Plus troublant encore : certains hommes attrapent la maladie. D'autres, dans les mêmes conditions, ne l'attrapent pas.
Les chercheurs ont mis 25 ans à isoler le virus, dans les poumons d’un rongeur capturé près de la rivière Hantaan, en Corée[1].
Ils lui donneront alors le nom de hantavirus.
Mais ce virus que l'on croyait découvrir en 1976, co-évoluait déjà de rongeur en rongeurs depuis plusieurs millions d'années, sans jamais les rendre malades[2].
Le problème, c’est lorsque l’hantavirus infecte un humain.
Les 3 morts du MV Hondius
Le 1er avril, un navire de croisière néerlandais quitte le port d'Ushuaïa, en Argentine.
À son bord : 147 passagers et membres d'équipage de 23 nationalités, dont 5 Français.
Itinéraire prévu : l'Antarctique, les îles Malouines, l'Atlantique Sud. Mais rien ne se passera comme prévu.
Au fil des semaines de navigation, des passagers tombent malades. 3 mourront et 8 sont contaminés.
Le séquençage viral identifie alors une souche d’hantavirus qui vient des Andes, l’une des seules, parmi les 38 souches connues, capable de se transmettre à l’humain.
Le navire accoste aux Canaries ce lundi. Les passagers sont peu à peu évacués et pris en charge par les autorités sanitaires locales.
Et depuis, les médias en font leurs manchettes, avec des titres alarmistes et des comparaisons avec le Covid.
Permettez-moi de vous expliquer ce qu'est vraiment ce virus et ce que les articles que vous lisez en ce moment ne vous disent probablement pas.
100 hospitalisations d’hantavirus en France
L’hantavirus n’est pas apparu sur un bateau de croisière.
Vous l’aurez compris, ce n’est pas un virus nouveau, ni mystérieux.
La fièvre hémorragique qu'il provoque semble avoir été décrite pour la première fois en Asie dès 960, dans un livre de médecine chinoise.
À l'échelle mondiale, on estime qu'entre 10 000 et 100 000 cas surviennent chaque année, touchant principalement l'Asie et l'Europe[3].
En France, une centaine de personnes sont hospitalisées chaque année pour des infections à hantavirus[4].
C'est un virus discret, que vous n'aviez probablement jamais entendu nommer avant lundi, parce qu'il ne tue presque jamais en France.
Les hantavirus circulent principalement chez les rongeurs sauvages (campagnols, rats, mulots) avec 38 souches différentes[5].
Trois souches méritent d'être connues :
Le virus des Andes, chez certains rongeurs d'Amérique du Sud est celui que l’on a identifié sur le MV Hondius et le seul capable de se transmettre d’humain à humain[6]
Le virus Puumala, celui qu'on trouve en France, chez le campagnol roussâtre
Et le virus Hantaan, en Asie, chez le mulot rayé.
Ces souches ne se mélangent pas et ne sautent normalement pas d’une espèce à l’autre.
Et l'humain n'est, dans tous les cas, pas l'hôte naturel.
Comment attrape-t-on l’hantavirus ?
Le contact avec des rongeurs sauvages infectés se fait habituellement par inhalation de poussière contaminée, contenant de la salive, de l’urine ou des excréments infectés par le virus.
On n'attrape donc pas normalement l'hantavirus en croisant quelqu'un dans la rue ou en touchant une poignée de porte.
Très souvent, les personnes contaminées le sont après le nettoyage d'un local fermé, d'entrepôts, de cales de bateaux ou d'espaces confinés restés longtemps inoccupés.
Et voilà ma prédiction, qui n’engage que moi, au sujet du MV Hondius : la première contamination s’est probablement faite lors d’une excursion à terre en Patagonie.
Puis les 7 autres transmissions ont pu survenir lors de contacts très étroits et prolongés entre certaines personnes à bord[7].
L’hantavirus ressemble à une grippe. Les premiers symptômes apparaissent en moyenne 2 semaines après l'infection : fièvre, maux de tête, douleurs musculaires[8].
Puis dans certains cas, une aggravation rapide :
les souches européennes provoquent principalement une atteinte des reins, avec un taux de mortalité mortalité très faible, généralement en dessous de 0,5%[9]
les souches américaines attaquent les poumons, avec un taux de mortalité pouvant atteindre 50 %[10]
Les 3 personnes mortes sur le MV Hondius le sont probablement parce qu’ils ont contracté la souche des Andes (la plus virulente) et parce qu’il n’existe ni de traitement efficace à court terme, ni de vaccin.
Cela fait peur, mais je ne crois pas qu’il y ait vraiment matière à s’alarmer.
Non, ce n’est pas le prochain Covid
Je le répète, mais dans l’écrasante majorité des cas, l’hantavirus ne se propage ni en respirant, ni en serrant une main[11].
Ses cibles principales sont les cellules endothéliales, les parois de vos vaisseaux sanguins[12].
Ce n'est donc pas un virus des voies respiratoires supérieures comme la grippe ou le Covid.
Il y a une autre raison, bien connue des virologues, qui explique pourquoi cette “nouvelle pandémie“ annoncée par les médias n’en sera pas une.
Pour cela, il faut se poser cette question : comment un virus survit dans le temps ?
Il ne peut pas être trop efficace, sinon son hôte s’éteint avec lui.
Ce que font les virus pour survivre, c’est qu’ils mutent pour duper notre système immunitaire.
L’hantavirus a trouvé, au fil des millions d'années, cet équilibre parfait avec les rongeurs : muter sans jamais les tuer.
Chez l’humain cet équilibre n’existe pas, tout simplement parce que nous ne sommes pas l’hôte cible, mais une sorte “d’impasse évolutive“.
D’ailleurs si vous écoutez les recommandations de l’OMS, il n’y a pas de quoi s’alarmer : les variants présents en France demeurent moins létaux et bien connus[13].
Ce qui se passe sur le MV Hondius est grave pour les personnes concernées. Ce n'est pas le début d'une épidémie mondiale.
Mais si ce virus ne se transmet pas par les voies respiratoires, il convient tout de même de se poser une question…
Pourquoi certaines personnes ont été infectées, et d’autres non ?
Sur un bateau, tout le monde fait les mêmes excursions, tout le monde respire le même air pendant des semaines…
Alors pourquoi 8 personnes ont été infectées, et 139 autres ne l’ont pas été ?
Il y a d’abord une explication génétique : une partie de notre résistance à ce virus est dictée par les haplotypes HLA, les gènes qui régulent l'immunité[14].
Pour le reste, ce qui change n’est pas le virus, mais le terrain dans lequel il atterrit.
En d’autres termes, si votre immunité et votre microbiote intestinal sont bien armés, vous auriez théoriquement moins de chance de développer une forme grave, que ce soit face à l'hantavirus ou à n'importe quel autre virus[15].
Si vous ou l’un de vos proches êtes en contact avec le virus, voici ce que vous devriez faire.
Pourquoi deux personnes exposées au même virus ne font pas la même maladie ?
Et que faire pour être du bon côté de la statistique ?
Voici les 2 questions auxquelles le Dr Bruno Donatini essaiera de répondre, en direct, le 19 mai à 18h.
Cette émission dédiée au rééquilibrage du microbiote vous donnera des clés concrètes pour renforcer votre immunité face aux virus, et aux autres troubles liés à une dysbiose.
En cliquant sur le lien l'image ci-dessus, vous acceptez de vous inscrire à la série de messages sur le Microbiote Intestinal. Pour en savoir plus sur ce traitement et sur mes droits, je peux consulter la Politique de confidentialité de TSA Publications.
Je vous l’ai dit, il n'existe aucun vaccin contre l'hantavirus.
Le seul moyen de prévention direct consiste à éviter tout contact avec les rongeurs et leurs déjections[16].
Donc, si vous ouvrez un espace longtemps inoccupé (cave, grenier, chalet de montagne, remise de jardin) aérez abondamment et attendez 30 minutes avant d'entrer.
Et surtout : ne balayez jamais à sec, car les particules sèches sont le principal vecteur. Utilisez un chiffon humide, ou mieux, une serpillière.
Enfin, si vous trouvez des excréments ou des nids de rongeurs, ne les touchez pas à mains nues, portez des gants.
Voilà des gestes qui suffiraient à écarter l'essentiel du risque pour quelqu'un qui vit en France.
Et vous, que pensez-vous de la panique actuelle dans les médias concernant l’hantavirus ?
Dites-le moi en commentaires, je serais ravie de vous lire, j'avoue que le contraste entre le niveau de risque réel et le bruit médiatique me laisse perplexe.
Bien à vous,
Gaelle Scrive
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