Nicolas, 30 ans, ou le quotidien ordinaire d'un chômeur désabusé
MIS À JOUR : 21-01-2016 15:25
-CRÉÉ : 20-01-2016 21:33TEMOIGNAGE - Alors que François Hollande a annoncé en début de semaine un nouveau plan d’aide aux chômeurs axé, notamment, sur la formation, metronews est allé à la rencontre de Nicolas, 30 ans, au chômage depuis plus d'un an. Sans tout attendre de Pôle Emploi ou des pouvoirs publics, le jeune homme nous raconte sa longue quête.
Nicolas, chômeur depuis un an et demi, raconte son parcours.
Nicolas a 30 ans. Il est cadre. Au chômage. Depuis déjà très, trop, longtemps. "En gros, ça fait un an et demi que je cherche plus ou moins", raconte-t-il à metronews, qui l'a rencontré. "Je touche mes Assedics, et là, je fais des petits cours, des petites missions à droite à gauche, souvent au black quand j’ai besoin de sous parce que c’est ric-rac." Ces petits boulots, il les a trouvés seul : "C’est de la démerde, pas mal de bouche-à-oreille ou par des réseaux, des gens qui ont besoin de petits services."
Nicolas, il ne pensait pas que sa recherche d'emploi serait aussi longue. Bon profil, belles études – formation en ressources humaines et dans la com’ après un peu de philo –, tout paraissait calé. Dans la foulée, il avait enquillé plus deux ans de CDD chez EDF au marketing, puis chez Orange. Un profil généraliste certes, mais une bonne expérience dans la gestion de projets et la collaboration avec les médias.
Une première formation à 3500 euros
Alors, forcément, en se présentant à Pôle emploi à l'issue de son contrat, il était confiant. "Je suis allé à mon premier rendez-vous pour m’inscrire, c’est une formalité pour recevoir les allocs", raconte-t-il. Avec le conseiller, il détaille son profil, cerne les domaines qui l’intéressent, pour recevoir les annonces. Il cale, aussi, les modalités de suivi, léger ou approfondi. "Je pensais trouver rapidement, j’ai pris un suivi léger : un rendez-vous tous les six mois", raconte N.icolas.
Et il se lance. Motivé. Il va se débrouiller. Surtout qu'en parallèle,il s’inscrit dans une formation de coaching, une sorte de bilan de compétences. "C’était cher, très cher : 3500 euros pour quelques mois", indique-t-il. Mais ça faisait un bon encadrement. Il envoie des CV, postule à tout va. Sauf que les jours, les semaines, les mois défilent. Six mois passent. Et toujours rien.
"C'est à toi de te bouger"
De Pôle emploi, Nicolas a reçu une annonce, une fois. "Je n’ai pas postulé, je n’ai jamais eu aucune relance. Je ne sais pas si c’est un mythe, le fait de devoir répondre sous peine d’être radié, mais je n’ai jamais été inquiété." Pôle emploi lui a proposé une formation CV, faite par une boîte de consultants. Il l'a fait. "Honnêtement, c’était assez intéressant", reconnaît-il. "Ça remet à jour sur la lettre de motivation, comment passer un entretien." Mais pour lui, c’est clair : "C’est à toi de te bouger. Si tu as envie que Pôle emploi te fiche la paix, c'est très facile. Tu peux passer complètement entre les mailles du filet."
De Pôle emploi, Nicolas a reçu une annonce, une fois. "Je n’ai pas postulé, je n’ai jamais eu aucune relance. Je ne sais pas si c’est un mythe, le fait de devoir répondre sous peine d’être radié, mais je n’ai jamais été inquiété." Pôle emploi lui a proposé une formation CV, faite par une boîte de consultants. Il l'a fait. "Honnêtement, c’était assez intéressant", reconnaît-il. "Ça remet à jour sur la lettre de motivation, comment passer un entretien." Mais pour lui, c’est clair : "C’est à toi de te bouger. Si tu as envie que Pôle emploi te fiche la paix, c'est très facile. Tu peux passer complètement entre les mailles du filet."
Arrive donc, six mois plus tard, son deuxième rendez-vous avec l'agence. "Là, je commençais à être un peu en galère", reconnaît Nicolas. Son coaching à 3500 euros était "bien, mais pas non plus transcendant. J’ai appris des trucs sur ma personnalité, j’ai rencontré pas mal de gens, fait des journées de boulot avec des sociétés pour voir comment ils bossaient. Ils sont très sympas, mais à ce prix-là, c’est la moindre des choses." Il n’a pas, pour autant, trouvé de job. Sa conseillère Pôle emploi lui propose, à nouveau, une formation pour refaire son CV. Il refuse : "Une fois que tu l’as fait, c’est pas très utile de recommencer. J’imagine qu’ils se sont dit que ça remotivait, ça donnait un cadre et mettait le candidat dans une dynamique active." Pôle emploi lui propose aussi une "formation sur le catalogue de formation". A la place, il aurait préféré des enseignements plus concrets, "utiles, des savoir-faire en plus", espère-t-il. "Par exemple dans la com', une remise à niveau pour la conception graphique, ça m'aiderait pas mal". Ça, François Hollande l'a promis, ce lundi, en détaillant son plan d'urgence pour le chômage. Nicolas n'a pas écouté. Il ne savait même pas que le président s'exprimait sur le sujet. Et puis dans le fond, il n'en attend pas grand chose.
L'impression d’évoluer dans un monde parallèle
Car c’est surtout cela, le plus dur, quand on s’installe dans le chômage de longue durée : l’isolement, le rythme qui s’étire. D’autant que l’an dernier, il a rendu son appartement à Paris, pour s’installer chez ses parents, en banlieue parisienne. "La plus grosse difficulté c’est d'être tout seul, derrière son ordi", concède le jeune homme. "Tu postules beaucoup en ligne, et c’est très rare d’avoir des retours." Il commence à avoir l’impression d’évoluer dans un monde parallèle. "On perd confiance. Il faut essayer de ne pas se comparer aux autres." D’ailleurs, il les voit moins, ses amis : ils travaillent, ont des agendas chargés, des univers différents. "C’est dur de garder un rythme. Il faut se forcer à rencontrer des gens, à ne pas s’isoler", raconte Nicolas.
Le trentenaire a désormais des rendez-vous tous les mois avec Pôle emploi. Un suivi plus régulier. "Je ne vois pas trop la différence", grince-t-il toutefois. "Le conseiller te dit de mettre en ton CV sur Linkedin ou Viadeo. Ce sont des choses que je fais déjà. L'entretien dure une heure : ce que je fais actuellement, où j'en suis de mes recherches, si j'ai des retours. C’est de l’écoute. Après, ça peut donner des échéances." Mais ce n’est pas toujours très rigoureux. Le conseiller, censé rester le même, change régulièrement. Le dernier rendez-vous de Nicolas, le 31 décembre, a été annulé sans qu'il soit prévenu. Aucune autre date n'a été fixée depuis...
Le trentenaire a désormais des rendez-vous tous les mois avec Pôle emploi. Un suivi plus régulier. "Je ne vois pas trop la différence", grince-t-il toutefois. "Le conseiller te dit de mettre en ton CV sur Linkedin ou Viadeo. Ce sont des choses que je fais déjà. L'entretien dure une heure : ce que je fais actuellement, où j'en suis de mes recherches, si j'ai des retours. C’est de l’écoute. Après, ça peut donner des échéances." Mais ce n’est pas toujours très rigoureux. Le conseiller, censé rester le même, change régulièrement. Le dernier rendez-vous de Nicolas, le 31 décembre, a été annulé sans qu'il soit prévenu. Aucune autre date n'a été fixée depuis...
"Un chantage à la thune"
Il dit qu'il comprend, un peu fataliste : "Pôle emploi, c’est une grosse machine. On ne peut pas tout leur demander", estime-t-il. "Mais si les conseillers étaient un peu plus psy… En ce moment, j’ai une conseillère un peu revêche, elle ne comprend pas ce que je cherche et je n’ai pas vraiment envie de lui raconter ma vie." Du coup, il est devenu un peu comme ça, à pointer parce que c'est obligé : "C’est juste administratif. Je viens pour avoir mes allocs. C’est horrible, mais c’est devenu comme ça : un chantage à la thune. C’est la logique du système."
Alors, parfois, le moral descend. A 30 ans, Nicolas se sent périmé. Ne voit pas le bout du tunnel. "Quand tu as du retard sur le marché du travail, ça commence à être dur. A mon âge, les autres ont une expérience plus étoffée. Moi, je ne peux pas postuler à des postes à responsabilité, je suis en concurrence avec des jeunes qui sortent d’école, déjà très pros." D’autres fois, ça va mieux. "La recherche de boulot, c’est un peu en pointillé", raconte-t-il. "Il y a des périodes où tu es à fond, d’autres où tu attends que ça passe." En septembre dernier, il s’est donné un coup de fouet, donne des cours de soutien scolaire, a rencontré des associations d’aide aux chômeurs, comme Visemploi. "C’est super, deux demi-journées par semaine. Ça donne un cadre, et… c’est gratos." De quoi redonner un nouvel élan. Et essayer de rebondir. Encore une fois.
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