la République la méthode empathique dont il use envers les people du show-biz, ce qui a transformé son entretien exclusif en opération de communication pour Emmanuel Macron. Opération réussie : le président a dit des choses,
comme le souligne Alain Auffray sur Liberation.fr. Ce qui débouche sur un paradoxe français : maîtrisant son image comme aux beaux temps du gaullisme, ce président qui s’expose avec parcimonie à la contradiction (une fois en sept mois, en octobre dernier, devant les journalistes de TF1) voit sa courbe de popularité remonter en flèche. Sarkozy allait au carton en conférence de presse, à ses risques et périls; Hollande laissait porte ouverte aux journalistes les plus critiques, quitte à se faire bousculer : il faut croire que cette candeur ne paie pas. Maugréant sans cesse contre les hommes politiques et les élites, l’opinion ratifie néanmoins les usages monarchiques qui sont la marque de la V
e République. Ailleurs en Europe, on a séparé la sacralité du pouvoir de son exercice, en laissant un roi ou une reine sur le trône (Grande-Bretagne, Espagne, Pays-Bas, Belgique) ou bien en plaçant au sommet de la pyramide constitutionnelle un président soliveau (Italie, Allemagne, Autriche, Portugal, etc.) En France, une déambulation jusqu’aux marches du Palais fait événement. Laurent Delahousse, au fond, a trop bien compris la logique intime de la V
e République.
Et aussi
Bachar El Assad, dont tant d’adeptes de la «realpolitik» disent qu’il est un acteur incontournable au Proche-Orient, s’est une nouvelle fois distingué. Devant des médias russes, il a qualifié des «traîtres» les membres milices kurdes qui ont participé à la lutte contre Daech. Les traîtres en question ont servi de troupes de choc à la coalition internationale qui a jeté bas le «califat» instauré par Daech en Irak et en Syrie. Les voilà récompensés… Longtemps la France a exigé le retrait d’Assad. Il est sans doute trop tard aujourd’hui. Mais il faut craindre que cette position, si critiquée à l’époque, se révèle prémonitoire.
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