Christiane Taubira: icône d'une gauche assumée, cible d'attaques racistes
Par Pierre ROCHICCIOLI | AFP
AFP/AFP - Femme, noire, fort caractère, franc-parler, convictions affirmées? Christiane Taubira a attiré sur sa personne le déchaînement de la droite et des dérapages racistes après avoir porté des lois emblématiques et controversées, en particulier sur le mariage homosexuel
Femme,
noire, fort caractère, franc-parler, convictions affirmées? Christiane Taubira
a attiré sur sa personne le déchaînement de la droite et des dérapages racistes
après avoir porté des lois emblématiques et controversées, en particulier sur e
mariage homosexuel.
La protection de la
ministre de la Justice Christiane Taubira a été renforcée "ces derniers
jours", après la vague d'attaques racistes dont elle a fait l'objet,
a-t-on appris samedi de source proche du dossier.
Trois gardes du corps
supplémentaires ont été affectés à la protection de la garde des Sceaux, qui a
reçu des lettres d'injures et des menaces, a-t-on précisé .
"J'encaisse le
choc, mais c'est violent pour mes enfants, pour mes proches..." Commentant
mercredi soir au journal de France 2 la Une de l'hebdomadaire d'extrême droite
Minute qui la comparait à un singe, Mme Taubira, 61 ans, a martelé sa
détermination à se battre pour ses valeurs, face à ceux qui "prétendent
(l') expulser de la famille humaine".
L'attaque venait après
celles d'une ex-candidate Front national aux municipales et d'une fillette,
faisant partie d'un groupe opposé au mariage gay, qui avaient déjà comparé la
garde des Sceaux à une guenon.
"Au-delà de sa
personne, de sa couleur de peau, d'être une femme, elle a été attaquée par la
droite et l'ultradroite parce qu'elle a porté deux lois qui, pour certains
nationalistes, sont considérées comme antifrançaises: celle sur le mariage pour
tous, parce qu'elle a ouvert la citoyenneté pleine et entière aux homos, et
celle de 2001 sur l'esclavage assimilée à de la repentance", analyse
l'historien Pascal Blanchard.
Mais les attaques ont
fait s'élever de voix qui, au delà des clivages partisans, ont soutenu la
ministre. Ce dont elle s'est réjouie.
La réforme pénale,
avec la suppression des peines plancher et l'instauration d'une peine de
probation, a également focalisé sur elle les critiques pour un supposé
"laxisme" et "angélisme".
Dès son entrée au
gouvernement Ayrault, cet électron libre, marqué à gauche, proche de Martine
Aubry et de Cécile Duflot, a suscité des réactions d'hostilité de la droite,
qui en a fait l'une de ses cibles principales.
Accueillie par le
"quand on vote FN, on a la gauche qui passe (?) et on a Taubira" de
Jean-François Copé, son arrivée a donné lieu par la suite à des propos plus
ambigus, comme ceux du député UMP Jean-Paul Garraud, déclarant que "la
composition du gouvernement lui donn(ait) mal à la France".
L'opposition la raille
lorsqu'un détenu profite d'un tournoi de basket, auquel elle consacre sa
première sortie de ministre, pour s'évader. Les attaques se déchaînent
lorsqu'elle annonce son intention de supprimer les tribunaux correctionnels
pour mineurs instaurés par Nicolas Sarkozy.
Régulièrement huée
lors des questions au gouvernement à l'Assemblée, cette petite femme énergique,
aux cheveux tirés en arrière et tressés, portant souvent des vestes aux
couleurs vives, réplique, rend coup pour coup, sans jamais se démonter.
"Un symbole
fort"
Lors de la discussion
sur le mariage homosexuel, dont elle défend le texte avec lyrisme, citant René
Char, les critiques débordent l'hémicycle pour gagner la rue où des
manifestants opposés à la loi la conspuent.
"On frappe un
symbole fort de la réussite, un exemple pour de nombreux Noirs", a réagi
auprès de l'AFP Kenneth Freliho, avocat du Conseil représentatif des
associations noires (Cran).
"Femme, noire,
pauvre, quel fabuleux capital! Tous les défis à relever", proclamait
crânement Christiane Taubira dans son livre "Mes Météores", publié
l'an dernier.
Après une longue carrière
politique locale et nationale qui l'a notamment conduite à se présenter à la
présidentielle en 2002 sous les couleurs du Parti radical de gauche (PRG, 2,32%
des suffrages), la ministre de la Justice a le cuir épais.
Ex-député de Guyane
dont elle est originaire, passionaria de l'Outre-mer où elle défendit dans sa
jeunesse des thèses indépendantistes, Christiane Taubira, licenciée en
sociologie et certifiée d'études supérieures d'ethnologie afro-américaine, est
aussi un porte-drapeau pour la communauté noire.
Son nom restera à
jamais associé au texte de loi qui reconnaît la traite et l'esclavage comme un
crime contre l'humanité, l'une de ses fiertés.
Aujourd'hui, sa
position de cible privilégiée de la droite, tout comme son bras de fer
médiatisé avec le très populaire ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, ont peu
à peu fait d'elle une icône d'une politique de gauche assumée, réclamée par une
partie de la majorité alors que l'exécutif bat des records d'impopularité. Un
statut que pourrait encore renforcer son combat contre le racisme.