Cette gazette vous plaît ? Transférez-là à votre carnet d’adresses… Ils vous remercieront et nous aussi. | | « Trump est ridicule ce matin. » Le mot est de Régis de Sommier. L’iranologue Morgan Lotz et Guy de La Fortelle le rejoignent sur le fond : le rapport de force penche désormais ouvertement en faveur de l’Iran. Epic Fury, Project Freedom, suspension du blocus : à chaque fois que Washington annonce une grande opération, elle finit par la rebaptiser, autrement dit par reculer. Trump « fanfaronne » dans un de ses tweet parce que deux navires battant pavillon américain ont franchi Ormuz, mais la réalité est autrement moins glorieuse. Comme le souligne le directeur de la publication d'Omerta : 900 navires restent bloqués et 23 000 marins de 81 nationalités sont toujours retenus dans le détroit. « L’impatience de Trump trahit la situation dans laquelle se trouvent les États‑Unis », analyse-t-il, avant de porter l’estocade : « ils n’ont pas de solution pour débloquer le détroit d’Ormuz. » Avec cette grille de lecture, il n’est plus surprenant de constater que, derrière les effets de manche du président américain, les négociations entre les deux pays se poursuivent en coulisses. Le trafic maritime le confirme, et va même au-delà. S’appuyant sur l’analyse de Patricia Marines, Guy de La Fortelle dévoile un accord tacite : Washington laisse passer les pétroliers iraniens parce qu’il « a besoin que le pétrole sorte » ; Téhéran, en échange, laisse entrer les destroyers américains. Un deal en sous-main qui confirme ce que tout le monde pressent : l’Iran a l’avantage, et il le sait. La preuve, il prépare déjà la suite : comme le rappelle le grand reporter, le Parlement iranien travaille à une loi instaurant un péage sur Ormuz, qui pourrait rapporter « 40 à 50 milliards de dollars par an — quasiment le budget de l’État iranien ». Et sur le plan juridique, l’Iran n’est pas en reste : selon Morgan Lotz, « les prétentions iraniennes sur le détroit d’Ormuz sont parfaitement fondées ». L’Iran co-gère en effet le détroit avec Oman depuis 1975, sur la base d’un accord que Washington, bien que non signataire, reconnaît par le droit coutumier, rappelle l’iranologue. Autrement dit, « les justifications américaines sont totalement désuètes ». Les États‑Unis ne sont pas les seuls à prendre une leçon. En attaquant, les 3 et 4 mai, le port pétrolier de Fujaïrah, sur la côte est des Émirats arabes unis, tout en épargnant délibérément Yanbu et le pipeline saoudien, Téhéran adresse un message on ne peut plus clair à ses voisins : seront frappés ceux qui s’alignent sur l’ennemi, seront ménagés ceux qui choisissent la neutralité. Les Émirats arabes unis, qui ont joué la carte d’une victoire américano‑israélienne et proposé de saisir les avoirs iraniens logés à Dubaï, en paient déjà le prix fort : ils ont perdu plus de la moitié de leurs exportations pétrolières, et avec elles une partie de leur tourisme, de leur hub d’aviation et de leur place financière. En d’autres termes, et « contre toute attente », l’Iran est en train de prendre l’ascendant sur l’ensemble des pays du Golfe. Plusieurs événements semblent le confirmer, notamment à Bahreïn, territoire majoritairement chiite dirigé par une dynastie sunnite et historiquement travaillé par l’influence iranienne, où des soulèvements populaires contre l’émir sunnite ont éclaté ces dernières semaines. Si ces soulèvements parvenaient à leurs fins, cela signifierait, pour Morgan Lotz, « un revers cinglant pour Washington ». Au Liban, Régis Le Sommier, qui revient tout juste du terrain, s’inquiète d’« une catastrophe à tous les niveaux », le Hezbollah mettant en difficulté les forces israéliennes « chez lui » dans le sud du pays. Comme le résumait hier Meron Rapoport, Israël a déclenché cette guerre pour « changer toute la situation au Moyen‑Orient » — le meilleur que puissent aujourd’hui espérer l’État hébreu et son allié américain, c’est un retour à la situation d’avant‑guerre |
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