PLUS GRAVE ENCORE QUE COMMETTRE UN CRIME , LE NIER
Il fut un temps où l’Algérien, encore habité par une foi candide en la justice des hommes et par un humanisme sans calcul, prit les armes presque malgré lui pour délivrer la France des griffes du nazisme . Cette même France qui tenait son propre peuple sous l’impitoyable joug colonial .
Avec un courage immense, l’Algérien combattit pour une terre qui n’était point la sienne, pour une nation qui refusait encore de le reconnaître comme un égal, comme un frère, comme un homme pleinement libre.
Oui, le pauvre et naïf Algérien combattit avec sincérité pour la France, cette France qui possédait pourtant les clefs de ses propres chaînes.
Il versa son sang malgré et courageusement dans les plaines verdoyantes et glaciaires d’Europe et sur les champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale, croyant naïvement qu’un peuple délivré de l’oppression comprendrait enfin la valeur sacrée de la liberté.
Il croyait imbécilement et il ne faut avoir honte de dire que la France, une fois relevée de ses ruines et affranchie de l’occupation nazie, briserait à son tour les fers qu’elle imposait à d’autres peuples sous son joug .
Il croyait avec une innocence propres aux enfants que celui qui avait souffert de la domination deviendrait naturellement défenseur des opprimés.
Il croyait…
Il espérait…
Il attendait…
Mais cette espérance presque augustinienne qui comme un épais brouillard cachait une grande déception, se fracassa brutalement contre la pierre froide de l’Histoire, dans le tumulte sanglant du 8 mai 1945.
Car à peine redressée, à peine libérée, la France, qui recommença à respirer en partie grâce au sacrifice des centaines de milliers d’Algériens tombés au combat, répondit à ceux qui l’avaient aidée avec leur sang , non par la gratitude, mais par le feu des armes et le massacre, n’épargnant ni les femmes ni les enfants.
Tandis qu’à Paris chèrement libéré, des foules immenses et joyeuses célébraient dans les chants et les drapeaux tricolores agités , la chute du fascisme et du nazisme allemand, l’Algérie de l’autre côté de la Méditerranée , elle, seule , désarmée , désemparée, pleurait à chaudes larmes ses enfants tombés sous les balles assassines de l’ingratitude et de l’oubli.
Dans les vieilles rues de Sétif, de Guelma , de Kherrata et bien d’autres villes , des centaines de milliers d’hommes, de femmes, de vieillards et d’enfants, sortis tout comme à Paris , Marseille ou Lyon , pour célébrer la paix et réclamer dignement la liberté promise, furent abattus sans pitié, comme des chiens errants , comme si leurs vies n’avaient jamais compté.
Ce jour-là, l’Algérien comprit, ouvrit enfin les yeux et cessa définitivement d’être candide.
Il comprit qu’au cœur de cette guerre entre la France et l’Allemagne nazie, les seuls véritables innocents étaient les peuples colonisés, sacrifiés au nom d’intérêts qui n’étaient pas les leurs.
Il comprit que cette lutte, présentée comme un combat entre la lumière et les ténèbres, opposait en réalité deux puissances capables l’une comme l’autre d’oppression et de domination.
Il comprit qu’il avait été enrôlé pour aider un maître à vaincre un autre maître.
Il comprit qu’un vainqueur n’est pas toujours porteur de justice.
Et surtout, il comprit qu’un oppresseur peut chasser un autre non pour libérer les peuples, mais pour régner à sa place avec davantage encore de puissance.
Depuis ce jour tragique du 8 mai 1945, une vérité brûlante s’inscrivit dans la mémoire algérienne comme une cicatrice impossible à effacer :
La liberté ne se mendie pas.
Elle ne s’offre pas.
Elle s’arrache.
Alors, dans le silence des humiliations, dans les prisons, les villages meurtris et les montagnes endeuillées, mûrit lentement le serment de .
Une promesse née dans la douleur et le sang.
Une promesse qui, après sept longues années de lutte et de sacrifices, trouva enfin son accomplissement éclatant en ce jour immortel du 05 juillet 1962.
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